Belgique. Le coup d’envoi est donné : 120 000 manifestants contre la politique de Michel 1er !

La manifestation nationale à Bruxelles, le début du plan d’action du front commun syndical contre les plans de Michel 1er (et les économies au niveau régional) a été un énorme succès. Avec certainement 120 000 participant.es, toutes les attentes ont été largement rencontrées. Contrairement à ce qu’on a pu craindre à un moment, la mobilisation a été un grand succès en Flandre aussi : il y avait ainsi environ 20 000 participants de la province d’Anvers, près de 9.000 de Flandre Orientale, etc. La crainte amenée par certains que la CSC et le syndicat libéral CGSLB ne mobiliseraient que verbalement s’est également révélée infondée.

De différentes régions, en Flandre aussi, les trains supplémentaires prévus étaient encore insuffisants pour amener tout le monde à Bruxelles, de sorte que certains syndicalistes qui voulaient également rejoindre la marche, durent rebrousser chemin vers la maison. Il aurait pu y avoir encore plus de gens !

Il était plus qu’évident que cette manifestation a amené beaucoup plus de gens dans les rues que seulement les syndicalistes actifs. Pour de nombreux participants, c’était non seulement la première fois qu’ils participaient à une manifestation syndicale, mais la présence de nombreux étudiants, lycéens et organisations de jeunesse, le bloc féministe formé par toute une série de groupes de femmes, et surtout la présence visible et apprécié de Hart boven Hard (« le cœur, pas la rigueur ») qui rassemble en Flandre des centaines d’organisations et de mouvements du secteur social et culturel, réchauffait le coeur.

Lors de la manifestation, une série de groupes de jeunes de gauche (JOC, notre groupes jeunes JAC-JAK, Jeunes FGTB et Jeunes CSC, l’Union Syndicale Etudiante …) ont mené une brève occupation du siège de la FEB, où un tribunal populaire symbolique a été tenu contre le grand patronat et ses groupes d’intérêt. L’action a été entièrement pacifique et sans problèmes majeurs.

Qu’en est-il des affrontements ?

Des problèmes sérieux éclatèrent dans le quartier derrière la gare du Midi lorsqu’une partie des manifestants voulut se diriger vers le siège du MR à proximité. La police a agi avec des canons à eau et un cordon musclé. Plusieurs voitures et une moto de la police ont été brûlées au cours de l’après-midi. Entretemps, il a été révélé que des provocateurs (certains néo-nazis, mais aussi des agents de la police) ont été aussi impliqués dans ces évènements. L’Association des journalistes professionnels rapporte aussi des violences policières contre des journalistes.

En ce moment où nous sommes au début d’un important plan d’action, une telle violence ne contribue pas à la réussite des actions. En même temps, de nombreux militant.es en ont plus qu’assez des promenades assez traditionnelles Nord-Midi, qui ont été organisées à plusieurs reprises au cours des dernières années. Certains d’entre eux ne pouvaient vraisemblablement plus réprimer leur soif d’une action plus directe. Il y a évidemment d’autres éléments à la source de cette colère (notamment les attaques contre les dockers), et il est essentiel de rappeler que les vrais « casseurs » de nos conditions de vie et responsables des émeutes se trouvent au gouvernement.

Mais ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de mieux encadrer ce désir la prochaine fois et donc de le rendre mieux ciblé. Mais nous pensons aussi qu’il est essentiel que les couches les plus larges possibles de la population soient impliquées dans le plan d’action des syndicats, et pas seulement le «noyau dur» du mouvement syndical. Il est donc important que certains dérapages contre-productifs soient évités.

Réussir les grèves !

La prochaine étape dans le plan d’action national, ce sont les différentes grèves provinciales. Celles-ci aussi doivent connaître un succès retentissant. L’échec n’est pas une option, il s’agit ici de l’avenir de nos droits sociaux à tou.te.s, et de celui des syndicats eux-mêmes !

La meilleure façon de réussir les actions, est l’implication la plus large et active possible de tou.te.s les membres et militant.e.s du syndicat. Il y a déjà déjà de bons exemples ici et là. Ainsi, le secteur Services publics de la CGSP-ACOD à Anvers fonctionne avec un comité d’action, où les militants, les membres de l’exécutif et secrétaires se réunissent pour préparer les actions de grève. Dans le Limbourg, la même CGSP-ACOD reprend déjà cet exemple sous la forme d’un groupe de travail. La CGSP inter-sectorielle dans la région d’Anvers fait des pas dans la même direction (même si le nombre de personnes présentes dans ce comité d’action spécifique est incompréhensiblement limité à … deux (2 !) par secteur). Au niveau national, il existe des initiatives similaires.

Ces comités d’action contribuent au fait que les actions de grève puissent être organisées avec beaucoup plus de chances de réussite, en mettant côte à côte des militants des services ou entreprises plus forts et des plus faibles, en s’aidant les uns les autres à faire des tracts et du matériel, mais également en menant de cette manière le débat démocratique le plus large possible, ce qui est utile pour former toute une nouvelle couche de militants syndicaux et d’élever leur niveau de conscience. Ce qui contribue à son tour à développer autour du mouvement syndical une résistance sociale très large et profondément enracinée socialement. La manifestation a sonné hier comme un signal de départ prometteur et enthousiaste. Elle renforce quoi qu’il en soit la confiance dans ses propres forces, ce qui est très important. La conviction que nous pouvons gagner est cruciale pour maintenir la lutte à fond à long terme.

Ne pas se contenter de miettes moisies ! 

Après la manifestation, les dirigeants syndicaux des trois syndicats ont été invités par le Premier ministre Michel pour une discussion. Des déclarations de Michel, Peeters (CD & V), Chastel (MR), … et des responsables syndicaux après cette discussion, il ressort clairement que le gouvernement n’est pas prêt du tout à remettre en question l’essentiel de ses plans. Ils veulent uniquement que les syndicats soient impliqués dans la mise en oeuvre, et on peut encore seulement discuter des détails. Ils espèrent ainsi répéter ce que le premier ministre Wilfried Martens a fait au milieu des années 80: refouler les syndicats avec « quelques biscuits. »

Nous pensons que le mouvement syndical ne peut se laisser prendre dans des négociations sur les miettes -moisies- qui peuvent encore  tomber de la table, mais qu’il doit surtout maintenant mettre en œuvre l’ensemble du plan d’action. Heureusement, il semble pour le moment que la direction des trois syndicats s’en rend compte, tout en étant certainement aussi aidée par la pression de sa base et de 120 000 personnes dans la rue.

Selon les témoignages, les responsables de la FGTB pour le secteur privé ont déjà fait savoir – avant la manifestation – au Comité fédéral de la FGTB qu’ils seraient prêts à élaborer une suite au plan d’action  après le Nouvel An, à condition qu’il y ait plus de 100.000 manifestants. Cette condition a été très clairement remplie. Introduisons maintenant la discussion sur le suivi des actions après le 15 décembre !

A côté de ça, les syndicats doivent aussi urgemment ouvrir le débat le plus large possible sur leurs propres alternatives, revendications et la politique pour les appliquer. En tout cas, la consultation ne peut avoir lieu derrière des portes closes: la base des syndicats doit savoir ce qui est dit à ce sujet et surtout : avoir la possibilité d’avoir son mot à dire. Aucun accord sans votes démocratiques dans  tout le mouvement syndical !

. Publié sur le site de la LCR de Belgique.

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