2017 ? Décider

Quelques remarques sur les débats à propos de 2017

D’abord, de façon raisonnable, il nous faut acter l’insuccès des démarches unitaires entreprises par Ensemble ! - et d’autres courants ou personnalités - pour aboutir à la convergence des forces, des courants de gauche et écologistes opposés à la politique d’austérité du pouvoir, convergence se matérialisant par une candidature unique à l’élection présidentielle. Cet insuccès ne signifie pas que nous avons eu tort d’essayer. Cela ne signifie pas non plus que cette démarche est désormais sans aucune fonctionnalité et n’a plus d’avenir. Cela signifie seulement que cette démarche n’aboutira pas à temps pour l’échéance de l’élection présidentielle et des élections législatives du Printemps 2017. Il n’y a pas de « bonne surprise » à attendre. Et si, contre toute vraisemblance, elle se produisait, il n’y a aucun doute : nous saurions toujours nous y adapter. Donc, de ce point de vue, attendre ne sert strictement à rien.

La deuxième remarque concerne les divergences que nous avons avec Jean-Luc Mélenchon, d’abord sur certaines questions politiques spécifiques et, au-delà, sur le projet politique pour les années à venir. Non seulement ces divergences existent, mais certaines d’entre elles sont assez conséquentes. Enfin, elles sont conséquentes…pour nous ! Or il paraît utile de faire l’exercice qui consiste à essayer d’apprécier ces divergences non de notre point de vue (principiel et « programmatique »), mais telles qu’elles apparaissent à de larges secteurs de la société, à commencer par celles et ceux qui, à gauche, sont révoltés par le bilan calamiteux des gouvernements Hollande. Et là, franchement, ces divergences sont loin d’être comprises comme aussi monumentales que nous le pensons et le proclamons. Pour de larges secteurs de l’opinion populaire, Jean-Luc Mélenchon n’apparaît pas principalement comme « populiste », « républicaniste », « souverainiste » ou encore « national-républicain ». Mais d’abord et avant tout comme un opposant de gauche à la politique d’austérité du gouvernement « socialiste ». Et même comme quelqu’un qui a fait preuve, au cours des dernières années, d’une grande rigueur et d’une grande constance dans cette opposition.

Plutôt que d’être dans le déni de l’écho rencontré par sa campagne (pourtant solitaire), il faut rendre compte d’un paradoxe : il ne fait aucun doute que, dans les cercles – malheureusement restreints… - de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon provoque beaucoup d’exaspération, voire d’hostilité. En même temps, dès que l’on raisonne à une échelle un peu large, il en va tout autrement. Cela devrait quand même nous interpeller, non ?

La troisième remarque concerne les différentes argumentations qui font de nécessité vertu, autour de l’idée qu’il n’est pas si grave de ne pas avoir de candidat, que nous pouvons quand même mener des campagnes politiques, nous consacrer à développer des « questions de fond », et que nous avons heureusement des choses plus substantielles à dire que « votez Untel ». Notons d’abord que les camarades qui s’opposent à un engagement d’Ensemble ! – quelle que soit sa forme – sur la candidature Mélenchon ont visiblement renoncé à défendre quelque candidature alternative que ce soit. Il faut le noter, tout simplement parce que cela indique une prise en compte raisonnable de la réalité des choses. Du coup, en toute logique, ne reste plus que l’absence de candidature…

Et, naturellement, nous avons sûrement des tas de choses à dire, plus intéressantes que « votez Untel ». Mais, le dire un peu cruellement, la question première, préalable à toute les autres, ne sera pas celle du message ni de l’émetteur… mais celle des récepteurs !

Alors, inutile de dramatiser outre mesure le débat : sans candidat, Ensemble ! ne « disparaîtra » probablement pas. Simplement, quelle que soit la qualité de notre message, nous serons inaudibles. Pendant huit mois au moins. Et, vraisemblablement, pour plus longtemps encore. Et, franchement, si une organisation politique s’avère durablement inaudible, la question de son utilité affleure forcément… Dans le même ordre d’idées, nous sommes parfaitement fondés à dire que le projet de faire de France insoumise le cadre exclusif de la recomposition à venir est une impasse. Mais comment croire que nous pourrons influer sur cette recomposition à l’issue d’une longue hibernation ?

L’élection présidentielle est, en France, le moment où un maximum de gens, notamment dans les classes populaires, s’intéressent au débat politique. On peut le critiquer, le regretter. Mais c’est ainsi. Croire que l’on peut s’abstraire de cette situation et parler d’autre chose est à la fois un peu présomptueux et, pour tout dire, parfaitement illusoire.

Il y a d’ailleurs quelque contradiction à affirmer que nous ne pouvons avoir strictement aucun poids, aucune influence sur la campagne de Jean-Luc Mélenchon et que, par contre, nous aurions l’assise nécessaire pour imposer nos propres thèmes et nos propres campagnes ! Il en va de même de l’ambition de mener quelque campagne législative que ce soit en ayant « sauté » l’élection présidentielle.

Quatrième remarque : l’appel « Front commun » constitue une matérialisation modeste mais significative d’une orientation unitaire, tournée vers la recomposition ET l’intervention politique. Il serait judicieux de valoriser ce mouvement, de s’y investir pleinement et d’en explorer les potentialités. Bien sûr, le périmètre de cette convergence est limité et loin de recouvrir tout le spectre politique qu’il s’agit de rassembler dans les mois et les années à venir. Mais ne tombons pas dans le travers fréquent qui consiste à négliger un petit pas possible ici et maintenant au nom d’un grand pas à venir, une recomposition modeste au nom d’une grande convergence future…

Cinquième et dernière remarque : comme rappelé précédemment, rien ne permet de penser que nous ne disposons pas de tous les éléments pour décider. Nous connaissons toutes les hypothèses qui sont dotées d’une probabilité raisonnable. Il n’y a donc, de ce point de vue, aucune raison de reporter la décision.  Ajoutons que, au cas où Ensemble se situerait, au final et d’une manière ou d’une autre, dans la perspective de la campagne Mélenchon, plus nous retardons la décision et plus elle apparaîtra comme un ralliement.

Reste l’argument, parfois évoqué, du temps nécessaire au débat démocratique (interne à Ensemble !). Il nous semble que ce débat a débuté, en réalité, au Printemps dernier. Depuis, nous avons procédé à une première consultation avant la tenue de notre réunion nationale début Juin. Les débats se sont poursuivis tout l’été et encore en Septembre. Des dizaines de contributions représentant des centaines de milliers de signes ont circulé. Et de nombreuses analyses et arguments ont été échangés. Décider, maintenant et rapidement, n’est pas vraiment céder à la précipitation !

Hélène Adam, François Coustal, Olivier Martin

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Auteur: 
francois.coustal