Boko Haram : violence contre les populations

Sur des motos ou entassé dans des pickups, des centaines de combattants de Boko Haram ont fondu sur Baga et les autres villes environnantes et pendant cinq jours, ont pillé et massacré indistinctement hommes femmes et enfants et brûlé les habitations. 

Depuis que Boko Haram a commencé ses attaques armées, la violence et la cruauté vont crescendo. Les actes les plus abjects sont commis. Il y a quelques mois ils incendiaient le dortoir dans lequel ils avaient enfermé des collégiens, ils enlevaient les jeunes écolières pour les réduire en esclavage, et récemment ils ont transformé une gamine de dix ans en bombe humain la faisant exploser dans un marché de Maiduguri. Aujourd’hui ce sont  des villages entiers qui sont rasés. Rien que pour Baga 3700 bâtiments ont été partiellement ou totalement détruits, les habitants massacrés, certains qui ont tenté de fuir ont été poursuivis en brousse et assassinés. Comme pour Daech, leur but est de créer un état de terreur permanent  pour mieux soumettre les populations à leur volonté. A l’image de la LRA d’obédience chrétienne,  dirigée par Kony dont l’ambition première était d’instaurer un état théocratique en Ouganda, Boko Haram s’inscrit dans cette spirale de l’horreur qui a sa propre dynamique et défie la logique et l’entendement.

La faillite du gouvernement nigérian

D’une petite secte de quelques centaines de personnes il y a dix ans Boko Haram est désormais en capacité de défier l’Etat. Tel est le bilan pitoyable du gouvernement nigérian de Goodluck Jonathan.

Lors de son ascension Boko Haram a bénéficié et continue de bénéficier de complicités d’une partie des dirigeants du pays comme l’a dénoncé le président nigérian, ce qui n’empêche pas qu’il soit plus intéressé à sécuriser le sud du pays,  région riche en pétrole.

Le quasi abandon du nord du pays, héritage de la colonisation anglaise,  est source de misère et nourrit les ressentiments d’une jeunesse sans avenir. C’est sur ce terreau que Boko Haram s’est construit. La crise sociale risque de s’amplifier avec la baisse du prix pétrole. L’or noir fournit 90% des devises fortes et participe à hauteur de75% au budget national. L’absence de volonté  des dirigeants à diversifier l’économie et à soutenir l’agriculture, oblige à importer les produits de premières nécessité payés  avec ces devises étrangères qui se raréfient engendrant une augmentation des prix qui pénalise  les populations les plus pauvres. 

Quant à l’armée, des sommes colossales sont détournées. Ainsi malgré un budget de 5 milliards de dollars, les soldats sont mal équipés peu entrainés. Leur inefficacité est aggravée par les problèmes de logistiques récurrents. Ils évitent de s’affronter à Boko Haram et souvent se vengent de leur humiliation en s’attaquant aux civils les accusant d’être complices de la secte. Ce comportement empêche toute collaboration entre population et l’armée censée les défendre. 

Combattre Boko Haram

Actuellement la milice islamiste contrôle un large territoire à cheval sur les trois états au nord du pays Adamawa, Yobe et Borno, continue sa progression et s’attaque désormais au Cameroun. Pour l’instant l’armé de ce pays a réussi à repousser les offensives, mais les appels à l’aide se font pressants.

Ainsi le Tchad vient d’envoyer des blindés et un contingent de plus d’un millier de soldats pour renforcer l’armée camerounaise, conscient du danger que fait peser le groupe islamiste tant sur sa capitale N'Djaména, que sur la route menant à la ville portuaire de Douala qui lui offre un débouché sur la mer.

Pour palier à la carence de l’armée nigériane, les populations civiles ont commencé à s’organiser pour se défendre et ont largement contribué à éviter que la grande ville du nord est du Nigeria Maiduguri ne tombe entre les mains de la secte. Mais ces groupes sont composés de jeunes sans ressources et sans emploi  et peuvent basculer très rapidement contre les civils en utilisant le racket ou se livrer à des règlements de compte. C’est pour cela que certaines organisations de la gauche radicale préconisent que ces groupes soient sous la responsabilité du mouvement syndical particulièrement fort dans le pays. Cette mesure inédite permettrait en dépit des attaques des nervis de Boko Haram de maintenir un rapport de force favorable aux travailleurs et à la population face à un gouvernement qui ne cesse d’imposer ses mesures libérales.

Paul Martial, le 17/01/2015.

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