Alternative(s), autogestion et emancipation(s)

Présentons d'emblée notre point de départ : nous n'opposons pas des alternatives à « l'Alternative ». Nous préférons parler d'alternative(s) c'est-à-dire d'une alternative multidimensionnelle et plurielle, qui soit bien « la mise en cohérence de mesures et d'actes subversifs » et non une simple addition de ces mesures et de ces actes. Se posent donc les questions de la nature de cette alternative, des stratégies et outils permettant de construire cette mise en cohérence.

Pour les autogestionnaires, l’émancipation(s), elle aussi multidimensionnelle et plurielle, ne se fera pas sans la médiation du politique, sans mobilisation pour sortir de la subalternité et conquérir l’hégémonie. Mais sans l’existence de ces mesures et de ces actes le politique est inopérant ; il faut donc tout faire pour faciliter leur venue à l’existence sans préjuger de leur mise en cohérence.

Ces mesures et ces actes, c'est ce que nous appelons les pratiques alternatives et autogestionnaires, celles qui remettent en cause l'ordre établi, la division sociale, « raciale » et genrée du travail, les hiérarchies et les dominations, les aliénations de toutes sortes.

Des pratiques alternatives qui donnent a voir l'alternative

Ces pratiques alternatives et autogestionnaires sont aussi anciennes que le capitalisme lui-même, depuis l'affirmation des coopératives ouvrières du XIXe siècle jusqu'aux multiples recherches actuelles d'un autre mode de consommation, d'échange et de production, en passant par les expériences autogestionnaires liées aux grands mouvements sociaux et aux révolutions anticapitalistes du XX° siècle, ou encore les tentatives de vivre autrement - y compris sous forme de vie communautaire - qui ont marqué la grande vague des mouvements de contestation culturelle des années 1960 et 1970 aux Etats-Unis ou en Europe, mouvements dont il faut souligner le lien avec la non-violence et les premières expressions politiques de l'écologie et du féminisme.

Elles ont souvent été au mieux reléguées et au pire ignorées par l'ensemble des courants de la gauche radicale, y compris marxiste-révolutionnaire, au prétexte qu'elles détournaient des tâches de l'heure : la préparation de l'affrontement avec l'Etat bourgeois et la priorité qui en découle, la construction du parti révolutionnaire.

Il est vrai que ces pratiques alternatives et autogestionnaires ne peuvent à elles-seules transformer la société et déboucher sur une société alternative.

Cependant, elles constituent des éléments-clés de résistance et de contestation, elles dessinent en creux ou de manière explicite la société alternative que nous voulons, basée sur l'égalité, l'émancipation et l'autogestion : elles nous montrent ici et maintenant que « c'est possible ».

On le voit avec les Fralib : défendre l’emploi c’est aujourd’hui faire la preuve que le capitalisme est périmé. C'est également et en même temps relier les dimensions autogestionnaire et écologiste, à travers le projet de reprise de l'entreprise sous forme coopérative par les salarié-e-s eux/elles-mêmes, avec un projet de nouveau contenu des productions sous l'angle de l'écologie - produits naturels en alternative aux produits chimiques - et des ressources locales1. Animer une AMAP, c’est aussi montrer que le productivisme agricole est un désastre. Les exemples sont légion. Ainsi, la bataille sur les retraites dépasse le revendicatif. Se battre pour que vingt millions de retraité-e-s mènent une troisième vie libérée de l’empire du capital, c’est créer sans attendre un rapport de forces qui permette de changer les rapports sociaux dans un sens émancipateur. Les résistances, tout en répondant à l’urgence de situations inhumaines, dessinent l’horizon d’un monde humanisé, au sens fort. Elles révèlent ces possibles réels, que la crise du capitalisme développe, mais qui ne se déploieront pas tout seuls.

Ainsi, elles préparent dans un processus de ruptures partielles celle des ruptures qui sera décisive : l'expropriation des capitalistes et l'amorce de la transition vers la société alternative.

Mettre en cohérence « les actes et mesures subversifs » c'est nécessairement prendre en compte le caractère multidimensionnel des formes de domination et donc de l'émancipation. Il s'agit de dépasser le paradigme rouge : une conception qui met la lutte des classes au centre de l'émancipation et relègue les autres fronts de lutte au second plan, ou pire qui nie leur existence. Le caractère civilisationnel de la crise actuelle - une crise multiforme, économique, sociale, écologique, énergétique, démocratique, géopolitique, anthropologique - impose d'articuler de manière étroite les différentes dimensions de l'émancipation dans l'optique de faire émerger une alternative globale et plurielle.

C'était le but, par souci d'intégrer pleinement la dimension écologiste, que visait la référence  «rouge et verte », c'est ce que nous entendons aujourd'hui plus largement par la référence aux couleurs de « l'arc-en-ciel » pour mieux prendre en compte l'ensemble des dimensions de l'émancipation et du projet alternatif2.

Là encore, l'histoire ne nous laisse pas désarmé-e-s. En faisant un retour sur la « tradition des vaincu-e-s » - les vaincu-e-s de « l'Histoire », mais aussi les vaincu-e-s d'un certain marxisme orthodoxe et sectaire - chère à Walter Benjamin3, des ressources pour penser cette articulation existent.

Nous pouvons prendre comme exemple le « féminisme noir »4 qui a su dans les années 1970, période où les luttes d'émancipation aux Etats-Unis remettent en cause non seulement le capitalisme mais aussi l'ensemble de l'ordre établi dans toutes ses dimensions, analyser de manière exemplaire l'articulation des dimensions de genre, « raciale », et de classe de l'oppression qui touchaient les Afro-américain-e-s. Ainsi, en 1977, les féministes noires du Combahee River Collective affirmaient : « Nous sommes activement engagées dans la lutte contre l’oppression raciste, sexuelle, hétérosexuelle et de classe et nous nous donnons pour tâche particulière de développer une analyse et une pratique intégrées, basées sur le fait que les principaux systèmes d’oppression sont imbriqués »5.

Cette manière de penser l'oppression, donc aussi l'émancipation et l'alternative, nous semble être très précisément la voie à suivre pour faire émerger de nouveaux possibles. Cela impose de prendre la mesure, dans les sociétés du Nord en général et en France en particulier, de la question postcoloniale et des ses conséquences sur les rapports sociaux de domination. Cela impose de penser la lutte contre la domination masculine comme indispensable à l'émancipation : on ne mettra pas fin à la domination masculine sans détruire le capitalisme, et on ne détruira pas le capitalisme sans mettre fin à la domination masculine. Bien évidemment, l'articulation entre les différentes dimensions de la lutte pour l'émancipation ne se fera pas sans conflits, sans contradictions. Le sujet révolutionnaire qui portera l'alternative ne sera pas le sujet homogène encore fantasmé par quelques nostalgiques du paradigme rouge - parfois combiné avec un repli nationaliste -, il sera un sujet pluriel, traversé de contradictions qui lui donneront sa dynamique et sa richesse.

Dans cette optique, certains combats sont aujourd'hui d'une importance capitale : dans le contexte actuel de la montée d'un néofascisme qui se construit autour de la haine des musulman-e-s et du mythe de l'islamisation de l'Europe, prendre la mesure du danger que représente l'islamophobie est une urgence politique6. En effet, le discours et la pratique islamophobes sont à la croisée des inégalités de classe et des discriminations « raciales » et de genre : c'est donc un front de lutte majeur pour la mise en cohérence des multiples dimensions de l'émancipation. Plus largement, la lutte contre toutes les discriminations et pour l'égalité des droits est un enjeu décisf de toute politique d'émancipation. Elle est dans l'immédiat la condition sine qua non de la construction de tout bloc politico-social pour l'alternative

Des pratiques au coeur de l'altermondialisme et des forums sociaux

Les pratiques alternatives et autogestionnaires ont une double fonction : elles expriment une résistance plus ou moins radicale à l'ordre établi, elles donnent à voir la société alternative de demain.

Elles permettent d'affirmer de manière vivante qu'un autre monde est possible et nécessaire, à travers les forums sociaux et le mouvement altermondialiste, dont elles sont le cœur sur le plan des contenus et qui leur donnent l'occasion d'une expression régulière à une échelle significative.

Ainsi, en tant que nouveau mouvement d'émancipation de portée historique7, le mouvement des mouvements qu'est l'altermondialisme permet la rencontre, la confrontation et la coopération entre les hommes et les femmes qui font vivre de telles pratiques et des propositions alternatives, du terrain de l'écologie à celui du féminisme en passant par celui des solidarités ou des nouvelles formes de démocratie aux différentes échelles des territoires, et cela à une échelle inconnue dans les précédents mouvements d'émancipation - notamment le mouvement ouvrier hypertrophié par le poids de sa composante européenne - : celle du Nord et du Sud, celle du monde.

C'est à la fois une dimension fondamentale et une richesse de l'altermondialisme, celle-là même qui s'exprime dans le foisonnement extraordinaire des centaines d'ateliers et de séminaires du FSM et qui font de celui-ci le cadre, unique, dans lequel peut se déployer une telle richesse.

Il est au demeurant significatif que celui-ci ait décidé depuis ces deux dernières éditions de favoriser la multiplicité des ateliers, ce format de réunion qui favorise l'expression la plus large et qui fonctionne, ce n'est pas un hasard, de manière autogérée.

Le caractère multiforme de la crise globale actuelle donne toute son actualité et toute sa pertinence à l'apport décisif de l'altermondialisme, en tant que nouveau mouvement d'émancipation, à la fois dans la diversité de ce qu'il recouvre comme dans les modes de fonctionnement qu'il a inventés et expérimentés.

Celui-ci s'est déployé, à l'articulation des deux siècles, dans un contexte de croissance alimentée par internet et dopée par la financiarisation du capitalisme, avant même que les effets de celle-ci ne conduisent à la crise actuelle.

Au-delà des pratiques alternatives et autogestionnaires, l'altermondialisme a également permis le croisement, par le biais du développement de la dynamique des forums sociaux, de l'ensemble des mouvements de contestation à la fois partielle et globale du capitalisme, déjà à l’œuvre avant même l'éclatement de la crise globale.

Si le mouvement altermondialiste s'est essoufflé en Europe depuis l'échec du FSE de Londres en 2004, sa dynamique continue et se renforce ailleurs et à l'échelle mondiale.

C'est ce qu'a montré la réussite du FSM de Tunis au printemps 2013, dans la fusion inédite opérée avec un processus révolutionnaire : celui des révolutions arabes8.

L'apport de l'altermondialisme a été décisif dès les premières années (d'autant qu'il était adossé à l'expérience extraordinaire du budget participatif de Porto-Alegre) : croisement des mouvements de contestation et des luttes du monde entier sans les hiérarchiser entre-eux, fonctionnement au consensus et refus de la logique de majorités s'imposant à des minorités, importance croissante des thématiques féministes et écologistes et de la présence des « peuples indigènes », articulation de la contestation et des propositions alternatives... En ce sens, l'altermondialisme donne un précieux éclairage sur le sujet révolutionnaire et valide l'hypothèse de son caractère nécessairement pluriel.

La déclinaison progressive du FSM en forums sociaux aux échelles régionale et locale a permis l'approfondissement, l'élargissement et l'ancrage de la dynamique des forums.

Sur le plan idéologique, l'altermondialisme a puissamment contribué à délégitimer, à défaut de le faire disparaître, le capitalisme, la jungle de la concurrence de tous contre tous, et le refus de toute régulation.

Cet apport apparaît encore plus considérable et plus précieux aujourd'hui, du point de vue des alternatives et de l'alternative, à la fois en tant que premières réponses à la crise globale, mais aussi comme éléments d'un projet alternatif et de réflexion pour repenser la stratégie révolutionnaire.

Des pratiques qui aident a repenser la révolution

Riche est le bilan du mouvement ouvrier, lourd est l’échec final des révolutions nées dans le sillage d’Octobre 1917. Octobre 1917, riche de promesses émancipatrices, est rapidement devenu une révolution bloquée, une transition manquée au communisme, avant de succomber sous les coups des pratiques bureaucratiques cristallisées dans le stalinisme. Les causes en sont complexes. Il nous faut retenir ici que tout processus donnant la priorité à l’intervention de l’Etat sur l’intervention populaire, au programme politique sur l’invention de pratiques, à la recherche de l’unité idéologique sur la diversité créatrice, tourne le dos à l’émancipation. La démocratie en tant que processus ne peut exister que contre l’Etat des dominants, qu’il s’agit d’affronter et de détruire en tant qu’Etat de classe, mais aussi dans la mise à distance et l’autonomie vis-à-vis de la nouvelle forme d’Etat qui peut, à sa place et à sa place seulement, tenir son rôle dans la construction de la société non capitaliste, dans la perspective de son dépérissement. Seule l’intervention populaire peut donner corps à cette perspective. D’où l’importance des formes d’auto-organisation dans les luttes, garantie contre l’étatisme, la bureaucratie, l’électoralisme9.

Nous sommes loin de la prise de l’Etat comme élément central ou préalable de la stratégie révolutionnaire. L'objectif, combiné à la démocratie, ne vise pas à s’emparer du pouvoir d’Etat, qui est un pouvoir sur la société, mais à faire apparaître, se développer et l'emporter face à l'Etat le pouvoir populaire, celui des citoyens et citoyennes - dans l'acception la plus large et pas dans celle, restrictive, de celles et ceux qui ont la nationalité et le droit de vote qui en découle -, le pouvoir de faire de la politique sans attendre. Ce pouvoir se construit ici et maintenant, dans les pratiques alternatives et dans le pouvoir populaire de demain - il ressemblera davantage aux forums citoyens qu'aux conseils ouvriers et paysans d'autrefois - et cette construction prend du temps. Pour rompre sans retour avec l’illusion d’un processus instantané, irrésistible et unanime, nous avançons l’idée de « révolution longue »10. La révolution longue est un processus aux temporalités diverses, faites de ruptures immédiates là où les conditions existent, aussi bien que d’un cheminement ardu pour conquérir l’hégémonie sur des questions décisives comme les libertés où la formation de l’individualité. Temps long et temps court donc, et temps heurté de la décision collective, du débat, de la contestation, couronnés par l’expression au suffrage universel. La gravité de la crise aussi bien que la richesse des initiatives de contestation et de résistance, soit au plan général, comme l’altermondialisme, soit au plan local, comme les pratiques qui visent à démarchandiser la vie quotidienne, exigent de considérer que la révolution longue fait déjà de premiers pas. Il ne faut pas bien sûr se payer de mots : il ne suffit pas de multiplier les initiatives citoyennes pour faire une révolution, il faut que chemin faisant soit engagée la rupture sur des points essentiels de la domination de classe ; notamment sur l’Etat, dont l’importance stratégique ne peut être niée à l’intérieur d’un processus révolutionnaire qui le déborde à tout moment et de toutes parts.

A stratégie nouvelle, nouvelle forme d’organisation politique. Le terme d’« organisation » doit être pris dans son sens instituant et non dans son sens institué, pour ne pas en faire une chose morte, un fétiche, une fin en soi. On s’organise pour faire quelque chose en commun et seulement si cette forme d’organisation permet de le faire. Autrement, à quoi bon ? Mais si chacun, chacune, est enfermé-e dans sa bonne volonté individuelle, que pourra-t-on faire ? Les souvenirs du passé pèsent lourd dans ce domaine. Pour tenir compte de ce qu’il y a eu de positif dans les partis politiques «ouvriers », la mémoire des luttes, la socialisation populaire, la capacité à faire accéder des millions de salariés à la vie politique institutionnelle et à y faire entendre leur voix, mais aussi des terribles aliénations auxquelles a donné lieu le fétichisme d’organisation et de la crise de la forme-parti et des structures représentatives de manière plus générale, il faut faire du neuf. La notion de « parti-mouvement11 » que nous avançons a cette ambition. Débarrassé de toute verticalité, de toute discipline de parti, de toute hiérarchie, le parti-mouvement aura pour moteur non les décisions de la « direction », mais les initiatives permanentes de ses adhérents et adhérentes. Débarrassé du centralisme et de toute unanimité imposée, bannissant toute forme de politique professionnelle et tout pouvoir institutionnel sur ses membres, le parti-mouvement pourra mettre en œuvre une centralité qui assurera la cohérence et la pérennité de l’organisation, l’essentiel étant la participation volontaire de tous et de toutes à l’élaboration de la stratégie, du programme et du projet. La rotation des responsabilités, la parité dans tous les lieux d’animation collective, qui remplaceront les directions, l’autocritique et l’auto-formation permanentes sont impératives. Il reconnaîtra dans les actes la pleine indépendance des mouvements sociaux. Avançons l’idée de « coopération conflictuelle » pour signifier que les luttes du politique et les luttes du social contre leurs adversaires communs n’excluent pas désaccords et contradictions qui ne peuvent être traités que par un dialogue excluant toute domination de l’un sur l’autre. A la foi parti et mouvement, le parti-mouvement favorisera toutes les formes d’appropriation sociale et de désaliénation, toutes les initiatives visant à s’organiser, débattre, décider, et s’efforcera de développer l’hégémonie des pratiques autogestionnaires. Participant actif des luttes, dont il n’a pas l’exclusivité, il vise à assurer les médiations qui leur permettent d’échapper au corporatisme et d’accéder à l’hégémonie politique. En cela, ses fonctions - à quoi s'ajoute sa capacité de synthèse, en tant qu'organisation généraliste et non sectorisée - ne peuvent être remplies par les autres structures populaires, qu’il ne peut remplacer.

Un mot sur la violence. Elle hante la mémoire des révolutions. Elle est parfois prise pour une fatalité ; pour les uns, elle n’engagerait pas la responsabilité des révolutions et serait de l’entière responsabilité des contre-révolutionnaires ; pour les autres elle serait en toute circonstance son aboutissement sanglant, ce qui disqualifierait le projet révolutionnaire lui-même. Sans pouvoir traiter ce sujet ici, il faut prendre acte que l’extrême violence de la guerre civile des années 1918-1920 en URSS, ainsi que le fait que la répression a très vite débordé les tâches de la défense de la révolution, ne permettent pas d'escamoter cette question. Les aspirations pacifistes et les pratiques de désobéissance civile qui reprennent vie la posent à leur façon. Une réflexion s’impose, qui sans faire du pacifisme et de la non-violence un absolu, une exigence abstraite, intemporelle, qui laisserait désarmé devant la violence des dominants, permette de faire justice de cette idée désastreuse selon laquelle la violence serait la voie courte, le substitut à l’hégémonie, la solution aux difficultés politiques.

Le contexte est lourd. De la crise globale, systémique, multiforme, peut naître le pire : un néofascisme comme le rend possible en Europe la montée d'une extrême-droite raciste dont l'islamophobie est le cœur - comme l'antisémitisme autrefois-, et dont le projet fondamental est celui de la désémancipation : fermeture aux autres et inégalités sociales/genrées/« raciales », bellicisme, barbarie et liquidation de la démocratie12.

Une extrême-droite à la fois renouvelée dans sa forme et adaptée au nouveau contexte mondialisé, qui renoue avec le fascisme et le nazisme en semant la confusion, empruntant certains de ses thèmes à l'altermondialisme, comme autrefois elle avait récupéré certaines thématiques du mouvement ouvrier, dénonçant de nouveau le capitalisme et le pouvoir des banques - dont on sous-entend qu'elles sont juives, comme dans les années Trente...

Une extrême-droite qui brouille les pistes, au nom de l'anticonformisme, et qui construit des passerelles avec cette partie de la gauche qui défend la nation, rejette l'Europe et le « mondialisme».

Mais le pire n'est pas sûr.

Des alternatives à l'alternative, le chemin est processus : les alternatives se déploient malgré la crise, constituent des commencements de réponses à celle-ci, elles préparent et conditionnent l'alternative qui ne peut être que plurielle et dynamique.

Nous sommes dans le temps des premières et celui de la seconde est devant nous, ce qui doit nous conduire à voir au-delà de la conjoncture immédiate et ne pas oublier que sous la pression de la crise globale et multiforme qui peut nous amener à un néofascisme, existent aussi des contre-tendances dont les pratiques alternatives et autogestionnaires sont un élément décisif pour demain.

Oui, les germes de l'alternative sont déjà là !

 

Bruno Della Sudda, Arthur Leduc et Romain Testoris, membres des Alternatifs/Ensemble pour une alternative de gauche, solidaire et écologiste - composante du Front de Gauche.

1 Voir les articles sur la lutte des Fralib sur le site de l'Association pour l'autogestion : http://www.autogestion.asso.fr/

2 Contribution critique sur les thèses écosocialistes et sur l'écosocialisme, printemps 2013, in Cahier de débat n°4 du congrès des Alternatifs, novembre 2013.

3 Voir Walter Benjamin, Sur le concept d'histoire, Payot, 2013. A ce sujet, on pourra se reporter aussi au travail de Michael Löwy, Walter Benjamin : avertissement d'incendie. Une lecture des thèses « Sur le concept d'histoire », PUF, 2001.

4 Sur ce sujet voir Elsa Dorlin, Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, L'Harmattan, 2008.

5 Déclaration du Combahee River Collective. Le texte intégral ainsi qu'une contextualisation par Jules Falquet de cette déclaration sont accessibles dans (Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et « race », Cahiers du CEDREF, n°14, 2006 (accessible en ligne : http://cedref.revues.org/130).

6 Sur l'islamophobie voir l'ouvrage fondamental d'Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », éd. La Découverte, 2013.

7 Voir Bruno Della Sudda et Guy Giani, « Altermondialisme et internationalisme », in Collectif Lucien Collonges, Autogestion, hier, aujourd'hui, demain, éd. Syllepse, 2010

8 Sur le FSM de Tunis, voir Rouge et Vert, spécial FSM n°361-362, 24 avril 2013.

9 Miguel Abensour, La Démocratie contre l'Etat. Marx et le moment machiavélien, éd. Du Félin, 2004.

10 Voir à ce sujet l'introduction à l'atelier « Révolution longue » organisé par Rouge et Vert au FSM de Tunis et publiée dans Rouge et Vert, n° 361-362, 24 avril 2013.

11 Voir Bruno Della Sudda et Romain Testoris, « Du parti-Etat au parti-mouvement », in Collectif Lucien Collonges, Autogestion, hier, aujourd'hui, demain, éd. Syllepse, 2010.

12 Voir André Tosel, Civilisations, culture, conflits, éd. Kimé, 2011.

 

 

 

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