Après Syriza en Grèce, bientôt Podemos en Espagne ?

Le 24 mai dernier, les électeurs espagnols étaient appelés aux urnes pour élire leurs conseillers municipaux et régionaux. Certes, les listes soutenues par Podemos n’obtiennent que la troisième place au niveau national, derrière le PSOE et le PP, mais leur score constitue bien un séisme politique en Espagne et un formidable espoir pour les peuples de l’Etat Espagnol, ainsi qu’à toute l’Europe.

Un bipartisme à l’agonie

Depuis 1982 et la fin de la transition démocratique, jamais l’hégémonie du PP-PSOE n’a été ébranlée. En propulsant Podemos comme une autre alternative possible, les espagnols ont permis de crédibiliser non seulement une autre option politique pour l’Espagne mais pour toute l’Europe.

En effet, Podemos et dans une moindre mesure Cuidadanos (nouveau parti de centre-droit) ont chamboulé l’échiquier politique espagnol.  Avec 27 % pour le PP et 25 % pour le PSOE, ils sont à leur somme la plus basse historiquement.

Izquierda Unida s’enfonce quant à elle dans la crise, passant de 35 conseillers régionaux à 9 et un score national de 4.76 %.

Elections régionales

Podemos obtient 119 conseillers régionaux et est présent dans les 13 régions où se tenaient des élections. Si nous avons ajoutons à cela les 15 sièges obtenus en Andalousie en mars dernier, cela donne 134 conseillers régionaux.

D’autres élections régionales auront lieu en fin septembre en Catalogne. La Gallice et Le Pays Basque n’ayant pas encore déterminé leurs dates.

Si Podemos n’est en tête dans aucune région, il est  dans le rôle de « faiseur de roi » dans la majorité d’entre elles.  Il réalise ses meilleurs scores en Aragon avec 20.51 % avec Pablo Echenique, 19.02 % dans les Asturies et 18.59% dans la Communidad de Madrid.

Ses points de « faiblesse » se trouvent dans les régions où le poids du bipartisme résiste un peu mieux qu’ailleurs : 7.99 % en Extremadura, 8.33 % en Cantabria et 9.73 % en Castilla la Mancha.

Elections municipales

Les deux événements les plus médiatisés et les plus marquants sont bien évidemment les scores des listes soutenues par Podemos dans les villes de Barcelone et de Madrid.

A Barcelone, la liste Barcelona en Comu est en tête du 1er tour avec 25.2 % et 11 sièges devant la CIU ( Centre droit catalan),10 sièges et 22.7 %.

Barcelona en Comu est une coalition large qui regroupe Iniciativa per Catalunya-els Verds ,  Esquerra unida i Alternativa, Proces constituent, Equo et Podem.

A Madrid, la liste Ahora Madrid obtient 31.9% et 20 sièges , deuxième derrière le PP qui réalise un score de 34.5 % et 21 sièges.

Si l’élection d’Ada Colau ( Barcelona en comu) comme maire de Barcelone ne fait pas de doute, celle de Manuela Carmena (Ahora Madrid) dépend du soutien du PSOE (9 élus).

Des configurations similaires ont été réalisées dans d’autres grandes villes espagnoles : Zaragoza (24.6 % pour Zaragoza Ahora contre 26.9 % pour le PP, Podemos peut gouverner la ville en cas de soutien du PSOE) , La Coruna (31 % pour MAREA, 30.9 % pour le PP, là aussi gouvernable en cas de soutien du PSOE) et Cadiz (28 % pour PORCADIZ derrière le PP avec 33.7 %, ici aussi le soutien du PSOE et d’Izquierda Unida pourrait donner une majorité confortable à Podemos).

Quelles politiques d’alliances et pour quelle politique ?

La nouvelle situation politique issue des régionales et municipales, pose Podemos devant une première épreuve de faits. Comment va-t-il gérer les différentes configurations ? Va-t-il sceller des accords avec le PSOE pour diriger les mairies où il peut gouverner en échange d’un soutien au niveau régional aux socialistes ? Refusera-t-il toute alliance au risque de rendre la quasi-totalité des institutions et collectivités locales ingouvernables ? Comment son électorat réagira-t-il par rapport à ces décisions ?

A moins que… le PP et le PSOE ne décide de s’allier pour garder le pouvoir. Un tel scénario ouvrirait un boulevard à Podemos.

Beaucoup de questions qui trouveront des réponses dans les prochaines heures. Elles seront capitales dans l’analyse de la trajectoire de Podemos en vue de l’échéance majeure de fin novembre avec les élections générales.

Une chose est sûre, Podemos a une opportunité historique pour transformer radicalement la société espagnole et pour démontrer aux peuples européens qu’une autre politique est possible.

Rafik Qnouch

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