Belgique : renouveau de la gauche radicale

En même temps que les élections européennes, se tenaient en Belgique des élections à caractère national. Avec deux élus au Parlement national, au moins un au Parlement wallon et sans doute quatre à Bruxelles, les résultats des listes PTB-GO sont incontestablement un succès et un encouragement pour toute la gauche belge.

Tout a commencé le 1er mai 2012, à Charleroi, quand Daniel Piron, secrétaire régional  de la FGTB (fédération générale des travailleurs belges) s’est adressé aux manifestants en dénonçant sans complaisance les politiques menées par le gouvernement dirigé par le socialiste Elio Di Rupo et en déclarant :  « Nous lançons solennellement de cette tribune, sans être sous l’emprise de la colère, mais au contraire après mûres réflexions dans nos instances, un appel à un rassemblement à la gauche du PS et d’ECOLO (le parti écologiste belge). (…)Il y a là des forces vives, actives, militantes et anticapitalistes porteuses d’espoir pour le monde du travail. »

Cet appel a été entendu par des forces politiques, associatives et syndicales. Le Parti du Travail de Belgique a été le premier à souhaiter  s’y joindre et s ‘engager dans un processus de recomposition de la gauche radicale. Fondé il y plus de trente ans , le PTB a d’abord été une organisation liée au courant maoïste. De succès locaux en crises internes, il a évolué jusqu’à son Congrès de 2008, se débarrassant progressivement de ses références staliniennes et prochinoises. Il a réussi à attirer des militants du mouvement social, liés aux structures syndicales les plus impliquées dans les luttes et des intellectuels qui lui ont permis d’incarner une possible alternative à gauche, particulièrement après ses succès aux dernières élections municipales.

En décembre 2013, le PTB est à l’initiative d’un appel, « un rendez-vous à ne pas manquer » signé par une centaine de personnalités syndicales, associatives, universitaires, intellectuelles et politiques, en vue de constituer des listes d’ouverture aux élections parlementaires et européennes du 25 mai. Très vite, la LCR wallonne et son équivalent en Flandres, le SAP, ainsi que le Parti Communiste de Belgique, acceptent de surmonter leurs divergences et leurs réticences et de participer aux listes PTB-GO !

Sans faire référence à la candidature d’Alexis Tsipras, la campagne européenne se déroule sur des thèmes très proches de ceux développés par les partis de la Gauche européenne, mais l’effort est particulièrement mis sur les élections nationales, pour lesquelles les premiers sondages laissent présager des résultats favorables. Au terme d’une campagne dynamique, dans laquelle les diverses composantes des listes ont été à même de mettre l’accent, de manière unitaire, chacune sur les thèmes qui leurs étaient propres , le succès était évident en Wallonie et à Bruxelles. En Flandres, les bons scores du PvdA (le PTB flamand) ne lui ont toutefois pas permis (à 2000 voix près) de décrocher un siège à Anvers.

Et maintenant ?

Ce premier succès met à l’ordre du jour la nécessité de continuer les débat et les initiatives pour la construction d’une force d’opposition aux politiques austéritaires, portant les valeurs du mouvement ouvrier,  de l’écosocialisme, du féminisme, de la solidarité avec les luttes des pays du Sud. Au delà du PTB, de la LCR et des secteurs syndicaux, d’autres forces sont prêtes à participer à ce renouveau. Venant de la gauche du courant écologiste, à Liège, en particulier, le mouvement VEGA (Verts Et à Gauche) s’est constitué en décembre 2013. Se réclamant de l’écosocialisme, il a présenté des listes aux européennes et à Bruxelles et Liège pour le parlement de Wallonie. Malgré sa jeunesse et de faibles moyens, VEGA a participé aux mobilisations de l’hiver et du printemps, en soutien aux chômeurs, et à la manifestation du 15 mai en opposition au TAFTA, au cours de laquelle la police belge avait arrêté plus de 250 militants, élus belges et candidats de diverses listes européennes soutenues par A. Tsipras.

La campagne électorale a permis des débats à la fois francs et fraternels entre les deux listes, et si d’importantes divergences politiques demeurent, il est clair que, dans la situation d’urgence que traverse toute la gauche de gauche en Europe, face aux dangers de l’extrême-droite, les organisations de la gauche radicale belge devront trouver les voies de l’unité d’action qui leur permettront d’apporter des réponse positives à l’appel de Charleroi.

Mathieu Dargel

 

 

 

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