18 janvier 2014, signal supplémentaire d’un possible « printemps burkinabè » ?

2013 avait connu des mobilisations conséquentes contre la révision de l’article 37 de la Constitution et la mise en place du Sénat. Cette mise en place destinée à faciliter la révision constitutionnelle est dénoncée pour son inutilité et son coût exorbitant. L’article 37 est celui qui empêche pour l’instant Blaise Compaoré de briguer un mandat présidentiel supplémentaire.

Le 12 décembre 2013, Blaise Compaoré, ancien compagnon d'armes de Thomas Sankara, très fortement soupçonné d’être l’instigateur de l’assassinat de ce dirigeant révolutionnaire le 15 octobre 1987, au pouvoir depuis cette date donc, a laissé entendre qu’il pourrait se représenter. Divers comités à sa botte s’agitent en ce sens.

Ce 18 janvier, les différentes composantes de l'opposition, dont la palette est large, du libéralisme assumé aux courants révolutionnaires affirmés, avaient appelé à une large mobilisation dans le pays. Cette mobilisation a comblé, peut-être même dépassé leurs attentes. Les commentaires au Burkina sont unanimes. "Du jamais vu", "inédit"  "une foule gigantesque", "une marée humaine", sont les qualificatifs les plus employés dans toute la presse, y compris la télévision et les radios d'état. RFI a également souligné l'exceptionnelle mobilisation. Les images sont impressionnantes. Et ceci vaut pour toutes les grandes villes du Burkina. Ces manifestations se sont déroulées sans incidents.

Manœuvre ou prise de conscience tardive, un nombre important de barons du régime ont, début janvier, officiellement et collectivement démissionné de ce parti. Ils ont annoncé la création d'un nouveau parti le 25 janvier. On peut citer parmi une centaine de dirigeants historiques au niveau national ou régional, Simon Compaoré, maire de Ouagadougou de 1995 à 2012, Roch Christian Kaboré, qui fut premier ministre, puis président de l'Assemblée Nationale, le Larlé Naaba Tigré, important chef coutumier, député CDP, Salif Diallo, ministre d'Etat, tous aux côtés de Blaise Compaoré depuis 1987 et pour le dernier cité son plus proche collaborateur pendant plusieurs années. Ces nouveaux opposants officiels (leurs prises de distance d'avec le régime sont un peu plus anciennes) ont participé aux manifestations du 18. 

Pour le peuple burkinabè, la corruption, la confiscation des richesses et du pouvoir par un clan familial semblent avoir dépassé le seuil du supportable. Le Burkina figure dans les tous derniers rangs des pays les plus pauvres, 183 ième sur 187 au dernier classement du PNUD.

Dans un communiqué , le pouvoir essaie de déminer le terrain : 
...."Le gouvernement prend note de leurs attentes et les assure de sa bonne disposition au dialogue dans le cadre républicain, la tolérance et le respect des différences politiques.

Le gouvernement tient par ailleurs à saluer le sens élevé de la responsabilité des membres du CFOP (chef de file de l'opposition, un statut particulier au Burkina où l'opposition est organisée) et félicite les acteurs pour cette manifestation pacifique qui doit plus que jamais inspirer l’ensemble de la classe politique. C’est à ce prix que les espaces d’expression démocratiques se consolideront et partant, la stabilité et la paix sociale, chères à notre peuple....

L'EMPC (Etat-major permanent de crise) de l'opposition appelle à poursuivre la mobilisation et d'autres manifestations sont à prévoir jusqu'à ce que soit officiellement annoncé le renoncement aux mesures envisagées

Transition démocratique ou risque d'explosion, dans un voisinage en crise (Mali, Côte d'Ivoire sont des états frontaliers) l'issue est incertaine et peut-être menaçante.

Charles Bamba

Article