Alstom est à nous !

Qui va "sauver " Alstom ? Cela nous est présenté comme s’il allait de soi que seuls des capitalistes pourraient faire quelque chose ou à la rigueur que l’État devrait apporter des capitaux manquants. Aucune autre solution ne serait envisageable, si ce n'est venant d'un monde au-dessus des salariés et usagers. Et après, on nous parle de la fin des idéologies !

Alors que l’enjeu est décisif pour l’économie française et la société, l’absence embarrassée de campagne publique de la part des centrales syndicales et des forces qui se réclament de l’alternative dit combien nous restons enfermés dans le cadre imposé par l’idéologie dominante.

Alstom a déjà été largement payé à des actionnaires qui se sont engraissés aux dépens de tous et qui ne veulent que dépecer la bête. L’entreprise est le fruit du travail de ses salariés ; elle a bénéficié de leur formation, de leur bonne santé, du réseau routier, des infrastructures énergétiques animées par d’autres salariés, de la recherche, des transports en commun qui amènent chaque jour les salariés à l'usine... Bref des fonds versés par les contribuables et par les cotisations sociales. Quant aux débouchés, on retrouve la société à travers ses équipements. Alstom est le fait de la collectivité. Collectivité ne désigne pas l’État. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une grande entreprises stratégique qu’on ne peut trouver une forme d’appropriation collective. La maîtrise démocratique n’est pas réservée à ce qui est petit.

Une pétition, à l'initiative d'Ensemble !, permet à tous de jouer son rôle de citoyen, d’intervenir en réclamant que ce soient les salariés et les élus de la nation qui prennent le destin d’Alstom en mains. Signer cette pétition, c'est introduire dans le débat public une solution qui affronte la suprématie du capitalisme. Elle comble un vide politique : le souci de réalisme pousse trop souvent à s'en tenir à ce que les intéressés réclament déjà par eux-mêmes. Faire force citoyenne, politique n'est pas s’indexer sur un sondage : c'est changer le rapport de forces en osant lancer une proposition qui dispute aux capitalistes leur légitimité. Là, cela vaut la peine de se rassembler.

Pierre Zarka, le 23 mai 2014. Publié sur le site de Cerises.

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