Algérie 2019 : Une insurrection contre le « système »

 

La lame de fond qui balaie l’Algérie emportera t-elle le  « système » ? En a t-elle les moyens ? L’importance des mobilisations en est une force, mais l’absence de programme politique (au-delà du refus du «système ») et de personnes reconnues pour en porter un semble une faiblesse.  Néanmoins un semblant de structuration s’est amorcé avec la création, le 18 mars, d’un « COLLECTIF DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ALGÉRIENNE POUR UNE SORTIE DE CRISE PACIFIQUE » à l’initiative des deux ligues des droits de l’homme, de diverses associations et de plusieurs syndicats autonomes (cf document ci-dessous) ; cette « Feuille de route pour l’instauration de la nouvelle République » aux bonnes intentions évidentes mais qui reste très générique, peut-elle être l’amorce d’une sortie de crise ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Le pouvoir hésite, tergiverse, mais petit à petit ses soutiens s’effritent :  la puissante ONM (Organisation nationale des Moudjahidine -anciens combattants de la guerre de libération) a retiré son soutien à Bouteflika dès le 9 mars, puis les défections se sont développées parmi le patronat affairiste et certains parlementaires, mais sans se généraliser dans un premier temps. Il semble que la donne soit en train de se modifier avec le rappel à la Constitution du général Gaïd Salah, le chef d’état-major de l’armée, qui a réclamé, le 26 mars, l’application de l’article 102 qui prévoit la destitution du président de la République quand il « se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions » et son remplacement pour une durée limitée par le président du Conseil de la Nation. Cette solution, qui a l’avantage de respecter la Constitution a reçu, dès le lendemain, le soutien des deux principaux partis de la coalition gouvernementale (RND et FLN), de la centrale syndicale qui fut longtemps unique (UGTA) et du patronat. Il semble donc assez vraisemblable que le Conseil constitutionnel la validera, mais quelle en seront les conséquences ? La complète mise à l’écart de Bouteflika n’arrive t-elle pas trop tard ? Elle n’implique pas la disparition du « système », on peut donc craindre que cela ne soit qu’une tergiversation de plus pour permettre au « système » de se ripoliner la façade tout en gardant les rènes du pouvoir ?

Après presque plus d’un mois de manifestations, il est clair que la population algérienne ne veut pas s’en laisser compter et qu’elle exige la fin du « système ». Il est peu probable qu’elle se satisfasse de la mise à l’écart -tardive- de la momie Bouteflika, les manifestation du vendredi 29 mars donneront la mesure de l’insatisfaction des Algériens. On peut penser que  la révolte actuelle, au pacifisme remarquable, est en passe de se transformer en révolution… C’est l’avenir qui nous le dira.

Jacques Fontaine

COLLECTIF DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ALGÉRIENNE POUR UNE SORTIE DE CRISE PACIFIQUE

Feuille de route pour l’instauration de la nouvelle République

Par leurs manifestations massives, pacifiques, solidaires et apaisées, les algériennes et algériens montrent depuis le 22 février 2019 leur haut degré de maturité politique, crient haut et fort leur refus d’un cinquième mandat, tout prolongement du quatrième et des élections présidentielles du 18 avril 2019 et rejettent le système corrompu et autoritaire.
Cette contestation nationale, est considérée comme une occasion historique pour en finir d'une manière irréversible avec « Le système ».
Nous, dynamique de la société civile, au terme de plusieurs concertations, discussions et échanges, conscients de notre rôle de médiateur et de force de proposition, nous contribuons par cette proposition que nous partageons avec la société, la classe politique dans le but de dégager un large consensus qui organisera le départ du système d’une manière pacifique.

Les étapes de la transition démocratique:
Pour aboutir à cette transition, le collectif considère que des mesures d’apaisement préalables sont nécessaires en réponse aux revendications populaires.

Premièrement: afin d’éviter au pays d’entrer dans une période de non droit, le Président de la République sortant doit se remettre à la volonté du peuple et se retirer au plus tard le 27 avril. Aucune prolongation du mandat n’est possible et les institutions existantes doivent laisser place aux institutions de la transition.

Deuxièmement: La mise en place d'un Haut Comité de Transition(HCT), une instance collégiale composée de personnalités jouissant d'une autoritémorale et bénéficiant d'une large acceptation populaire. Cette instance aura à incarner l’État.

Troisièmement: installation par le Haut Comité d’un Gouvernement National de Transition (GNT) composé de personnalités consensuelles et crédibles pour gérer la période de transition dans des délais raisonnables à définir.

Ce gouvernement consensuel a pour seules missions:
• La gestion des affaires courantes en assurant la continuité de l’Etat et la levée immédiate de toutes les entraves liées à l’exercice des libertés civiles,
politiques et démocratiques dont la liberté d’association, et de manifestation, d’expression, et de la presse, syndicales, et de création des partis politiques...
• Préparation et organisation des Assises du Consensus National.

Quatrièmement: Les Assises du consensus national regroupent toutes les sensibilités de la société et des représentant-e-s du mouvement, auront à dégager un consensus national sur les modalités pratiques de mise en place de la Constituante, et réaliser un compromis historique autour des principes fondamentaux inaliénables, au respect de toutes libertés, des droits humains et de l'égalité. Elle aura à proclamer la naissance de la nouvelle république par un texte fondateur.

Cinquièmement : Élection d’une Assemblée Constituante chargée d'élaborer la nouvelle Constitution. Cette élection sera précédée par la mise en place d’une commission indépendante d’organisation des élections. La nouvelle Constitution sera élaborée sur la base du texte fondateur de la nouvelle République démocratique et sociale.

Sixièmement : Retour à la légalité constitutionnelle, ouverture du champ politique et organisation des élections générales.

Alger le 18 mars 2019

• LADDH ( Benissad/Zahouane) (Ligue Algérienne de la Défense des Droits de l’Homme)
•  LADH (Ligue Algérienne des Droits de l’Homme)
• RAJ (Rassemblement - Actions - Jeunesse)
• DJAZAIROUNA
• SOS DISPARUS
• RESEAU WASSILA
• THARWA FADHMA N'SOUMER
• Association TIMLILIT
• CSVM-22 FEV (Comité Soutien Vigilance du Mouvement 22 Février)
• SATEF (Syndicat autonome des travailleurs de l'éducation et de la formation)
• SNAPEST (Le syndicat national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique )
• SNAP (Syndicat National Autonome des postiers)
• CNES (Conseil National des Enseignants du Supérieur)
• SNAPAP (Ssyndicat National Autonome des Personnels de l'Administration Publique)
• CGATA (Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie)
• SOS CULTURE BAB ELOUED
• ACDA (Association pour le Changement Démocratique en Algérie)
• CNDDC (Comité National pour la Défense des Droits des Chômeurs)
• Le collectif des Haragas disparus en mer.
• IRD (Initiative de Refondation Démocratique)
• Collectif des Jeunes engagés

Article