Alda Sousa : « Il est temps de désobéir »

Alda Sousa est l’une des deux eurodéputées du Bloc de gauche portugais. Venue soutenir Myriam Martin, porte-parole d’Ensemble et tête de liste Front de gauche de la circonscription Ouest aux Européennes, lors du meeting d’Allonnes le 16 mai, elle a répondu à nos questions.

Quelle est la situation au Portugal ?

Plus catastrophique que jamais. Nous subissons une attaque brutale de nos droits sociaux. Le taux de chômage réel dépasse les 22% et plus de la moitié des chômeurs n’ont plus aucune allocation. Même notre service national de santé est maintenant clairement menacé de destruction.

Comment cela se traduit-il pour les Portugais ?

Nous connaissons le plus fort taux d’émigration de nos jeunes depuis les années 1960 quand le Portugal était l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Et cela alors même que nos jeunes n’ont jamais été aussi diplômés. Ils fuient le pays vers les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne… De plus, même ceux qui ont un travail ne s’en sortent plus toujours. Un tiers des travailleurs sont pauvres. Nombreux sont contraints de retourner vivre chez leurs parents avec leurs propres enfants. Trois, parfois quatre générations d’une même famille vivent souvent sous le même toit désormais. Nous avons également constaté qu’il n’est plus rare que des enfants s’évanouissent à l’école parce qu’ils n’ont pas mangé le matin.

Comment l’expliquer ?

La troïka UE, BCE, FMI a placé le pays sous surveillance pour vérifier qu’il appliquait bien ses décisions pour réduire la dette publique qui a atteint 131% du PIB. On en voit le résultat. Officiellement le Portugal est « sur le bon chemin », il fait « les efforts nécessaires ». Mais en réalité, selon les critères mêmes de la troïka, rien ne s’améliore. Il a été calculé qu’en 2012, 1€ de réduction de la dette produisait 4€ de déficit ; en 2013 ce rapport est passé de 1 à 6. Le but recherché est d’abaisser encore plus « le coût du travail », de détruire les systèmes de droits sociaux collectifs et solidaires.

Quelle est l’action du Bloc de gauche ?

Notre parti existe depuis 15 ans. Nous avons déposé de nombreuses propositions de lois sociales et sociétales. Quelques-unes, emblématiques, ont été votées. Mais bien sûr, cela ne suffit plus.

Quelle est votre position sur ces élections européennes ?

Nous sommes très proches des positions du Front de gauche et d’autres organisations de la gauche radicale en France et en Europe. Nous considérons qu’il est temps de désobéir maintenant. Dire « Stop, ça suffit. Refusons de payer cette dette ». Notre slogan de campagne est « Celui qui nous a coulé ne nous sauvera pas ».

Propos recueillis par Bruno Jacer.

Article