Argentine. Un scénario politique inattendu dans un pays en crise

Le dimanche 25 octobre 2015 se déroulaient en Argentine conjointement les élections à la présidence du pays, celles de gouverneurs des provinces, celles de maires, de députés et sénateurs. La corrélation entre ces différents niveaux est étroite. Des élections primaires, avec un quorum, déterminent les listes et candidats possibles. Ces primaires ont eu lieu en août. Ce 25 octobre, trois candidats polarisaient les votes.

Deux sont issus du péronisme. Daniel Scioli devait être « théoriquemen t» l’héritier de la présidence de Nestor Kirchner [de 2003 à 2007], puis celle de sa femme Cristina Fernandez Kirchner [de 2007 à 2015]. Une grande partie de la gauche officielle latino-américaine soutenait Daniel Scioli. Ce fils d’un riche entrepreneur de l’électro-domestique a été recruté par Carlos Menem en 1996. Ce qui est déjà tout un programme. Il a été durant huit ans gouverneur de la province de Buenos Aires et combina, dans la tradition, clientélisme et distribution de prébendes avec une hausse des impôts, tout en se refusant d’appliquer de brutales coupes budgétaires. Il se présentait sous la dénomination Frente para la Victoria (FpV). De la même famille péroniste se présentait Sergio Massa, qui durant dix ans fut un homme clé du kirchnerisme. Massa, qui défendait sa position sous les couleurs d’Unidos por una nueva alternativa, avait à ses côtés Roberto Lavagna (ministre de l’Economie de 2002 à 2005) et Martin Redrado (ancien directeur de la banque centrale). Face à ces deux candidats difficiles à qualifier de gauche se profilait le fils d’un des plus riches entrepreneurs de l’Argentine, Mauricio Macri, sous le logo PRO-Cambiemos. Au même titre que les deux épigones péronistes, Macri multiplia les déclarations selon lesquelles il n’allait pas appliquer une politique d’ajustement structurel, cela dans un contexte de crise économique et sociale croissante. Il n’hésita même pas à inaugurer l’unique statue de Peron à Buenos Aires alors qu’Evita Peron est bien visible sur la principale avenue.

Les résultats des élections sur la base de 97,19% des suffrages (le taux de participation se situait à hauteur de 80%) sont les suivants : D. Scioli, 36,86%; M. Macri, 34,33%; S. Massa, 21,34%.

La gauche radicale se présentait sous le titre Front de gauche et des travailleurs (FIT), dont les deux principales composantes sont le PTS (Parti des travailleurs socialistes) et Politica Obrera. Nicolas Del Cano (PTS) était candidat à la Présidence. Avec 800 000 voix, il fait 3,27 %. Pour le second tour, il appelle au vote "banc". (A l’Encontre).

 

Del Cano : « Le kirchnerisme avec un candidat de droite a ouvert le chemin à Macri. »

« Les résultats tardifs officiels de l’élection présidentielle aboutissent à une quasi-situation de pat entre le Front pour la victoire (FPV) de Daniel Scioli et le PRO-Cambiemos de Mauricio Macri. Cela provoque un tremblement de terre politique sur la scène nationale. Il est certain déjà qu’il y aura un deuxième tour et le scénario est ouvert », a déclaré le candidat présidentiel du Front de gauche et des travailleurs (FIT) Nicolas del Cano.

Le candidat du FIT a aussi affirmé que « ce déplacement à droite du champ politique national est le résultat de l’orientation politique qu’a adoptée l’officialisme [le kirchnerisme péroniste] durant ladite décennie gagnée [par opposition à la «décennie perdue» initiée au milieu des années 1980] ».

« Le kirchnerisme a choisi un candidat droitier [Scioli], fils politique du menemisme [par référence à Carlos Menem, président de juillet 1989 au 10 décembre 1999], qui, il y a peu de jours, annonçait la mise sur pied d’un cabinet gouvernemental (avec Sergio Berni et Alejandro Granados – ministre de la Sécurité de la province de Buenos Aires – entre autres) qui aurait pu tranquillement être nommé par Mauricio Macri. Face à cette situation, nous savons que beaucoup de kirchneristes furent surpris par les résultats obtenus par PRO-Cambiemos », a affirmé Del Cano.

Dans la province de Buenos Aires, où s’est imposée la macriste Maria Eugenia Vidal, Del Cano affirme que « le candidat du “progressisme” officialiste était Hannibal Fernandez, exduhaldiste [lié au péroniste Duhalde, référence à Eduardo Duhalde, président par intérim de 2002 à 2003, vice-président sous Menem] grossier comme lui-même s’est auto-définit et qui à l’occasion de la disparition de Jorge Julio Lopez [militant de base « disparu » sous la dictature de 1976 à 1979, et à nouveau « disparu » en 2006 sous le gouvernement de Nestor Kirchner, sans qu’il réapparaisse depuis lors] en est arrivé à affirmer qu’il pouvait “se trouver dans la maison de sa tante”. En outre, il fut un des responsables politiques du piège qui conduit au massacre de Puente Pueyrredon [qui se produisit le 26 juin 2002 dans la station de métro Avellaneda dans le Grand Buenos Aires] où furent assassinés Maximiliano Kosteki et Dario Santillan. »

Le jeune candidat du FIT, Del Cano, a affirmé : « De plus, Scioli a mis en place une coalition pour gouverner avec les barons féodaux du “pejotismo” [les bas-fonds du péronisme] et toute la bureaucratie syndicale afin de se préparer pour l’ajustement structurel. »

Del Cano a résumé ainsi son analyse : « Face à un tel contexte qu’eux-mêmes ont construit, les kirchneristes sont surpris que Macri ait obtenu ses résultats, alors qu’eux-mêmes ont ouvert la voie à Macri avec un candidat droitier. Dans ce contexte, le résultat des élections pour le Front de gauche fait qu’il se situe comme quatrième force sur l’échiquier national, avec environ 1 million de suffrages (à divers niveaux, fédéral, étatique) et avec la conquête de nouveaux députés, ce qui en fait une élection remarquée. Les élections ont consolidé le FIT comme une force politique nationale pour affronter la droite et l’ajustement que préparent aussi bien Scioli que Macri, et pour défendre les droits des femmes, des travailleurs et de la jeunesse. »

Publié sur le site du Parti des travailleurs socialistes en date du 26 octobre 2015. Traduction A l’Encontre.

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