Après la marche des Fiertés, continuons le combat !

À Paris, la marche des Fiertés lesbiennes, gays, bi-e-s, trans et intersexuées (LGBTI+) a eu lieu samedi 2 juillet. Trois semaines après l’attentat LGBTI-phobe d’Orlando, dans le contexte du réveil social que vit le pays depuis plusieurs mois et à un an des élections présidentielle et législatives de 2017, elle revêtait une importance particulière.

Pourtant, beaucoup a été fait pour marginaliser la marche. Sous prétexte de « sécurité », le gouvernement a d’abord obtenu son report de plusieurs semaines, puis a demandé à l’Inter-LGBT, organisatrice de la marche, de la remettre à septembre. Finalement, l’Inter-LGBT a accepté un parcours réduit de moitié, et le long des quais de Seine plutôt que par les grands boulevards, ayant pour conséquence une faible visibilité de la marche.
La présence policière était massive et oppressante : armes automatiques en évidence, fouille systématique, cordons à chaque intersection… Drôle d’impression pour une marche commémorant les émeutes de Stonewall de 1969, réponse de la communauté LGBTI+ new-yorkaise face au harcèlement policier ! Plusieurs manifestant-e-s protestant contre la présence d’un char de la police dans la marche ont même été violemment interpellé-e-s1.

Cela n’a pas empêché une foule nombreuse de défiler dans une ambiance festive et détendue, opposant sa vitalité à l’atmosphère sécuritaire. Cette année encore, la marche a été l’occasion pour les LGBTI+ d’affirmer leur légitimité et pour leur allié-e-s de leur montrer leur soutien, face aux discriminations et attaques de tous types qui sévissent dans la société.

Cependant, l’aspect revendicatif était plutôt en retrait dans cette LGBTI-Pride. Au fil des années, la marche s’institutionnalise, comme les grandes organisations de la communauté LGBTI+. La communication et la préférence pour des discours lisses plutôt que subversifs, la participation à la marche d’institutions et d’entreprises, le choix par l’Inter-LGBT de la concertation et de l’interpellation plutôt que de la mobilisation pour faire avancer les droits des LGBTI+, la proximité avec le PS… tout cela contribue à une certaine atonie du mouvement LGBTI+, comme en témoignait le peu de slogans durant la marche.

La situation exige pourtant une nouvelle stratégie. La loi de 2013 sur le mariage pour tou-te-s, une victoire du mouvement LGBTI+, est restée très incomplète : certaines nationalités en sont exclues, les couples LGBTI+ mariés doivent encore adopter leur propres enfants… et aucune filiation n’est reconnue hors du mariage. La procréation médicalement assistée (PMA) reste fermée aux couples lesbiens et aux femmes célibataires, Hollande ayant choisi de reculer face aux groupes homophobes. Alors que les personnes trans doivent subir l’arbitraire de la justice et des médecins quand elles demandent à changer leur état-civil, source d’humiliations et de précarité, aucune réelle avancée n’est prévue ; continuant à nier leur droit à l’autodétermination et à un changement libre et gratuit, les parlementaires PS présentent comme un progrès une loi qui laisserait à un juge le pouvoir de décider et de fixer des critères à la place des personnes trans2. Quant à la lutte contre la précarité, le VIH/sida, les violences et les discriminations, à l’école, au travail, dans la rue et ailleurs, elle est mise de côté par une combinaison d’austérité budgétaire, de manque de volonté et de pression des réactionnaires.

Le mouvement LGBTI+ doit en parallèle faire face à des tentatives de récupération. Déformation de ses luttes, invisibilisation de ses composantes les plus précaires (trans, intersexué-e-s, racisé-e-s, classes populaires), mais également utilisation à des fins réactionnaires ou électoralistes. Ainsi, le PS, qui prépare sa campagne électorale de 2017 et n’hésitera pas à se poser en défenseur des LGBTI+, défilait à Paris à côté de la Gay Pride de Tel-Aviv, vitrine « gay-friendly » de l’État d’Israël ; ainsi l’utilisation à des fins islamophobes de l’attentat d’Orlando, passant souvent sous silence le fait que les victimes étaient LGBTI+ et, dans leur grande majorité, noires et latinos…

Une des belles réussites de cette marche parisienne est le pôle radical qui s’y est constitué. Regroupant organisations, collectifs et individu-e-s, il a permis de rassembler plusieurs centaines de manifestant-e-s en un cortège joyeux et déterminé, le plus politique de toute la marche, grâce notamment à l’investissement d’Act Up et du NPA. Des prises de parole, slogans et animations ont réaffirmé les exigences du mouvement LGBTI+, la critique de la stratégie de l’Inter-LGBT, la colère face aux trahisons du gouvernement, la solidarité avec la lutte contre la loi travail et le refus des instrumentalisations nationalistes et racistes. Ce cortège radical, comme il s’en est également formé cette année à Lille et à Rennes, et après le succès de la Pride de nuit du 28 juin3, montre la possibilité de reconstruire un mouvement LGBTI+ militant, populaire et qui se donne les moyens d’imposer ses revendications.

Cette année, Ensemble avait fait le choix de défiler avec le pôle radical ; mais nous étions trop peu de camarades à participer à la marche des Fiertés. Le mouvement doit se saisir des luttes LGBTI+ et s’y investir aux côtés des premier-e-s concerné-e-s, participant aux initiatives telles que le pôle radical et cherchant à les élargir. Des initiatives auront lieu durant les rendez-vous de l’été et à la rentrée afin de renforcer notre investissement et de préparer les prochaines échéances. Car nous n’attendrons pas les élections ou la prochaine Pride : s’il est une conclusion à tirer, c’est qu’il est grand temps de reprendre le combat !

Nicolas 

1 http://yagg.com/2016/07/05/action-contre-flag-a-la-marche-des-fiertes-de-paris-plusieurs-arrestations-musclees/

2 Bien qu’elle ait fait le choix pour cette marche de mettre en avant les personnes trans et leurs revendications, souvent invisibilisées y compris au sein du mouvement LGBTI+, le rapport de l’Inter-LGBT aux associations spécifiquement trans et aux projets du gouvernement a conduit plusieurs associations trans à renoncer à participer à la marche. Voir http://outrans.org/2016/07/02/pourquoi-outrans-et-acceptess-t-ne-participent-pas-a-la-marche-des-fiertes/

3 « Un grand soir pour la Pride de nuit », Regards, 29 juin 2016 — http://www.regards.fr/web/article/un-grand-soir-pour-la-pride-de-nuit

 

 

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