Austérité en Grèce, ça suffit ! Troïka dégage !

Les marchés financiers et les dirigeants de l’Union Européenne (UE) tremblent. Le 25 janvier, le peuple grec pourrait donner une majorité parlementaire à Syriza, la coalition de gauche opposée à l’austérité imposée depuis 6 ans.

La dictature de l’Europe de la finance

En 2008, les grandes banques privées (allemandes et françaises en particulier) ont été sauvées de la crise par des dizaines de milliards d’euros offerts par l’UE et par les états européens dont la Grèce. A partir de 2010, ces banques et les marchés financiers ont exigé des taux d’intérêt de plus en plus élevés pour les prêts accordés à la Grèce. En empruntant auprès de la Banque Centrale Européenne au taux d’intérêt de 1%, ces mêmes banques privées (sauvées en 2008…) ont ensuite prêté ces sommes à la Grèce à des taux d’intérêt allant de 6% à 30% ! Ce pays a dû emprunter de plus en plus – la dette publique est passée de 120% à 175% du PIB – pour rembourser… des intérêts exorbitants aux banquiers spéculateurs !

Le Fonds Monétaire International (FMI), la Commission Européenne (CE) et la Banque Centrale Européenne ont alors mis sous tutelle la Grèce. Cette « Troïka » (FMI, CE et BCE) a imposé une série de « mémoranda ». Les prêts consentis à la Grèce (pour rembourser et enrichir les banques privées !) ont été conditionnés par des plans d’austérité drastiques :

- Coupes claires dans les budgets sociaux (jusqu’à 50% de moins pour la santé, l’éducation, la protection sociale). Réduction drastique des allocations (chômage, retraite…). Réduction des salaires de 25 à 30% (public et privé). Suppression de 150 000 postes dans le secteur public.

- Augmentation des impôts indirects sur les biens consommation quotidienne, l’électricité, l’eau, etc... Augmentation de 30% des billets de tous les transports publics. En revanche, réduction des impôts sur les sociétés. Privatisations dans les ports, les transports, la distribution d’eau et d’électricité, fermeture de la radiotélévision publique ERT.

Ces privatisations et la déréglementation imposées par la Troïka ont eu pour impact une surexploitation des ressources naturelles et des dégâts environnementaux irréversibles.

Les droits constitutionnels, démocratiques et sociaux du peuple grec ont été foulés aux pieds : pénalisation du droit de grève et du droit de manifester. Suppression des conventions collectives du travail. Arrestation de syndicalistes, de manifestants. Fermeture de médias alternatifs et indépendants. Intimidation des journalistes. Fermeture de théâtres, de cinémas. Censure. Mobilisation décrétée dans deux secteurs - marine marchande et transports en commun- sous le contrôle direct de l’armée.

Un pays détruit, un peuple étranglé

Avec cette politique inhumaine, la récession est devenue dépression, crise sociale, sanitaire et humanitaire !

La récession dure depuis 6 ans avec un effondrement d’ ¼ de la richesse nationale produite. Près de 800 000 personnes ont perdu leur travail en 3 ans. Le taux de chômage est passé de 8% à 30% en 6 ans (60% pour les moins de 25 ans). Des centaines de milliers de jeunes ont dû quitter le pays. Les femmes sont plus encore touchées par le chomage qu’avant. Les suicides et l’usage de l’héroïne ont explosé. Avec le démantèlement du système de santé, les médicaments manquent dans les hôpitaux et les pharmacies, les délais sont devenus trop longs pour avoir un accès à un médecin, les cas de séropositivité ont augmenté, le paludisme a fait son retour. Des enfants sont victimes de malnutrition, et la mortalité infantile a augmenté de 40% depuis la mise en place des mesures d’austérité. Le peuple grec est étranglé par la charge d’une dette publique qui ne cesse d’augmenter pour alimenter les profits des marchés financiers.

Si sa résistance a été massive (grèves générales, manifestations, occupations, expériences autogestionnaires…) l’Union européenne et les marchés ont tout fait pour imposer leur dictat.

Pour éviter un référendum ou empêcher la gauche anti-austérité de gagner la majorité au parlement, ils ont menacé le pays d’exclusion de la zone euro et de suspension de toute « aide ». Ils ont fait pression pour que soient nommés des ministres directement issus des banques et des institutions européennes. Des dirigeants de pays de l’UE comme Hollande ont « mis en garde » le peuple grec sur les conséquences de ses votes.

En Grèce, droite conservatrice (Nouvelle démocratie) et social-démocratie libérale (Pasok) se sont alliées (ponctuellement avec l’extrême-droite) pour appliquer le dictat austéritaire. La répression des mouvements sociaux a été  très violente.

Un parti nazi, Aube Dorée, aujourd’hui qualifié d'organisation criminelle, a profité du délabrement social, et, avec l’appui de la droite - avec laquelle il a eu des liaisons évidentes - il est devenu une force représentée au parlement.

Nous sommes tous des Grec- que- s !

La victoire de Syriza viendrait ébranler l’édifice austéritaire de l’UE. La mise en œuvre de son programme, qui allie mesures d’urgence humanitaire, économique et sociale, démantèlement des mesures austéritaires au moyen d’un Plan national de reconstruction et négociation politique offensive au niveau européen, constituerait une formidable occasion d’engager une rupture avec cette construction libérale de l’Europe.

La Troïka mène une guerre sociale pour imposer la poursuite de la cure libérale radicale et le bradage des richesses du pays, tout en endettant encore plus l’État afin de museler définitivement les pouvoirs publics.

D’ores et déjà, les puissants de ce monde cherchent à terroriser le peuple grec. Les gouvernements européens, et notamment celui de la France, « mettent en garde » contre les conséquences de la victoire de Syriza. Le FMI suspend son « aide » en attendant le résultat des élections. En cas de victoire de la gauche, ils chercheront à asphyxier le pays, pour décourager toute mobilisation des populations pour rompre avec l’austérité.

Organisons le soutien à Syriza et aux forces sociales et politiques de la gauche en Grèce, et continuons de construire un front commun de la gauche radicale européenne. 

Exigeons du gouvernement français et de tous ceux de l’UE :

- La non-ingérence dans les choix démocratiques du peuple grec.

- L’annulation de la dette illégitime de la Grèce à l’égard des banques et à des institutions qui sont les véritables responsables de la crise internationale.

- La fin des mémoranda et l’abrogation de toutes les mesures anti sociales imposées depuis 2010.

Au-delà, luttons pour :

- La création d’une commission internationale et citoyenne d’audit de la dette publique grecque (et européenne), chargée d’identifier la part illégale et/ou illégitime ou odieuse de cette dette que l’état grec (et les autres états européens) ne devront pas rembourser.

- La nationalisation des entreprises et biens publics privatisés en Grèce (réseau de télécoms – OTE, office des paris sportifs- OPAP, loteries nationales, compagnie de gaz, la compagnie des eaux de Thessalonique, les ports du Pirée et de Thessalonique, des aéroports régionaux, les autoroutes, les chemins de fer, les plages, etc.), en France et en Europe.

- Que soit poursuivie en justice la Troïka et exiger des réparations pour les dégâts humains et écologiques.

- La socialisation des banques et l’instauration d’un contrôle citoyen social et démocratique sur les banques.

- Le contrôle strict des mouvements de capitaux, la taxation des transactions financières, l’arrêt du recours des États aux marchés financiers, la suppression des règles interdisant le financement des déficits par la Banque centrale européenne.

Aujourd'hui, il est essentiel de contrer le flot de calomnies et d'intimidation que les puissants d'Europe, et notamment en France, vont déverser sur Syriza et les Grecs, et qui pourraient inverser le pronostic des sondages d'une victoire de Syriza.

Syrisa porte l’espoir des peuples d’Europe et ce qui est possible en Grèce devrait être possible en France !

En France et dans toute l’Europe, organisations de gauche, syndicats, mouvements sociaux et citoyen-ne-s, associations, construisons un large mouvement de solidarité pour le respect des choix du peuple grec, la rupture avec l’austérité en Grèce comme ailleurs, la désobéissance à cette Union européenne et ses traités, pour une Europe sociale, écologique et démocratique.

Guillaume Floris

 

Article