2017 : floraison d’initiatives citoyennes pour l’unité

Depuis quelques semaines, surtout après la primaire dite « de la gauche », diverses initiatives jaillissent dans le pays pour un rassemblement unitaire en 2017.

Le vendredi 3 février 2017 à Paris (salle Ageca), près de 300 personnes se sont réunies de 17h à 22h pour participer à un débat qui a connu plusieurs moments différents. Cette soirée était co-organisée par le Collectif Appel des 100-Alternativeàgauche2017 et par les mouvements citoyens Les Jours Heureux, Pouvoir citoyen en marche et Utopia. A partir de 17h, ce groupement citoyen a « auditionné» Hervé Hamon, Yannik Jadot, et Charlotte Marchandise (candidate issue du processus électronique www.laPrimaire.org). Cette audition est consultable sur le site Utopia (www.mouvementutopia.org).

A partir de 19h, l’Appel des 100 a demandé à des personnes représentatives de syndicats, de collectifs d’actions, d’intervenir pour synthétiser ce qui leur semblerait décisif à prendre en compte pour une candidature de gauche et écologiste et d’une manière générale pour faire entendre les voix venant des luttes sociales et citoyennes. Se sont ainsi succédés : Nicholas Allen, syndicaliste étatsunien agissant sur les salaires et le SMIC chez Mac Donald’s, Nathalie Andrieux Hennequin, syndicaliste qui a parlé du travail social, Sophie Binet, syndicaliste qui a défendu la réduction du temps de travail et le passage aux 32h, Françoise Nay, de la Coordination de défense des hôpitaux et maternités de proximité, sur le thème de la santé, Jean-Marc Canon syndicaliste qui a posé des exigences en matière de services publics et de fonction publique, mais aussi de la dimension politique de l’action syndicale,Julien Rivoire, syndicaliste engagé dans la campagne Un millions d’emplois pour le climat, et Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF). Cette séquence, que beaucoup ont jugé passionnante, est consultable en vidéo sur le site de l’appel des 100 : www.appeldes100.org.

Le troisième moment de cette soirée a été une table ronde animée par Marie-Christine Vergiat (députée Gauche unie européenne) qui a réuni : Guillaume Balas (député européen et membre de l’équipe Benoit Hamon), Alain Coulombel (bureau exécutif d’EELV), Eric Coquerel (secrétaire national du Parti de Gauche, venu aussi avec l’accord de Jean-Luc Mélenchon), Pierre Laurent (secrétaire national du PCF), et Charlotte Marchandise, candidate. Clémentine Autain (porte-parole d’Ensemble !) était également présente dans la soirée, ainsi que Gérard Filoche (BN du PS) et Elise Lowy (EELV).

C’est donc une soirée à portée nationale réussie, juge le Collectif Appel des 100. Celui-ci s’est constitué le 1er mai 2016 pour « favoriser l’irruption citoyenne » et aider au rassemblement unitaire pour 2017 à partir d’un socle politique de mesures d’urgence. Rappelons que l’Appel des 100 est très attaché à croiser les dimensions sociales, syndicales, associatives, citoyennes, culturelles, politiques, dans la définition des projets. Et qu’il tente sur le plan politique d’aller au-delà du Front de gauche en associant au travail d’élaboration des forces écologistes, socialistes. Tout ceci n’est pas toujours simple et nécessite un patient travail d’écoute et de compréhension, ainsi qu’une grande « persévérance », comme le notera Marie-Christine Vergiat. Le Collectif Appel des 100 avait préparé cette soirée par l’écriture d’un « comparatif » partiel des projets entre l’Appel des 100, Benoit Hamon, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Charlotte Marchandise, le PCF et Ensemble ! (disponible sur le site : www.appeldes100.org).

L’année 2016 bouscule l’année 2017

Mais avant cette soirée du 3 février et depuis, une floraison d’initiatives allant dans le même sens s’est développée. Elles émanent d’un processus citoyen très différencié sur le plan sociologique, sur le plan de « l’ancienneté » militante, sur le plan des méthodes d’action, des affinités politiques, ou de l’inventivité. Ce processus citoyen témoigne sans doute que dans les profondeurs du pays, il y a un grand besoin d’agir et de ne pas laisser la politique aux seules mains des partis et candidat-es. Et cela se passe alors que des luttes sociales se produisent ou se préparent sur la santé, les droits des femmes (grève des femmes le 8 mars), les licenciements (Wirlpool à Amiens), la loi Travail (meeting au gymnase Japy le 30 janvier, action interprofessionnelle en mars), les associations de chômeurs (avec le réseau « Nos droits face à leurs privilèges» coordonné par Attac), le racisme (journée du 19 mars prochain sur les violences policières). Sans oublier l’action propre des forces politiques : par exemple les rencontres des équipes Jadot et Hamon (12 février), ou la grande initiative de rue du 18 mars prochain à l’initiative de la campagne Jean-Luc Mélenchon. Bref, les grandes exigences sociales, citoyennes et politiques de l’année 2016 (dont Nuit Debout) remontent à la surface et se frayent un chemin dans la vie politique présidentielle.

Mais qui sont ces acteurs et actrices qui veulent agir pour rassembler ? Certain-es sont connus-es, d’autres moins ou pas du tout. Il vaut la peine de les citer et résumer leurs options.

  • Citation tirée du site Les Jours Heureux : « Le mouvement #LesJoursHeureux rassemble des citoyens désireux de sortir d’un cycle économique et politique qui empoisonne, au propre comme au figuré, la vie de la majorité d’entre nous. Ces femmes et ces hommes ont en commun la volonté d’abréger la période de doutes, de crainte du lendemain, de découragement, parfois de désespoir, que vivent beaucoup d’entre nous, depuis le début du XXIème siècle ».

  • C’est quoi Le Pouvoir Citoyen en Marche ? « Lancé au début de l’année 2013, à partir du travail déjà initié depuis 2008 par le Pacte Civique, le Pouvoir Citoyen En Marche est un processus de « reliance » des collectifs et des initiatives créatrices qui émergent partout, dans tous les domaines de la vie, et qui proposent de nouvelles manières de vivre ensemble ». Il est soutenu ou rejoint par Attac, la Maison des potes, etc.

  • Le « Mouvement UTOPIA » (www.mouvementutopia.org) est « une association d’éducation populaire à but non lucratif, qui vise notamment à élaborer un projet de société solidaire, écologiquement soutenable et convivial dont l’objectif est le « buen vivir ». Il est né en 1999-2000 d’un groupe de lecteurs passionnés par le livre de Dominique Méda sur le travail. Ils ont transité un moment par le PS (avec l’appel Stéphane Hessel) et aussi au Parti de gauche.

  • Les appels jeunes : cette initiative vient de « deux groupes qui se retrouvent parmi les idées des insoumis, des communistes, des écologistes, des socialistes ou qu’ils soient sans identité politique ». Un groupe de Nanterre (étudiants autour de David Teixeira, initiateur de la pétition) et un de Lille (jeunes travailleurs et étudiants de différentes sensibilités autour de Frédéric Laroche). Leur pétition atteint 60000 signatures. Extraits: « En signant cette pétition, nous montrons que nous voulons une alliance sociale, écologique, démocratique. Nous voulons un candidat au second tour, nous voulons ensemble changer le débat, et l’agenda politique. Utilisons intelligemment la force d’action politique que représente le moment électoral ». Lien : <div class="change-embed-petition" data-petition-id="10112141"></div>

  • La tribune des féministes parue il y a quelques jours dans Libération. Extraits : « Messieurs Hamon, Jadot et Mélenchon : pour les droits des femmes, unissez-vous […]. Nous voulons que la gauche gagne pour que la lutte contre les inégalités sociales - dont celles liées au sexe - devienne la priorité de la majorité parlementaire et du gouvernement de demain. Pour cela, vous n’avez pas, nous n’avons pas, le choix : l’union est une obligation ». Lien : http://bit.ly/2ka5mb1

  • Il y a aussi des appels de porte-parole politiques, notamment : www.1maispas3.org. Les signatures approchent 20 000. On y lit ceci : « Le système de l’élection présidentielle et la lutte des égos ne favorisent pas l’union dès le premier tour de l’élection. Cependant, dans la configuration actuelle des forces politiques, l’union de vos candidatures, parce qu’elles sont compatibles sur l’essentiel, apparaît comme le seul espoir raisonnable d’une présence et d’une victoire au second tour. »

  • Il y a la tribune de Yanis Varoufakis, Ulf Clerwall (économiste, membre de Diem 25) et Thomas Porcher (membre des économistes atterrés), qui explique : « L’élection présidentielle française sera décisive pour l’avenir de l’Europe » et appelle à une seule candidature de gauche. En savoir plus sur : http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/02/09/la-gauche-francaise-doit-s-allier-pour-l-avenir-de-europe_5076983_3232.html#pVRUUmSw0ywe8mh5.99

Que faire ?

Lors de son Collectif national des 4 et 5 février 2017, Ensemble ! s’est situé dans la perspective d’un rapprochement unitaire. Pas seulement en demandant aux candidats de faire le travail, mais en agissant avec les mouvements de la société : « Dans ce cadre, Ensemble ! propose de multiplier les initiatives locales associant les forces politiques, le mouvement social, les forces citoyennes, notamment sous la forme de débats publics. ». C’est donc parfaitement possible de se lier à ces divers mouvements pour agir, ou de renforcer l’Appel des 100 où Ensemble est présent depuis le début.

Il faut être lucide : le rapprochement ne sera pas facile. Bien des contradictions pèsent sur la situation, sur les candidats (notamment Benoit Hamon). Mais l’action militante qui sera déployée avec des forces et courants politiques, des force sociales et citoyennes comptera pour les réorganisations à venir dans la gauche et dans les luttes.

Jean-Claude Mamet


 


 


 


 


 


 


 

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