Autant débattre avec précision !

Avec la politisation qui se manifeste dans les pétitions, sur Internet et dans les rues, il est décisif d’affirmer des propositions, de mener des débats essentiels autour d’options nettes avec notamment la possibilité de supprimer le chômage (C’est un choix politique !) et aussi  comment remplacer le pouvoir actuel sur les richesses. Tout l’enjeu d’une révolution démocratique est d’imposer : une expropriation des profiteurs et spéculateurs, d’autres rapports de forces, et d’autres priorités sociales, écologiques.

Toutefois, quelques discussions envahissent trop les échanges au sein de « la gauche de la gauche »…

La question des rapports entre le social et le politique, aujourd’hui.

Gardons-nous de laisser croire qu’il y a une solution aux revendications sans quelques changements plus fondamentaux. Ne recommençons pas à faire comme si « le social » n’était pas politique.  Sur le plan général, que ce soient les inégalités entre femmes et hommes, le revenu minimum à la retraite et au travail, les discriminations racistes ou le droit au logement pour tou-te-s, comme bien d’autres questions « sociétales » ou « sociales », il s’agit de politique. Comme l’existence du chômage. Ce sont des questions politiques que la domination de classe et les interfaces de négociations maintiennent dans la seule sphère du « social ».

C’est même pour cela que les mobilisations d’ampleur bousculent les frontières du social et du politique. Plus ou moins.

En 1995, pas une force politique ou syndicale n’a mené une bataille idéologique pour dire : « un million de chômeurs de moins, cela signifie des caisses de Sécurité sociale amplement pleines ». Aucune exigence politique, même aussi limitée ! On sait la suite et les votes de 1997, effets différés et déformés en scores électoraux sans liens avec une dynamique sociale.

Nous avons, cette fois, plus d’autonomie politique et des cadres unitaires auxquels participent la confédération CGT, la FSU et Solidaires, avec des exigences sur le chômage, les droits, etc. Et leurs textes méritent  d’être lus.

Ensemble ! le dit assez avec pour objectifs : construire un rassemblement populaire autour et pour des ruptures avec le capitalisme ; constituer un courant avant, pendant les échéances électorales et ensuite…

Une question  très agaçante.

Toutefois, puisque le passage est ‘obligé’ au printemps 2017, il a lieu par anticipation. Il faut prendre la mesure des effets, possibles et prévisibles, des institutions de la 5e République ; notamment sur les chantages avant une élection présidentielle.

Pour cela conserver assez de recul est indispensable. Comme ce sujet est pénible,  d’ordre tactique, des raisonnements d’évitement apparaissent. Certains croient ou veulent croire que, puisque tout le monde a vu que le FN n’était pas élu au second tour dans les régions, ce chantage là ne jouera pas en 2017. Cela n’est pas lucide : les électeurs qui écoutent des candidats du Front de gauche (dont Mélenchon) se diviseront, s’il y a beaucoup de candidatures « de gauche », entre abstention, vote Jean-Luc Mélenchon et vote du candidat de la gauche PS/Verts.  Le chantage  sera sans doute : « acceptez-vous que le 2e tour se joue entre le candidat de la droite et Marine Le Pen (si elle reste entre 25 et 28 %, ou plus) ? ». Quel que soit le contexte, et les candidatures.

S’il s’agissait d’Hollande, ce serait la « moins mauvaise situation » pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon qui appellerait à faire de gros efforts, pour ne pas être au-dessous des 5%. Mais, évidemment, cela pose d’autres problèmes d’activités politiques réelles, avant, pendant et après cette échéance. Ce n’est pas l’objet de ce texte.

Si Hollande doit s’écarter, il en sera de même pour Valls. Nous aurions donc, dans cette hypothèse loin d’être encore acquise ( !), une candidature issue d’une série de débats, dont nous ne voyons pas encore les contours. Beaucoup dépend de l’état dans lequel seront, d’ici quelques mois, le PS et EELV.

Mais surtout l’ampleur des mobilisations et des exigences qu’elles portent jouera un rôle qu'il est bien difficile de prétendre prévoir dès aujourd'hui… Il n'empêche qu'une dynamique est entamée. Jusqu'où ira-t-elle ? Cela appelle une élaboration, des priorités choisies et des pratiques d’organisation.

Nous ne pouvons pas exclure que la dynamique engagée nous mette dans la situation de faire campagne pour des exigences politiques, de ne pas présenter de candidat.e tout en soutenant une autre candidature, ou en nous contentant d’expliquer conserver notre indépendance sans vouloir disperser les voix au vu des enjeux.

Nous pourrions aussi, (hypothèse heureuse !), participer à une reconfiguration des rapports de forces, et une candidature portée par le mouvement social et ses exigences.

Nous voulons et pouvons regrouper une force de propositions.

Ensemble ! ne renonce pas. Et cherche à rassembler, dans la continuité de nos efforts avec  le Front de gauche, toutes les forces et courants politiques qui le souhaitent : EELV, Nouvelle Donne, les courants critiques du PS, les organisations du mouvement socio-politique issu de l’immigration, les forces de la gauche radicale. Mais c’est aussi à partir des actions des militant-e-s syndicaux, associatifs ; avec celles et ceux rencontré-e-s dans le M6R ou les Chantiers d’espoir, dans le Mouvement commun ou la gauche radicale unitaire lors des activités du Fdg dans un certain nombre de collectifs locaux que nous pourrons envisager une dynamique politique nouvelle.

Cela passe par le débat public autour des propositions (sur les mesures d’urgence et la visée d'une autre conception de la société qui les sous-tendent et qu'elles impliquent, sur la République, sur l’Europe, sur les rapports de pouvoir…).

Le PCF annonce ne pas vouloir se prononcer avant l’automne sur d’éventuels candidat.e.s et donne la priorité aux débats publics pour faire ressortir les exigences politiques, sociales, culturelles d’une alternative pour une nouvelle gauche.

Personne n’est dupe des flottements possibles, du côté du PCF. Nous en connaissons la diversité. Mais nous entendons, comme pour d’autres composantes politiques, la volonté de débattre des propositions communes pour un nouveau rassemblement. Pourquoi dirions-nous « au plus tôt » : « parlons de choses sérieuses et tout de suite de la nécessité de choisir le moins mauvais candidat pour la présidentielle » ?  Je connais des partisans  de cette analyse, parmi mes amis. Nous n’avons pas la même conception des objectifs essentiels d’une transformation sociale que Jean-Luc Mélenchon. Cela est connu.

Alors pourquoi faire ce choix immédiatement ?  La ‘crainte’ qu’il n’y ait pas assez de luttes et que tout revienne aux eaux tièdes et mortifères de la collusion avec un PS vaguement peinturluré ? Ce fut l’argument essentiel, entendu à la télévision : « hors de moi, sur qui peut-on compter pour affronter Hollande au lieu de se plier ? »  Il y a quelques semaines, il est vrai !

Encore un pronostic prophétique à mettre aux oubliettes ? L’enjeu n’est pas « la France insoumise », mais un peuple mettant en crise un gouvernement de régression sécuritaire faisant la politique sociale dictée par le MEDEF. Dans l’immédiat, ce serait la résignation à ne pas pouvoir sortir de la nasse d’Hollande qui nous ferait la refermer sur nous en disant « Mélenchon faute de mieux » ?

Développons ce que nous avons à faire. Les portes pour savoir quelles candidatures se proposent pour des législatives et la présidentielle vont rester ouvertes, sans exclusive sur la base d’accords politiques publiquement discutés, jusqu’à l’automne.

Pierre Cours-Salies 

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