Bernie Sanders : Lancer un mouvement démocratique mondial pour faire front contre les régimes autoritaires.

Le Sénateur Sanders parle le ​9 octobre 2018.  à la Johns Hopkins University school of Advanced International Studies des problèmes que le nationalisme autoritaire pose aux sociétés démocratiques, et de la nécessité de lancer un mouvement progressiste mondial basé sur des principes de démocratie, d’égalité et de justice économique et environnementale.

 

Aux USA, nous faisons grand cas de tout ce qui a des effets sur l’économie, les services médicaux, l’éducation, l’environnement, la justice pénale, l’immigration et, tout récemment, les candidats à la Cour Suprême. Ces enjeux revêtent tous une énorme importance.

 

Exception faite des crises immédiates et dramatiques, la politique étrangère n’est pourtant pas ce qui suscite le plus d’attention ou de débats. En fait, certains analystes sont d’avis qu’en général, nous avons la politique étrangère d’un seul parti, dans laquelle les différents points de notre approche sont rarement débattus ou contestés.

 

Les dépenses militaires se montent à 700 milliards de dollars par an, plus que le total des 10 nations suivantes. Nous sommes en guerre en Afghanistan depuis 17 ans, en Irak depuis 15 ans, et engagés militairement au Yémen ­— qui connaît actuellement une crise humanitaire.

 

Pendant ce temps, 30 millions de personnes sont privées d’assurance maladie, notre infrastructure s’effondre et, chaque année, des centaines de milliers de jeunes gens brillants n’ont pas les moyens de faire des études supérieures.

 

Il est grand temps, dans le contexte actuel, qu’un débat vigoureux aboutisse aux changements qui s’imposent dans notre politique étrangère.

 

Je veux aujourd’hui dire quelques mots de cette tendance inquiétante qui, dans les affaires mondiales, suscite trop peu d’intérêt. Une bataille lourde de conséquences est actuellement en cours aux USA et dans le monde entier.  Deux conceptions s’affrontent. Nous avons d’une part un mouvement mondial en pleine expansion en faveur de régimes autoritaires, d’oligarchies, de kleptocraties. D’autre part un mouvement visant à renforcer la démocratie, l’égalité et la justice économique, sociale, raciale et environnementale.

 

De l’issue de cette bataille dépend tout l’avenir de la planète — dans les domaines économique, social et environnemental.

 

Si l’on se penche sur l’économie mondiale, on constate aujourd’hui un accroissement massif de la richesse et une inégalité des revenus, où 1% des plus riches possèdent plus que les 99% restants, où un petit nombre d’énormes institutions financières exercent un impact énorme sur la vie de milliards de gens.

 

De plus, nombreux sont ceux qui, dans les pays industrialisés, doutent que la démocratie puisse tenir ses promesses. Ils travaillent plus pour gagner moins qu’avant. Ils voient les élections gagnées à coup de millions, une élite politique et économique s’enrichir, alors que l’avenir de leurs enfants est de plus en plus incertain.

 

Les dirigeants politiques de ces pays exploitent souvent ces peurs en exagérant ces mécontentements, attisant l’intolérance et les haines ethniques et raciales chez ceux qui peinent. Notre pays en est un parfait exemple. Ce phénomène émane des plus hautes sphères de notre gouvernement.

 

Il ne fait actuellement aucun doute que Donald Trump et le mouvement d’extrême droite qui le soutient ne concernent pas seulement les Etats Unis. Dans le monde entier, en Europe, en Russie, au Moyen Orient, en Asie, en Amérique Latine, des mouvements menés par des démagogues exploitent les peurs, les préjugés et les revendications des peuples pour accéder au pouvoir et s’y maintenir.

 

Pas plus tard que le weekend dernier au Brésil, pendant l’élection présidentielle, le leader d’extrême droite Jair Bolsonaro, qu’on appelle « Le Donald Trump brésilien » a réalisé une performance en frôlant l’élection au premier tour. Bolsonaro est connu depuis longtemps pour ses attaques à l’encontre des immigrants, des minorités, des femmes, et des associations LGBT. Bolsonaro, qui a déclaré aimer Donald Trump, a fait l’éloge de la précédente dictature militaire ; il a également déclaré que, dans sa lutte contre le crime, la police devrait tout simplement avoir le droit de tuer plus de criminels. Voilà la personne qui va peut-être se trouver à la tête du cinquième pays le plus peuplé du monde, avec sa neuvième économie.

 

Pendant ce temps, l’homme politique le plus populaire du pays, l’ex-président Lula da Silva, emprisonné pour des motifs hautement contestables, n’a pas le droit de se représenter.

 

Bolsonaro n’est qu’un exemple parmi d’autres dont je parlerai. Mais je crois qu’il est important de bien comprendre que ce dont nous sommes actuellement les témoins, c’est la montée d’un nouvel axe autoritaire mondial.

 

Alors que les hommes politiques qui constituent cet axe présentent quelques différences, ils ont cependant certains attributs en commun : intolérance envers les minorités ethniques ou religieuses, hostilité envers les principes démocratiques, hostilité envers la liberté de la presse, adhésion à la théorie du complot qui tourne constamment à la paranoïa, et croyance que les chefs de gouvernement devraient avoir le droit de profiter de leur position pour servir leurs propres intérêts financiers.

 

Il n’est pas sans intérêt de noter que ces hommes politiques sont aussi totalement connectés à un réseau d’oligarques milliardaires qui voient le monde comme leur terrain de jeu économique.

 

Ceux d’entre nous qui croient à la démocratie, qui croient qu’un gouvernement est responsable devant son peuple et pas l’inverse, doivent comprendre l’ampleur de l’enjeu pour pouvoir l’affronter avec quelque chance de succès. Seul un mouvement mondial progressiste pourra tenir tête à l’autoritarisme oligarchique, mouvement qui répondra aux besoins des travailleurs, qui reconnaîtra que la plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés proviennent de la faillite de l’état actuel des choses. Il nous faut un mouvement qui fédère ceux qui, dans le monde entier, n’ont pas pour seule ambition le retour à un passé fantasmé, passé qui n’a pas fonctionné pour beaucoup, mais qui aspirent à un monde meilleur.

 

Bien que Donald Trump ne soit pas à l’origine de cette tendance autoritaire, il ne fait aucun doute que d’autres hommes politiques à poigne ailleurs dans le monde se sont inspirés du fait que le président de la plus vieille et de la plus puissante démocratie bafoue les principes démocratiques, se livre à de violentes attaques contre l’indépendance des médias et de la justice, et désigne comme boucs émissaires les membres les plus faibles et les plus vulnérables de notre société.

 

L’Arabie Saoudite est un exemple de ces pays qui s’inspirent de Trump. Nous avons là une dictature tyrannique qui ne tolère aucune opposition, qui traite les femmes comme des citoyens de troisième classe, et qui, depuis plusieurs décennies, exporte une forme extrême de l’Islam dans le monde entier. L’Arabie Saoudite est actuellement en train de mener au Yémen une guerre dévastatrice avec l’aide des Etats-Unis.

 

J’aimerais maintenant consacrer quelques instants à la disparition de Jamal Khashoggi, ce journaliste critique du gouvernement saoudien, vu pour la dernière fois alors qu’il entrait au consulat de son pays à İstanbul mardi dernier. Pendant le weekend, les autorités turques annoncèrent à la presse qu’elles étaient convaincues que Khashoggi avait été assassiné à l’intérieur du consulat, et qu’on se serait débarrassé ailleurs de son corps. Nous devons savoir ce qui s’est passé. Si l’information est vérifiée, si le régime saoudien a bien assassiné dans son propre consulat un journaliste critique de sa politique, sa responsabilité est engagée et les Etats-Unis doivent le condamner sans équivoque. Mais il ne fait apparemment aucun doute que le Prince de la Couronne Mohammed Ben Salman se sent encouragé par le soutien sans réserve de l’administration Trump.

 

On imagine mal, d’ailleurs, qu’un pays comme l’Arabie Saoudite ait choisi l’été dernier d’entrer en conflit avec le Canada au sujet d’une critique relativement bénigne concernant les droits humains, si MBS — qui est un proche de Jared Kushner, le gendre du Président — n’avait pas été convaincu que les Etats-Unis garderaient le silence. Qui aurait imaginé il y a trois ans que les Etats-Unis refuseraient de prendre position dans un conflit entre notre voisin le Canada, qui est une démocratie, et notre deuxième partenaire commercial, et l’Arabie Saoudite pour une question de droits humains — mais c’est exactement ce qui s’est passé.

 

Il nous est tout aussi difficile d’imaginer qu’en Israël le gouvernement aurait pu prendre toute une série de mesures si Netanyahou n’avait pas été certain que Trump le soutiendrait. L’une de ces mesures étant le vote tout récent de la « loi de l’Etat Nation, » qui codifie en fait le statut de seconde classe des citoyens non juifs de ce pays, compromettant de ce fait de manière agressive la vieille ambition d’une solution à deux états, et oubliant la catastrophe économique de Gaza.

 

Nous avons également la relation chaleureuse que Trump entretient avec le Président Russe Vladimir Poutine, dont l’intervention dans notre élection présidentielle de 2016 continue à être niée par Trump. Nous sommes en présence d’une situation inédite, celle d’un président américain qui, pour une raison quelconque, refuse  de reconnaître cette attaque contre la démocratie américaine. Pourquoi ? Je ne suis pas sûr de connaître la réponse. Soit il ne sait vraiment pas ce qu’il s’est passé, ou bien les Russes ont peut-être des informations compromettantes le concernant, qui le placent sous leur influence ; ou alors il a plus de sympathie pour la forme de gouvernement de l’homme fort du Kremlin qu’il n’en a pour la démocratie américaine.

 

A mesure qu’il se rapproche d’hommes politiques à poigne tels que Poutine, Orban en Hongrie, Erdogan en Turquie, Duterte aux Philippines et Kim Jong Un en Corée du Nord, Trump ne fait qu’inutilement attiser les tensions avec nos alliées les démocraties européennes, sur des sujets tels que le commerce, l’OTAN, l’accord sur le nucléaire iranien. Ces questions sont importantes, c’est clair. Mais la manière dont Trump a, de façon tout à fait gratuite, manqué de respect envers ces alliés n’est pas seulement un manque d’efficacité diplomatique. Elle aura, à long terme, d’énormes conséquences négatives sur l’alliance transatlantique.

 

De plus, Richard Grenell, l’ambassadeur de Trump en Allemagne n’a, il y quelques mois de cela, laissé planer aucun doute sur le soutien de l’administration aux partis européens extrémistes d’extrême droite. Ce qui revient à dire que l’administration U.S. prend ouvertement parti pour ces mêmes forces qui mettent en danger les bases de la démocratie chez nos alliés de longue date.

 

Nous ne devons pas perdre de vue que le combat pour la démocratie est lié au combat contre la kleptocratie et la corruption. Ce qui est vrai ici aux Etats-Unis l’est aussi ailleurs. En plus de l’hostilité de Trump envers les institutions démocratiques dans notre pays, nous avons un président milliardaire qui, d’après un rapport récent publié dans le New York Times, a acquis sa fortune par des moyens frauduleux, et qui maintenant, en tant que président a, c’est inouï, fusionné sans vergogne ses propres intérêts et ceux de ses copains avec les politiques du gouvernement.

 

Un des thèmes récurrents des rapports sur l’enquête concernant la campagne de Trump sont les efforts déployés par les riches intérêts étrangers pour rechercher l’influence de Trump et de son organisation, ainsi que ceux des proches associés de Trump cherchant à négocier cette proximité pour la promesse d’un accroissement de leur richesse. Bien que les personnes concernées par ces rapports se comportent de façon particulièrement éhontée et maladroite, les informations contenues dans ces rapports n’ont rien d’original.

 

Nous n’avons jamais dans le passé aussi bien constaté le pouvoir que l’argent roi exerce sur la politique gouvernementale. Que nous parlions des frères Koch dépensant des centaines de millions de dollars pour démanteler les lois environnementales qui protègent la richesse des Américains, ou que nous parlions des monarchies autoritaires comme l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Qatar qui dépensent des millions de pétrodollars à Washington pour promouvoir les intérêts de leurs régimes non démocratiques, ou bien des sociétés géantes qui soutiennent des groupes de réflexion dont les recommandations serviront leurs intérêts financiers, le thème est récurrent. De puissants intérêts particuliers se servent de leur richesse pour influencer le gouvernement en faveur de leurs propres intérêts.

 

Pendant le combat au Congrès autour des réductions massives d’impôts accordées par les Républicains aux plus riches, certains de mes collègues se sont exprimés ouvertement à ce sujet. Le Sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham n’a pas mâché ses mots : il a déclaré que si les Républicains ne parvenaient pas à faire voter la loi, « ce serait la fin des contributions financières. » Ce qui « sera la fin de notre parti. » Je félicite le Sénateur Graham pour son honnêteté.

 

Cette corruption est si manifeste qu’on finit par s’y habituer. Il y a quelques jours, dans un article sur Sheldon Adelson, le méga donateur républicain, le New York Times titrait : « Parmi les mécènes politiques les plus importants, nombreux sont ceux dont le retour sur investissement est loin d’être impressionnant cette année. »

 

Je le répète : « Le retour sur investissement a été loin d’être impressionnant. » L’idée que les donateurs des partis politiques s’attendent à une politique spécifique en échange de leur contribution — la définition même de la corruption, un quiproquo — apparaît en plein jour. On ne voit même plus cela comme scandaleux.

 

Cette sorte de corruption est pratique courante chez les régimes autoritaires. Il est impossible en Russie de dire où finissent les décisions du gouvernement et où commencent les intérêts de Poutine et de son cercle d’oligarques  multi milliardaires. Ils agissent de concert.  De même, en Arabie Saoudite, la séparation ne se discute pas, les ressources naturelles de l’Etat, évaluées en billions de dollars, appartenant à la famille royale saoudienne.

 

En Hongrie, l’homme fort d’extrême droite, le leader nationaliste Victor Orban calque son action sur celle de Poutine en Russie, allant jusqu’à dire dans une interview, « Poutine a redonné sa grandeur à son pays. » Comme Poutine, Orban s’est hissé au pouvoir en exploitant la paranoïa et l’intolérance envers les minorités, lançant d’odieuses attaques antisémites contre Georges Soros, mais en même temps réussissant à s’enrichir, lui et ses alliés politiques. En Février, l’Index de Perception de la Corruption établi par Transparency  International à classé la Hongrie deuxième pays le plus corrompu de l’Union Européenne.

 

Il ne faut pas perdre de vue que ces partisans de la manière forte font partie d’un front commun. Ils entretiennent des liens étroits, partagent des stratégies et, comme c’est le cas en Europe et en Amérique pour les mouvements d’extrême droite, ont les mêmes bailleurs de fonds. La famille Mercer, par exemple, qui soutient l’ignoble Cambridge Analytica, a également été un des principaux donateurs de Donald Trump et de Breibart news, qui opère en Europe, aux Etats-Unis et en Israël pour promouvoir la même stratégie anti-migratoire et islamophobe. Sheldon Adelson finance généreusement le Parti Républicain et les causes d’extrême droite aux Etats-Unis et en Israël, partageant avec eux une stratégie d’intolérance et de bigoterie dans ces deux pays.

 

En fait, une attitude défensive ne suffit pas pour contrer efficacement l’autoritarisme d’extrême droite. Une attitude volontariste s’impose pour comprendre que nous ne pouvons pas nous contenter de défendre l’immobilisme inefficace de ces dernières décennies. Il nous faut reconnaître que les défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés résultent de cet immobilisme.

 

Je m’explique.

 

Ici aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en France, et dans de nombreux autres pays, les gens travaillent plus pour des salaires qui stagnent, et craignent que leurs enfants n’aient un niveau de vie inférieur au leur.

 

Il est de notre devoir de ne pas accepter cette stagnation, de ne pas accepter ces énormes différences de richesse et de revenu qui font que 1% de la population mondiale possède la moitié des richesses de la planète, alors que 70% de la population en âge de travailler ne représentent que 2,7% de cette richesse. Notre devoir est également de ne pas accepter que baisse le niveau de vie d’un grand nombre d’ouvriers, de ne pas accepter cette réalité : 1,4 milliard de gens vivent dans une extrême pauvreté, des millions d’enfants meurent de maladies aisément évitables.

 

Il est de notre devoir de nous battre pour un avenir dans lequel tout le monde, et pas seulement quelques-uns, bénéficiera d’une politique publique qui tiendra compte des innovations et des avancées technologiques.

 

Il est de notre devoir d’aider les gouvernements du monde entier à mettre  un terme à cette absurdité que sont les riches compagnies multinationales qui pratiquent l’évasion fiscale en cachant plus de 21 billions de dollars sur des comptes bancaires offshore, et qui exigent de leurs gouvernements respectifs qu’ils infligent une politique d’austérité à leurs classes laborieuses.

 

Il est de notre devoir de demander à toute la planète de faire front commun contre l’industrie des énergies fossiles qui réalisent d’énormes profits, alors que les émissions de carbone détruisent cette planète que nous lèguerons à nos enfants et petits-enfants.

 

Les scientifiques nous disent pratiquement tous que le changement climatique est une réalité, qu’il résulte de l’activité humaine, qu’il cause des dommages dévastateurs dans le monde entier.  Ils nous disent en outre que, à défaut de mesures radicales pour aborder la crise climatique, cette planète connaîtra plus de sècheresses, plus de phénomènes météorologiques extrêmes, une acidification accélérée des océans, une élévation de leur niveau et, du fait des migrations de masse, plus de menaces sur la stabilité et la sécurité mondiales.

 

Un nouveau rapport du GIEC paru hier nous prévient qu’il ne nous reste qu’une douzaine d’années pour prendre des mesures urgentes et inédites si l’on veut éviter une hausse de la température de la planète qui causerait des dommages irréversibles.

 

La menace du changement climatique est un bon exemple du pouvoir entre les mains de nos responsables politiques. L’Europe n’y arrivera pas toute seule, pas plus que la Chine, ni même les Etats-Unis. Il s’agit là d’une crise qui nécessite une forte coopération internationale si nous voulons laisser à nos enfants et petits-enfants une planète habitable et en bon état. Le leadership américain — les avantages et mesures incitatives que seule l’Amérique peut offrir — est d’une extrême importance pour permettre cet effort.

 

Dans le combat pour étendre et promouvoir la démocratie, il est de notre devoir de résister à l’effort concerté, fortement soutenu par le président et financé par des oligarques tels que les frères Koch, visant à rendre plus difficile pour les citoyens américains — souvent des gens de couleur, des pauvres et des jeunes — d’aller voter. Les oligarques ne se contentent pas d’acheter les élections, le découragement des votants est un élément clé de leur technique pour se maintenir au pouvoir.

 

Il est de notre devoir de combattre des politiques commerciales qui ne profitent qu’à de puissantes compagnies multinationales et nuisent aux classes défavorisées qui, partout dans le monde, tombent dans l’oubli.

 

Il est de notre devoir de refuser les politiques migratoires brutales qui séparent les familles appréhendées à la frontière et placent leurs enfants dans des cages.  Les migrants et les réfugiés devraient être traités avec compassion et respect quand ils arrivent en Europe ou aux Etats Unis. Oui, il nous faut une meilleure coopération internationale pour répondre au flux de migrants qui passent nos frontières. Mais la solution qui consiste à construire des murs comme moyen de dissuasion ne fait qu’augmenter la cruauté envers ceux qui fuient des conditions de vie insupportables.

 

Il est de notre devoir de mettre plus de moyens au service de ces gens que nous n’en mettons pour fabriquer des armes destinées à les tuer. Il est inacceptable que, la guerre froide appartenant à un passé lointain, certains pays dépensent plus d’un billion de dollars par an pour des engins de destruction, alors que des millions d’enfants meurent de maladies facilement guérissables.

 

Selon l’Institut International de Recherche sur la Paix de Stockholm, le monde consacre un total de 1,7 billion de dollars en équipements militaires. 1,7 billion. Imaginez ce que nous pourrions accomplir si seulement une infime partie de cette somme était réaffectée à des fins plus pacifiques. Le président de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture a déclaré qu’une somme annuelle de 30 milliards de dollars pourrait mettre un terme au problème de la faim dans le monde. Moins de deux pour cent de nos dépenses militaires.

 

Jeffrey Sachs, de l’Université Columbia, un des experts mondiaux les plus connus dans le domaine du développement économique et de la lutte contre la pauvreté, estime que le coût pour mettre fin à la pauvreté dans le monde est de 175 milliards de dollars par an pendant 20 ans, environ dix pour cent des dépenses globales d’armement.

 

Donald Trump pense que ce n’est pas assez. Je pense, moi, que c’est trop.

 

Souvenons-nous de ce que le Président Dwight Eisenhower a dit en 1953, quelques mois seulement après son entrée en fonction. « Chaque canon que nous fabriquons, chaque navire de guerre que nous mettons à l’eau, chaque fusée que nous lançons se traduit, en fin de compte, par un vol envers ceux qui ont faim et ne peuvent se nourrir, envers ceux qui ont froid et ne peuvent se vêtir. Ce monde en armes ne repose pas seulement sur l’argent. Il repose sur la sueur de ses travailleurs, le génie de ses scientifiques, les espoirs de ses enfants. »

 

Et juste avant de quitter ses fonctions en 1961, Eisenhower était si préoccupé par le pouvoir croissant de l’industrie de l’armement qu’il lança ce cri d’alarme : « Nous devons nous garder de l’entrée d’influences abusives dans les conseils de gouvernement, qu’elles soient désirées ou pas, émanant du complexe militaro-industriel. La menace de la montée désastreuse d’un pouvoir illégitime existe et va persister. » Cette menace n’a fait que se préciser au cours des dernières décennies. Il est grand temps pour nous de résister et de proclamer qu’il existe une meilleure façon d’employer notre richesse.

 

Pour terminer, je déclare que seul un mouvement international nous permettra de combattre efficacement les forces de l’oligarchie et de l’autoritarisme mondiaux. Un mouvement mobilisateur ayant une vision de partage des richesses, de sécurité et de dignité pour tous, un mouvement qui aborde les énormes inégalités. Pas seulement les inégalités des richesses, mais celles du pouvoir politique.

 

Un tel mouvement va devoir faire preuve de créativité et d’audace dans ses ambitions. Alors que l’axe totalitaire s’efforce d’anéantir l’ordre mondial de l’après-guerre, qu’ils voient comme un frein à leur accession au pouvoir et à la richesse, nous ne devons pas nous contenter de défendre l’ordre existant.

 

Nous devons jeter un regard honnête sur cet ordre qui n’a pas su tenir nombre de ses promesses, et sur ces régimes totalitaires qui ont adroitement exploité ces échecs pour arriver à leurs fins. Nous avons là l’occasion de repenser un ordre mondial basé sur la solidarité humaine, sur la certitude que chacun d’entre nous sur cette planète détient sa part d’humanité, sur la volonté que nos enfants puissent avoir une vie saine, une bonne éducation, des métiers convenables ; qu’ils aient accès à l’eau potable, respirent un air pur et connaissent la paix. Il est de notre devoir de tendre la main à tous ceux qui, dans tous les coins du monde où l’on partage ces valeurs, se battent pour un monde meilleur.

 

Le totalitarisme veut accéder au pouvoir en encourageant la division et la haine. Nous encouragerons l’union et l’intégration.

 

En notre ère de richesse et de technologie triomphantes, donner à tout le monde une vie décente est à notre portée. Il est de notre devoir de tirer parti de l’humanité que nous avons en commun et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous opposer à toutes les forces, gouvernements ou entreprises irresponsables, qui s’évertuent à nous diviser, à nous dresser les uns contre les autres. Nous savons bien que ces forces font front commun et dépassent les frontières. Nous devons faire de même.

 

Je vous remercie.

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Auteur: 
Adanet