Appropriation sociale, autogestion : des alternatives démocratiques ?

La crise actuelle de développement, avec en France plus de cinq millions de salariés privés d’emploi, cause des ravages humains, financiers, environnementaux et sociaux. Plus personne ne peut nier les méfaits du capitalisme. Le temps est venu de penser radicalement différemment le développement de notre société moderne.

Les expériences de réappropriation sociale comme les ex-Fralib, ou plus près de nous les ex-Pilpa sont riches d’enseignements.

En refusant de se laisser déposséder de leurs savoir-faire, en préservant leur outil de travail, en exigeant de faire des produits de qualité respectant paysans producteurs, salariés transformateurs, consommateurs et environnement, ils ont pu développer un projet alternatif liant emploi et dynamique territoriale avec l’implication des structures syndicales, le soutien de la population, l’appui des collectivités et des chambres consulaires.

Ils ont fait plier multinationales et fonds d’investissements en leur arrachant les moyens pour redémarrer des lignes de production qu’ils pourraient contrôler.

Ils ont su convaincre les collectivités d’utiliser des fonds publics pour que ces sites industriels deviennent des biens communs au service du territoire et de ses habitants.

Après les deux premières saisons, la Scop « La Fabrique du Sud » obtient des résultats encourageants en dépassant par 2 fois les hypothèses les plus optimistes de chiffre d’affaire !

Une Scop ou chacun compte pour un, s’engage en coresponsabilité par une gestion collective et démocratique, par des fonds propres indélocalisables, et une place donnée aux consommateurs par l’intermédiaire de la création d’une association « Les Amis » sociétaire de la Scop. C’est la volonté de gérer autrement pour produire autrement.

Gérer autrement c’est un gage de qualité, avec une éthique : des produits sains et naturels, pour confectionner les crèmes glacées et chaque fois que possible des appels aux producteurs de proximité, aucun ajout d’arôme ou de colorant, du lait entier (jamais d’huile de palme).

Ainsi, la preuve est faite que d’autres relations sont possibles. Les questions de propriété (marques, bâtiments, outils…) doivent être posées par ceux qui créent les richesses, les paysans, les salariés et aussi probablement en liaison avec les consommateurs…

Un fonds dédié aux reprises par les salariés pourrait être crée et alimenté par des cotisations sociales.

La loi doit appuyer les mobilisations populaires et les luttes pour dégager des possibilités nouvelles de développement. Elle doit permettre aux salariés d’intervenir et de s’impliquer dans la gestion des entreprises. Ils doivent pouvoir racheter leur entreprise à tout moment et se débarrasser de leur patron en tant que propriétaire. Un fonds dédié aux reprises d’entreprises par les salariés pourrait être créé et alimenté par des cotisations sociales. La péréquation nationale de la richesse produite par les salariés dans les entreprises pourrait être redistribuée en favorisant les entreprises à faible valeur ajoutée et favoriser ainsi l’emploi.

Dans le cadre de la lutte des classes, ces expériences d’appropriation collective, sont des formes de résistances (voire d’offensives) qui doivent s’appuyer sur des réseaux de solidarité et de défense des biens communs, dont font partie les entreprises publiques, privées et celles du tiers secteur (associatif, coopératif…).

Défendre et développer partout où c’est possible ces expériences de réappropriation collective créeraient de véritables dynamiques démocratiques et ouvriraient des perspectives d’émancipation et de développement. Une bonne manière de reprendre l’offensive.

Michel Mas, Président des Amis de la Fabrique du Sud. Publié sur le site de l'association Autogestion.

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