Belgique : 100 % à droite, 100 % à jeter !

Quatre mois après la victoire des nationalistes flamands aux dernières législatives, et après 26 années de participation, le PS belge francophone (avec son premier ministre Elio di Rupo) ne participera pas au nouveau gouvernement. C'est une coalition très à droite qui va être au pouvoir. Elle est composée, pour sa part flamande, de la Nouvelle alliance flamande (N-VA), le grand vainqueur des élections du 25 mai, qui entre pour la première fois dans un gouvernement fédéral, des chrétiens-démocrates du CD&V, qui ont préféré obtenir le poste de commissaire européen pour l'une des leurs, Marianne Thyssen, plutôt que celui de Premier ministre, et des libéraux de l'Open VLD. Côté francophone, il n'y aura qu'un seul parti, le Mouvement Réformateur (libéral) de Charles Michel. Le MR, qui n'avait recueilli qu'un quart des voix de l'électorat francophone, devrait obtenir sept portefeuilles ministériels, soit autant que l'ensemble des partis flamands, le gouvernement devant en Belgique compter autant de représentants des deux communautés. Charles Michel est le nouveau Premier ministre sur la base d'un accord de gouvernement. C'est celui-ci qui est détaillé ci-dessous. (NdR)

On y est ! Le gouvernement fédéral 100% à droite annonce officiellement qu’il veut diminuer nos salaires, s’attaquer à nos pensions, détruire des emplois et chasser les étrangers en se reposant à nouveau sur le travail gratuit des femmes, les soi-disant « abus » des chômeurs/euses et des migrant-e-s et la sacro-sainte compétitivité par rapport aux pays voisins. En échange, des peanuts: quelques dizaines de millions de taxation du patrimoine et la promesse d’une concertation-bidon qui ne portera que sur les modalités des mesures prises. La violence de ces propositions pour 99% de la population se fera sentir sur des décennies mais, assure-t-on rue de la Loi, il fallait bien ça pour garantir l’équilibre budgétaire en 2018 (air connu). La liste des mesures imbuvables s’étend petit à petit dans la presse. Le petit condensé non exhaustif ci-dessous donne déjà la nausée.

Nos salaires en solde

En plus du saut d’index « corrigé pour préserver les bas revenus » qui devrait rapporter 2,5 milliards aux entreprises, la hausse de la TVA et des accises sur le diesel et l’alcool affecteront directement notre revenu. La révision annoncée de la loi de 1996 présage encore de mauvaises nouvelles pour les salaires dans les mois à venir -et notamment pour les prochaines négociations de l’Accord InterProfessionnel- avec un blocage salarial possible jusqu’en 2018. Et, bien sûr, dans la suite du gouvernement Di Rupo, de nouvelles baisses de cotisations patronales amèneront dans la poche du patronat un milliard en plus prélevé sur notre salaire collectivisé.

Nos conditions de travail à la tronçonneuse

Tandis que la privatisation de Bpost et de Belgacom sera accélérée, achevant ainsi de bitumer l’autoroute de la précarisation des travailleurs de ces ex-entreprises publiques, l’annualisation du temps de travail nous obligera à accepter l’accumulation d’heures supplémentaires ou, à l’inverse, la réduction forcée du temps de travail (et du salaire) quand notre employeur l’exigera, peu importe la compatibilité avec notre vie privée ou notre budget. Parmi les secteurs champions du travail précaire, le travail étudiant sera assoupli tandis que, dans l’horeca, les heures supplémentaires autorisées seront doublées, passant de 180 à 360.

Notre sécu à la disqueuse

Travailler jusque 67 ans, grâce à la kamikaze, ce n’est plus un cauchemar mais une réalité pour un futur proche. Pourtant, aucun des partis de la coalition n’envisageait dans son programme la hausse de l’âge de la pension. Vous avez dit « démocratie » ? Les âges de la pension anticipée et de l’ex-prépension seront eux aussi relevés à 63 ans et 62 ans au plus tôt, 60 ans pour les régimes spéciaux (construction, travail de nuit) et les entreprises en restructuration.

Les chômeurs/euses, déjà lourdement attaqué-es par le gouvernement Di Rupo n’auront  à souffrir « que » d’une mesure inédite depuis la deuxième guerre mondiale: le travail forcé, qui remplacera certainement de vrais boulots correctement payés.

Notre temps libre et nos services publics à la moulinette

Si le gouvernement se vante d’élargir le crédit-temps pour le soin des personnes âgées et des enfants malades, il limite en échange le crédit-temps sans motif. Ainsi, alors que les possibilités de souffler juste pour souffler nous sont rabotées, les femmes -puisqu’elles sont majoritaires en crédit-temps- auront d’autant plus l’occasion d’assumer à la maison les services de soin aux personnes. Ca tombe bien puisque, en même temps, la norme de croissance des soins de santé sera réduite de deux milliards, ce qui signifie des soins de moins bonne qualité, plus chers et donc moins accessibles. Cette logique permet aussi au passage d’économiser les investissements pourtant tant nécessaires dans les services à la collectivité comme les garderies d’enfants ou les maisons de repos.

Des engagements pour la guerre, pas pour le climat

Alors qu’on annonce que 600.000 Belges seront exposé-es à la hausse du niveau de la mer d’ici fin du siècle, le gouvernement ne dit pour l’instant absolument rien d’éventuelles mesures pour lutter contre le changement climatique et ne prend pas les mesures qui s’imposent pour organiser la transition vers un système énergétique basé uniquement sur les sources renouvelables. Au contraire, les vieilles centrales nucléaires de Doel 1 et Doel 2 ne seront pas fermées comme prévu en 2015 mais en 2025, au grand bénéfice de GDF-Suez.

Le gouvernement de droite préfère plutôt tenir un engagement international d’un tout autre ordre : faire la guerre aux côtés de ses amis de l’OTAN. L’unanimité est de mise pour un investissement de 4 milliards dans des avions chasseurs bombardiers et une campagne en Irak pour 16 millions par mois.

Une Belgique forteresse et policière

Le gouvernement de droite dure a évidemment les migrant-es en ligne de mire, au nom de la lutte contre les « abus » (et vive la stigmatisation!). Plus aucune régularisation collective ne sera possible à l’avenir pendant que de meilleurs échanges d’information entre tous les départements permettront une intensification de la chasse aux personnes sans papiers, avec une extension des centres fermés et la possibilité de faire appel à des entreprises privées pour les expulsions. Assainissement budgétaire oblige, les éventuels revenus professionnels des demandeurs d’asile pourront être ponctionnés et un « droit de rôle » sera exigé pour tout  dossier de demande de séjour auprès de l’Office des Etrangers. Tandis que la nationalité pourra plus facilement être accordée pour « mérites économiques » (bienvenue aux riches !), les conditions de déchéance de nationalité seront étendues et une peine d’interdiction de territoire pourra être prononcée pour les non-Belges.

L’accord met aussi l’accent sur le volet répressif. Au menu, du lourd : davantage de police et de caméras dans les rues, expulsion des squats, tolérance zéro pour la consommation de drogues en public, possibilité de déploiement de l’armée pour des missions de surveillance, participation à certains conflits étrangers punissable, …

Le PS a retrouvé sa cape de Zorro

Au Congrès de la FGTB de la semaine dernière, Rudy De Leeuw promettait « le début de la résistance » en envisageant pour cela un front large, et même très large puisqu’il engloberait aussi le PS… qui est aux manettes de l’austérité dans les régions et qui a pavé le chemin de la droite dure en prenant, sur tous les plans, des mesures injustes que le gouvernement Michel 1er a beau jeu de prolonger et d’approfondir (qu’on songe au tripotage de l’index, au blocage des salaires,  à la réforme du chômage qui entrainera l’exclusion de 60.000 travailleurs/euses sans emplois en 2015 et à la façon dont les syndicats ont été mis hors-jeu, notamment sur l’allongement de la carrière).

Entendons-nous bien : l’unité la plus large est en effet nécessaire contre la droite. Mais l’unité pour quoi faire ? Il s’agit de donner un coup d’arrêt à la régression sociale, et d’ouvrir ainsi la voie à une autre politique. Cela n’est possible que par une mobilisation de masse du monde du travail, à l’échelle nationale. Contre toutes les mesures d’austérité et pour un plan d’urgence sociale. C’est cette mobilisation qu’il faut construire, et ce plan d’urgence qu’il faut élaborer. Cela passe par une stratégie de front commun FGTB-CSC, Flamands-Francophones, de la base au sommet, et par une interpellation sans concession des partis qui se disent de gauche, sur base d’un programme syndical de rupture.

Au lieu de cela, la stratégie de l’Action Commune Socialiste relancée par le sommet de la FGTB ne sert qu’à aider la social-démocratie à  redorer son blason dans l’espoir de revenir gérer l’austérité au fédéral une fois que le MR aura fait le sale boulot. De plus, au lieu d’aider la CSC flamande à se détacher du CD&V – qui peine à se présenter comme le visage social d’une coalition  avec la NVA-, cette stratégie fait au contraire le jeu de la direction de l’ACW et de ses « amis politiques » qui font passer leur participation au pouvoir avant l’intérêt des travailleur-euse-s. Cette stratégie divise le monde du travail, et risque d’aggraver la division communautaire.

Besoin d’une réaction à la hauteur

Ce gouvernement fédéral n’est pas encore formé que nous connaissons déjà les deux premières tâches urgentes des forces politiques et sociales 100% à gauche. La première est d’organiser et soutenir partout la résistance sociale pour barrer la route à ces mesures et faire tomber le gouvernement le plus vite possible. Nous avons besoin d’une riposte à la hauteur de l’attaque, dans une optique offensive. La gauche syndicale gagnerait à se rappeler que le gouvernement de droite dirigé par Tindemans a été chassé par les « grèves des vendredis » qui associaient chaque semaine et en front commun une province wallonne et une province flamande. On a besoin d’un plan d’action combattif  sur base de l’agenda et des revendications des travailleurs/euses. On a besoin de démocratie syndicale. C’est ce que, avec la LCR/SAP et d’autres, nous allons défendre à travers la Protestparade (à l'initiative du PTB) du 19 octobre prochain.

Nous y défendrons aussi la deuxième tâche urgente à prendre à bras le corps dès maintenant : mettre le paquet pour poursuivre l’élaboration commune d’une alternative anticapitaliste large en Belgique, dont les listes de rassemblement PTB-GO (gauche d’ouverture) représentent un point d’appui à ne pas gaspiller.

Aujourd’hui, la classe dominante se sent confiante pour frapper fort et vite les travailleur.SE.s, avec ou sans emploi/papiers. Le gouvernement n’est qu’un outil à son service direct, une simple carte à jouer et à jeter quand elle sera usée. Les partis gestionnaires du capitalisme ne peuvent pas représenter d’alternative crédible.

L’alternative 100% à gauche est devant nous, à nous de la construire. Il y a urgence !

Céline Caudron et Mauro Gasparini. Publié sur le site de la LCR/SAP de Belgique.

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