Année de Coupe, année de luttes !

Décidément, le déroulement de la Coupe de football 2014 paraît inédit dans l'histoire récente. Dans un contexte où plus les constructions des équipements avançaient et la date de début de la Coupe du monde approchait, plus se développait l'exploitation de la force du travail de la population, accompagnée d'actes répressifs, de tortures et de morts.

La douzaine d'années de gouvernement du Parti des travailleurs (PT) est marquée par des emplois à bas salaires et par la précarisation des salariés, même pendant les moments de croissance économique importante. Lorsque les travailleurs ont constaté qu’il y a de l’argent pour les méga-dépenses de la Coupe du monde, leur ras-le-bol est allé crescendo. Car les conflits avec le patronat n’ont pas surgi soudainement. En 2010, 446 grèves ont été comptabilisées, 554 en 2011, 873 en 2012 et presque 1000 en 2013, selon le professeur Marcelo Badaró Mattos1.

L'année de la Coupe marque probablement un nouveau cycle de la lutte de classes au Brésil. Le méga-événement intensifie un processus déjà enclenché. Les revendications s'étendent à toutes les couches populaires et ne se limitent pas aux demandes que la priorité soit donnée à la santé, à l'école, au logement, à l’extension de la démocratie et des droits... Au sein des usines et des services publics, la grogne se généralise et les grèves explosent sous les revendications pour l'augmentation des salaires, pour l'amélioration des conditions du travail, des cantines, des plans de carrière, etc. Sur tout le territoire, les grèves des secteurs privés et publics se multiplient ainsi que les luttes des mouvements les plus divers, y compris des peuples autochtones. Les protestations de différents types se disséminent. Les syndicats traditionnels, proches des partis du gouvernement, ne contrôlent plus leur base, ce qui favorise les syndicats plus combatifs - l'Intersyndical et la CSP Conlutas (Central syndicale populaire).

Tour au long du mois de mai dernier, les luttes ou les grèves de secteurs entiers, même de courte durée, se multiplient, se concluant souvent sur des résultats positifs.

Ainsi, les policiers se sont mis en grève dans 13 États sur 27. Fonctionnaires, étudiants et professeurs sont toujours en grève dans trois universités publiques de l'État de São Paulo. Les travailleurs de Gevisa (métallurgie), après vingt jours de grève, arrachent une augmentation de 45% supérieure à celle de 2013, l'ajustement salarial est de 24% et le service médical assure plus de consultations. Huit jours de grève à Benteler (aussi métallurgie) ont entraîné le versement d’environ 2000€ de PLR (participation aux profits et aux résultats), la réintégration des salariés licenciés, etc. A Tecnometal, après trois jours de grève début juin, les travailleurs obtiennent la PLR 12 % supérieure celle de 2013.

A Recife, environ 10 000 personnes participent des mobilisations contre un méga-projet du "Grand Recife", sur un terrain situé dans un quartier central et stratégique de la ville, qui appartenait au réseau ferroviaire - le quai José Estelita. Privatisé en 2008, ce terrain de 100 000 m² est la cible des spéculateurs immobiliers qui se préparent à y construire quinze gratte-ciels de 45 étages. Toujours à Recife, les policiers de la police militaire se déclarent en grève. Ils demandent notamment l'augmentation de 50% des salaires des soldats, et de 30% pour les officiers, avec effet rétroactif.

A Minas Gerais et à São Paulo, les travailleurs de la santé exigent de meilleurs salaires et conditions de travail. A Brasilia, mêmes revendications des salariés de l’Institut brésilien de géographie et statistique et de la Compagnie de l'assainissement environnemental. Au Maranhão, à Rio de Janeiro, au Rio Grande do Sul, au Ceara, les fonctionnaires de divers secteurs entrent aussi en grève.

Pas de coupe, mais des luttes !

L'ouverture du Mundial, le 12 juin dernier, est couronnée de protestations dans tout le pays. A São Paulo, les travailleurs du métro protestent contre les mesures anti-constitutionnelles : 42 ouvriers licenciés pour fait de grève et des arrestations. Ils manifestent à 10 km du stade, avec quelques 3000 personnes solidaires de leur lutte, et sont durement attaqués par les policiers, laissant des dizaines de blessés.

Dans treize capitales se développement des mouvements de protestation et de revendication des travailleurs en lutte ou des mouvements sociaux. Les mots d'ordre pointent les gâchis commis par les politiciens responsables d’avoir voulu tenir la coupe au Brésil et dénoncent la FIFA et ses agissements. Sont aussi visées les multinationales qui expulsent les petits commerces et les habitants de leurs maisons. Outre la satisfaction de revendications élémentaires, la population lutte contre la répression, la violence policière et la violence machiste.

Nous appelons les populations laborieuses d’Europe à manifester la plus grande solidarité envers les travailleurs du Brésil en lutte dans les usines, dans les universités, dans les quartiers... Ce sont des symptômes d'une soif de transformation sociale qu'il faut étancher...

Beatrice Whitaker

 

1 Marcelo Mattos Badaró, professeur-chercheur du Département d'Histoire de l'Université fédérale fluminense.

 

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