Algérie : deux déclarations du Parti Socialiste des Travailleurs (PST)

1- Pour la défense des libertés démocratiques et syndicales ! Non au référendum et à la constitution de Tebboune ! Pour l’élection d’une Assemblée Constituante Souveraine !

Continuité du régime. 

Contrairement à la propagande du pouvoir de fait, issu de la mascarade du 12 décembre 2019, la continuité du régime est éclatante. Ni ses envolées populistes contre la corruption et la « 3issaba », ni sa tentative de s’approprier le Hirak, qualifié à l’occasion de « moubarek », n’ont changé d’un iota sa nature de classe libérale oligarchique, autoritaire et anti sociale. Elles n’ont pas atténué non plus son déficit chronique de légitimité. 
Mais, la crise latente du régime, que le 5éme mandat avait aiguisée et le Hirak populaire avait approfondie, a permis une réorganisation du pouvoir autour de l’armée. Le retour fracassant de l’Etat-major au centre de la décision politique, après sa relative « marginalisation » au lendemain de la défaite de son poulain à la présidentielle de 2004, est le fait le plus marquant de l’évolution de la crise du régime. 

Contre la soumission aux intérêts des puissances étrangères ! 

Cette continuité du régime est aussi éclatante dans ses rapports de soumission aux puissances étrangères impérialistes. Leur soutien au régime ainsi que leurs satisfécits sont bien  monnayés. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler les cadeaux offerts aux multinationales dans la nouvelle loi sur les hydrocarbures ou l’abandon des dispositions souverainistes et protectionnistes telle la règle 51/49%, etc. Sur le plan militaire, il faut rappeler aussi la constitutionnalisation en marche de la possibilité d’intervention de l’ANP  dans d’autres pays ou sa participation toute récente aux dernières manœuvres  militaires de l’OTAN en méditerranée. 

Une constitution au service du régime. 

Profitant de l’irruption du Covid-19, qui avait contraint le Hirak populaire à une longue pause, le pouvoir de fait s’est installé dans une démarche de passage en force permanent. En effet, sa nouvelle constitution, élaborée sans la moindre participation démocratique du peuple algérien, fera l’objet le 1er novembre prochain d’un simulacre de référendum. Il s’agit, comme auparavant sous le pouvoir corrompu et autoritaire de Bouteflika, de simuler un plébiscite populaire dans l’espoir d’attribuer quelque légitimité à Teboune et à la haute hiérarchie militaire qui l’a désigné. Mais, quelle légitimité peut apporter un tel référendum lorsque le peuple algérien est soumis au couvre-feu et que les libertés démocratiques sont violées et muselées ? Quel crédit peut-on lui accorder lorsque les médias publics et privés sont fermés au débat libre et contradictoire ? De quelle « liberté de choix du peuple algérien » pourra-t-on se prévaloir lorsque se multiplient les arrestations et les condamnations de jeunes activistes du Hirak, de militants politiques et syndicaux, de journalistes et de simples blogueurs ? 

Non, la constitution n’est ni une affaire de commission d’experts, ni un sujet de débat à sens unique entre des « douktours » en droit constitutionnel comme on veut nous l’imposer.  La constitution n’est pas une question technique. C’est une question éminemment politique qui doit être discutée en toute liberté par tout le peuple algérien. Toutes les sensibilités politiques et tous les courants d’opinion, qui traversent notre peuple, doivent pouvoir exprimer librement et équitablement leurs avis dans les médias et exposer leurs idées devant le peuple sans aucune contrainte. 

Le PST rejette sans équivoque ce prétendu référendum du 1er novembre prochain et   appelle à l’élection démocratique d’une ASSEMBLEE CONSTITUANTE SOUVERAINE et représentative des aspirations démocratiques et sociales des travailleurs, des femmes, des jeunes et des masses populaires de notre pays. C’est à cette assemblée constituante  élue démocratiquement, après un débat national libre dans un contexte  où toutes les entraves à l’exercice effectif des libertés démocratiques sont levées, que reviendra la mission d’écrire notre constitution. Elle sera  présentée ensuite à l’expression référendaire démocratique du peuple algérien.        

Tebboune est au service des patrons privés ! 

Sur un autre plan, c’est dans ce même contexte marqué par le Covid-19, et ses lourdes conséquences économiques et sociales sur les travailleurs, les petits paysans, les petits commerçants et les masses populaires en général, que Tebboune et son gouvernement décident d’octroyer l’équivalent de 20 Milliards de dollars, soit 1900 milliards de dinars de financement publics, aux patrons privés en guise d’investissements…privés pour l’année en cours. Au même moment, après l’insignifiante et misérable augmentation du SNMG de 2000 DA, plus de 500 000 travailleurs et travailleuses ont perdu leurs emplois sans aucune indemnisation. Bien entendu, ce chiffre serait beaucoup plus important si on comptabilise les travailleurs et les travailleuses qui se sont retrouvés du jour au lendemain contraints, par ces mêmes patrons, au chômage technique ou forcés à prendre un congé sans solde. Mais, à ce sujet, Tebboune et son gouvernement laissent ces mêmes patrons licencier et piétiner les quelques dispositions de lois relatives au droit syndical ainsi que les décisions de justice favorables aux travailleurs. A ce titre, l’exemple de Cevital, où son patron licencie à tour de bras par centaines les travailleurs de Numilog à Béjaia ou de Smaha-Brandt à Sétif, qui ne voulaient pourtant qu’installer une section syndicale, est édifiant quant aux velléités esclavagistes du secteur privé « productif » dans notre pays et de ses protecteurs politiques. 

Construisons l’unité d’action et la convergence des luttes démocratiques et sociales ! 
Pour la défense des libertés démocratiques ! 
Halte à la répression et aux arrestations ! 
Exigeons la libération de tous les détenus politiques !   
Solidarisons-nous avec les luttes des travailleurs et avec la résistance populaire ! 
Imposons dans le secteur privé et partout ailleurs le respect des libertés syndicales ! 
Non au référendum constitutionnel anti-démocratique du 1er novembre prochain ! 
Pour l’élection d’une Assemblée Constituante Souveraine ! 

La Direction Nationale. 
Le 19 septembre 2020.

 

2 -Hirak populaire, la relance passe par l'organisation et la convergence des luttes sociales

Au tout début du mouvement populaire dit "Hirak", qui a secoué l'Algérie en fevrier 2019, on a assisté à de grandes mobilisations populaires qui ont impressionné le monde entier de par son pacifisme et sa détermination.

Un mouvement qui voulait une rupture radicale avec le pouvoir en place mais qui refusait toute forme d'organisation et de structuration. On avait cependant l'impression qu'il existait une unité au delà de la classe sociale, ou même de l'orientation idéologique de chacun. Jusque là, le mouvement se montrait être sur la bonne voie, mais petit à petit, au fil des semaines et des mois, les questions de souveraineté populaire et de justice sociale commençaient dangereusement à disparaître, pas question de parler des droits des travailleurs, des chômeurs, des femmes, des jeunes... les revendications de la majorité écrasante de la société sont exclue de tout débat. Voilà ce qui a mené le mouvement populaire vers l'impasse, un mouvement qui se voulait rassembleur et qui a fini par exclure la majeure partie opprimée de la société, même le phénomène de Harraga qui a cessé au début du Hirak, avec les impressionnantes mobilisations des masses qui ont donné de l'espoir à plus d'un, a vite repris et de façon massive...

La pandémie qui a agité tous les pays du monde, n'a fait qu'accentuer l'affaiblissement du Hirak, ce dernier et depuis le mois de mars s'est mis en mode veilleuse, en face, la répression, elle, n'a pas connu d'arrêt, elle s'est plutôt accrue avec l'apparition du covid-19. Le quotidien des masses, lui, continue encore de se dégrader, des travailleurs se retrouvent à la rue, des femmes continuent à être battues jusqu'à trouver la mort, chantage, restrictions des libertés, remise en cause de nos acquis démocratiques et sociaux... etc, le pouvoir déploie tous les moyens pour contenir les masses de tout éventuel retour à la rue.

Tout le monde semble se mettre d'accord sur la nécessité d'un retour en force du mouvement vue la situation actuelle, mais la relance du Hirak ne peut se faire sans une organisation, ne peut se faire sans un bilan critique de toute une année de lutte, sans espaces de débats et de réflexion, elle ne pourra pas non plus se faire avec des appels anonymes publiés sur les réseaux sociaux, des anonymes qui poussent nos jeunes dont on ignore souvent les noms à la confrontation avec les forces de répression et les jettent en prison... c'est ça la réalité du Hirak aujourd'hui et il ne peut faire son retour tant attendu sans une auto-organisation, si on veut que les masses reprennent la rue, on doit impérativement construire la lutte sur la durée. Des comités de grève sur les lieux de travail et d'études, des assemblées populaires dans les quartiers et villages sont indispensables pour organiser la lutte démocratiquement et par la base, les actions à mener doivent être planifié collectivement, le mouvement populaire doit également pouvoir formuler des revendications claires et faire avancer un programme politique qui porte très haut les aspirations sociales et démocratiques de la majorité du peuple c'est-à-dire les travailleurs, les femmes, les chômeurs, les jeunes....

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