A Béziers aussi, Clémentine Autain nous a donné « des raisons d’espérer »

La réunion-débat organisée à Béziers le 23 juin avec Clémentine Autain a été un succès. Non seulement du point de vue du nombre de personnes présentes (140 participant-e-s mobilisées grâce notamment au travail en réseau), que de la tonalité du discours et de la richesse des échanges. Une réunion publique que d’aucuns trouvaient « différente » des meetings habituels avec une « oratrice enthousiaste au discours non formaté ».

C’est d’abord avec les chansons populaires, poétiques et engagées du chanteur accordéoniste Coko (http://www.corentin-coko.fr/) que la soirée a débuté. Histoire de créer une certaine atmosphère et de montrer que la culture, et notamment la musique, entre compostions originales et reprises (Eugène Potier…), a toute sa place dans nos combats.

A Béziers comme ailleurs, face à la gangrène de l’extrême-droite, construire une alternative de gauche

Clémentine a commencé son discours en soulignant « l’importance pour elle de venir à Béziers, ville laboratoire, où le maire Robert Ménard, à travers une série de mesures et de prises de position racistes (statistiques ethniques et religieuses…), antisociales (pas de cantine pour les enfants de chômeurs…) ou encore faisant l’apologie du passé colonial (débaptisation de la rue du 19 mars 1962…), cherche à imposer et banaliser les idées d’extrême-droite. Lesquelles « restent fondamentalement celles de la préférence nationale (qui est en fait une préférence raciale) et de la guerre des identités, même si le musulman d’aujourd’hui a remplacé le juif d’hier comme figure de l’ennemi principal ».

Pour elle, le combat contre le Front national est bien une nécessité vitale, tant celui-ci gagne du terrain au plan de « l’hégémonie culturelle », en référence au concept développé par Antonio Gramsci. Ainsi par exemple ce sondage Ipsos révélant « que les Français estiment à 23% le nombre de musulmans en France, alors qu’ils ne sont en réalité que 8% selon différentes enquêtes sociologiques ». C’est dire l’étendue des dégâts sur les esprits.

Mais face à cela, répondre aux provocations de l’extrême-droite nous dit-elle est insuffisant. L’enjeu est bel et bien de « proposer un autre récit et de développer une perspective alternative à gauche. »

Car « comment en est-on arriver là ? » interroge-t-elle ?

Pointant la responsabilité des médias, « plus intéressés par nous conter les aventures de la dynastie Le Pen que par l’analyse du contenu de son projet ».

Et celle bien entendu des politiques, en particulier de François Hollande et de « sa politique de droite faite au nom de la gauche », dont l’objectif est « de parachever la mue de la social démocratie (déjà bien entamée à l’échelle européenne) en parti démocrate à l’américaine ».

Ainsi en va-t-il de « la nomination du dirigeant le plus à droite du PS au poste de 1erministre », ou de celle « d’un banquier au ministère de l’économie et des Finances »,lequel a déclaré récemment qu’il souhaitait que « les jeunes rêvent de devenir milliardaires ».

Avec eux c’est l’adieu à la gauche et à ses valeurs. Désormais « on ne parle plus de classes sociales, de redistribuer les richesses… mais de compétivité et de restructuration à la place de licenciement ». C’est l’imposition d’un discours sur « la dette que l’on doit résorber à tout prix, afin de faire passer la pilule de l’austérité, de la réduction des dépenses publiques. Même si cela est aussi violent socialement qu’inefficace pour atteindre les objectifs proclamés… Car en fin de compte le but est de mettre à bas toute velléité populaire de contester leur ordre capitaliste néolibéral, comme on le voit en Grèce ».

Reconstruire un « imaginaire collectif »

C’est ce à quoi nous invite la porte-parole d’Ensemble, c’est-à-dire « la construction d’un horizon qui nous permette de nous projeter dans l’avenir. Un projet d’émancipation du XXIe siècle qui va bien au-delà des revendications. Qui s’appuie sur d’autres façons de fonctionner, de vivre, de faire de la politique ». Un projet qui ne part pas de rien, « qui se nourrit des luttes et des expériences utopiques réelles, lesquelles lui donne du sens. » Citant pêle-mêle « les luttes contre les GPII à Notre Dame des Landes ou Sivens, celles d’Entreprises autogérées avec les Fralib par exemple, l’interdiction des panneaux publicitaires à Grenoble qui marque une rupture avec l’univers consumériste qu’on nous impose partout… » Cet imaginaire dont nous parle Clémentine, se nourrit de tout, de littérature (Despentes, Deguin…) et de cinéma (La loi du marché…), tout autant que de pensées critiques (Piketti…).

Pour un « Podemos à la française »

Dans cette perspective, la constitution d’une force politique nouvelle est au cœur du débat. Elle renvoie selon Clémentine Autain à 3 questions essentielles à résoudre. Celle de « l’unification des dominés, par delà leur diversité, autour d’un projet émancipateur ». Celle de « l’articulation, plus que de la hiérarchisation, des différentes problématiques (sociales, écologiques, démocratiques, culturelles…) » et qui permette de« fédérer les acteurs des différents mouvements ». Celle enfin « des formes organisationnelles nouvelles, non pyramidales et pluralistes ».

C’est finalement à la construction d’un « Podemos à la française » que la porte-parole nous a invité.

Un débat passionnant et ouvert

La discussion s’est ensuite engagée sur des sujets aussi divers que complémentaires. Citons par exemple « le danger FN lors des prochaines présidentielles et l’enjeu de mobiliser les abstentionnistes, qui en ont marre des partis classiques », la difficulté aussi de mobiliser les jeunes. Des interventions ont porté sur« la censure des mass médias, plus préoccupés à rendre compte des affaires familiales des Le Pen par exemple, que de rendre compte des mobilisations dans toute l’Europe en solidarité avec le peuple grec ». Ou encore sur « les élus coupés des populations », et de l’expérience de gestion municipale alternative à Marinadella. La question de l’urgence de créer un mouvement comme Podemos en France est beaucoup revenue, « où les personnes seraient actrices, partipatives, et non suiveuses », « dans lequel la sociabilité doit être aussi considérée que le débat politique », et « qui sache aussi faire rêver ». La question de croissance/décroissance qui est « au cœur du problème mondial » comme l’a dit Clémentine Autain, ont aussi fait l’objet de discussions. Celle de la culture, citant Souchon, le film La loi du marché, des livres... a aussi eu largement droit de cité.

Bref des échanges intéressants, tous azimut, mais néanmoins profondément politiques, qui ont pu se prolonger autour d’un verre (dans cette salle de la Cimade si précieuse pour faire vivre la démocratie à Béziers), avec l’envie partagée de continuer le(s) combat(s) de demain.

Romain F

Article