Bernie Sanders. Radicalité à Brooklyn.

Le dernier meeting à New York de Bernie Sanders s’est tenu lundi 18 avril, à Brooklyn. C’est à l’aune du type de campagne que l’on doit mesurer l’importance des 42% réalisés par Bernie Sanders dans la primaire démocrate de l’Etat de New York, un Etat où le vote n’est pas ouvert aux indépendants.

Lundi 18 avril, passé les portiques de sécurité et une fouille rapide par les agents du Secret Service, on pénètre sur l’espace en plein air au bord de l’East River face aux gratte-ciel de Manhattan. Une vieille vedette de la police sécurise le lieu côté fleuve. La sono diffuse du rock indépendant. Le public, plusieurs milliers de personnes, est plutôt jeune. Une cinquantaine de travailleurs en grève du secteur des télécoms est présent avec pancartes et tee-shirts aux couleurs du syndicat CWA.

Le meeting débute, le représentant syndical intervient. Après avoir présenté les motifs de la grève, liés à la précarité du statut des salariés du secteur, il indique les raisons du soutien du syndicat à Bernie Sanders : le candidat qui n’hésite pas à se présenter comme « democrat socialist », le seul à soutenir les travailleurs en lutte et se bat pour une « political revolution », mot d’ordre repris à maintes reprises tant par les différents intervenants que par Bernie Sanders lui-même.

Prennent également la parole les acteurs Danny Glover et Fisher Stevens. Celui-ci vient de réaliser avec Leonardo DiCaprio un documentaire sur le changement climatique. Après avoir salué le public sur un rythme rap, il annonce la naissance de sa fille, ce qui le conduit au sort des générations futures et à l’avenir de la planète. Le discours devient offensif : dénonciation de la logique du profit à court terme des lobbies du pétrole et de leurs multiples pressions pour nier le lien entre dérèglement climatique et émissions de CO2. Non seulement Bernie Sanders est le seul à être pleinement conscient de l’enjeu, mais aussi, grâce au financement citoyen de sa campagne, il est le seul à pouvoir garder son indépendance de jugement et d’action.

A New York, chacun des meetings de Sanders a été accompagné d’un concert d’un groupe de la scène indie. Ce jour-là, TV On The Radio joue une demi-heure et termine avec un appel au vote.

Bernie Sanders se présente alors à la tribune. La voie éraillée par une campagne éprouvante et la multiplication des réunions publiques, il rebondit sur l’intervention de Fisher Stevens. Le système électoral et politique américain ainsi que le mode de désignation des délégués au sein du Parti démocrate sont vivement dénoncés comme la confiscation de la démocratie au profit des puissants. A l’opposé, le refus de tout financement par les lobbies et l’exceptionnelle réussite du financement participatif de sa campagne témoignent pour Bernie Sanders du désir de « révolution politique ». Il utilise d’ailleurs le « nous » et non le « je » tout au long de son discours.

La question sociale est ensuite longuement développée : vibrant hommage aux travailleurs en lutte face aux entreprises qui font des milliards de profits, dénonciation chiffrée et précise de la pauvreté, du chômage, de la précarité, ainsi que de la situation calamiteuse pour un pays développé en termes de santé et d’éducation, refus des inégalités et de l’accaparement des richesses par les 1% aux dépens des travailleurs, des pauvres et de la classe moyenne…

Des propositions sont lancées : augmentation des salaires, taxe sur les transactions boursières, généralisation de la sécurité sociale, gratuité de l’éducation jusqu’au supérieur… Le discours est combatif, précis, pédagogique, ponctué de rappels aux valeurs et à l’éthique : « La puissance d’un pays ne se mesure pas au nombre de têtes nucléaires mais à la manière dont sont traités les plus fragiles ». « Nous ne pouvons accepter que les générations qui nous suivent vivent moins bien que nous ».

Le lien avec les questions écologiques est alors établi : mettre au pas les lobbies des énergies fossiles, nécessité d’une taxe carbone… De nombreux autres thèmes sont ensuite abordés, de manière brève mais percutante : la stupidité de l’interdiction du cannabis comparable à la prohibition des années 20, la tragique épidémie d’overdoses d’héroïne qui doit être traitée comme une question de santé publique et non comme un problème pénal, la nécessaire égalité salariale entre hommes et femmes, la dénonciation de l’intervention militaire en Irak et la responsabilité des Etats-Unis dans le chaos au Moyen-Orient.

Il s’adresse ensuite aux « communautés ». Accusé par ses détracteurs du camp démocrate d’être trop centré sur les questions sociales et de ne pas tenir compte des inégalités raciales, il défend des propositions certes universelles mais qui répondent aux besoins des populations discriminées. Ainsi, la politique proposée sur l’immigration permettra aux familles latino-américaines de ne plus être séparées et fragilisées mais d’être au contraire réunies et sécurisées. Il rend hommage à la lutte des Noirs pour les droits civiques et l’égalité, un combat auquel il a participé dans sa jeunesse l’homme a 74 ans, un combat loin d’être achevé. Les Noirs sont plus pauvres et ont moins accès à la santé et à l’éducation. La hausse du salaire minimum, la mise en place d’une véritable sécurité sociale, la gratuité de l’université permettront de répondre à ces enjeux. Les Noirs sont les premières victimes du système policier, judiciaire et carcéral américain. Celui-ci sera profondément réformé pour le rendre compatible avec ce que devrait être une démocratie tandis qu’il sera mis fin à l’impunité dont bénéficient les policiers responsables de brutalités.

Pour finir, Bernie Sanders appelle à participer largement au scrutin du lendemain. « Lorsque la participation est haute, nous gagnons. Quand elle est basse, nous perdons ! » Le discours s’achève alors sous les applaudissements de la foule tandis que la sono diffuse « Starman » de David Bowie.

David Hermet.

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