Après l'agression du 29 janvier contre le carré féministe à Alger

Lors de la manifestation du vendredi 29 mars à Alger, le « carré des féministes » a été agressé violemment par d’autres manifestants que visiblement l’exigence d’égalité des droits dérange, suscitant une vive indignation et des protestations.

Lors de la manifestation du vendredi 29 mars à Alger, le « carré des féministes », crée et apparu lors des manifestations du 22 mars a été agressé violemment par d’autres manifestants que visiblement l’exigence d’égalité des droits dérange.

D’après les témoins et la revue de presse, les reproches pouvaient être d’ordre religieux, « des personnes nous demandaient de nous voiler et (affirmaient) que l’égalité, on ne l’aura jamais, que c’est contre l’islam ». Ou sur d’autres registres: «division du peuple », ou « ce n’est pas le moment ».

L’on constate que quand il y a expressions des mouvements catégoriels –étudiants, chômeurs, profs,enseignement professionnel, architectes, personnes aux besoins spécifiques, pour des demandes particulières « on a applaudi». Mais quand il s’agit d’un « carré féminin d’à peine quelques mètres » il est accusé de « provoquer la séparation et de semer la division ». 

Quant au « ce n’est pas le moment », les femmes remarquent à juste titre que ce n’est jamais le moment, que tout est toujours renvoyé aux lendemains qui chantent alors qu’il y a « d’autres priorités », et ce n’est pas spécifique à l’Algérie. Dans Observalgerie.com, Amina zrouken  souligne: « Je ne comprends pas comment on nous dit que ce n’est pas le moment ! Les Algériens sortent aujourd’hui pour une Algérie meilleure, pour une démocratie, pour des lois égalitaires. Et pour nous aussi, il est important de dire dans ce mouvement que nous revendiquons nos droits en tant que femmes. La démocratie qui ne prend pas en charge les droits des femmes n’est pas une démocratie. On voulait pointer du doigt que le côté démocratique de ce pays qu’on veut ne peut pas se faire sans l’égalité ».

Ce qui est notable c’est que si les forces de police présentes officiellement chargées de la sécurité des manifestants ont au mieux laissé faire (peut-être assurer la sécurité des manifestantes ne rentrait pas dans leur mission ?), au pire invité les femmes à enlever leurs pancartes et à partir, l’agression a suscité des réactions et de vives protestations, El Watan parle d’une « vague d’indignation ».

(publié sur Mediapart le 1er avril 2019)

Communiqué des Femmes Algériennes pour un Changement vers l’Egalité

«Depuis le 22 février, Journée de la revendication citoyenne, les Algériennes marchent pour un Etat de droit et une Algérie libre et démocratique. Le vendredi 22 mars, nous avons pris conscience, à l’instar de l’ensemble de nos compatriotes (étudiants, partis politiques, associations et corporations), de l’exigence de donner du contenu à la revendication principale du Mouvement qu’est “Système dégage !”.

Or, ce système est loin d’être abstrait : autoritaire et basé sur des structures et des pratiques sociales oppressives qui reposent aussi sur l’assujettissement des femmes. Le mouvement des femmes, déjà ancien puisqu’il date de la création de l’Association des femmes algériennes en 1947 par des militantes du Mouvement national, s’est toujours battu contre le déni des droits des femmes.

Le 22 mars dernier, nous avons créé le carré féministe dans le but de rendre visible cette aspiration à la démocratie et à l’égalité entre tous les citoyennes et les citoyens. Cette initiative s’est déroulée dans le calme et fut saluée par de nombreux manifestants. Nous comprenons d’autant moins ce qui s’est produit ce vendredi 29 mars : nous étions positionnées avec nos banderoles devant le portail de la Faculté centrale lorsqu’un groupe réduit et bien encadré de manifestants s’en est pris à nous. Insultes, crachats, bousculades, attouchements et arrachage de banderoles, en particulier celle portant le slogan “Il n’y a pas d’Algérie libre et démocratique sans les droits des femmes”.

Nous condamnons cette agression en ce qu’elle a de violent et d’attentatoire à l’image et au prestige du Mouvement fondés sur la “Silmya”.

Or, ceci est notre conviction profonde : aucune construction démocratique ne peut s’accomplir sans la remise en cause de ce statut particulier qu’est le Code de la famille dont –nous en sommes sûres- une (re)lecture attentive indignerait chaque citoyenne et citoyen tant ce texte législatif incarne une injustice flagrante à l’égard de la moitié de la société algérienne.

Nous avons milité et marché depuis toujours aux côtés de nos compatriotes pour combattre l’oppression du peuple tout entier. On nous a dit, à chaque fois, que nos droits les plus élémentaires en tant que femmes devaient être relégués au deuxième plan car ils allaient trouver leur concrétisation dans le futur. Aujourd’hui, on nous oppose le même discours mais nous continuerons à militer et à marcher pour une Algérie libre et démocratique dans laquelle les droits des femmes ne seront plus bafoués ni ajournés.»

Alger, le 30 mars 2019

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Auteur: 
Robi Morder