Bondy autrement : rendre la ville à ses habitants

L'association "Bondy autrement" existe depuis six ans. L'association a été fondée avant les municipales de 2008 par différents courants (communistes unitaires, comité Bové, socialistes dissidents, alter-ekolo, anciens de la liste locale "Rebondir").

Les sujets ne manquent pas pour une association citoyenne curieuse et déterminée : attribution opaque de logements sociaux, indemnités de 2 500 € aux maires-adjoints dociles, "rénovation urbaine" sans concertation des locataires, réforme des rythmes scolaires où le coloriage fait figure d'ouverture culturelle...

Mais c'est une autre paire de manches de rendre les habitants acteurs de leur ville. À l'occasion des municipales 2014, Bondy autrement a voulu renouveler son expérience de 2008 : donner la parole aux habitants pour constituer son programme.

Le pire est sans doute l'habitude des habitants à voir leurs espoirs trahis. La réussite scolaire de tous ? On n'y pense plus. Un emploi intéressant et un niveau de vie correct ? Une utopie inaccessible. Du coup, il faut bien vivre. Profiter des élections pour obtenir un job ou un logement. Accepter les règles du jeu pour ne pas être le dindon de la farce : se vendre ou se louer aux prochains vainqueurs des élections. Le décalage est d'ailleurs grand entre notre démarche et l'attente sociale de ceux pour qui le choix démocratique est limité à un vote de cinq minutes tous les six ans. D'ailleurs, localement, ceux qui viennent sont souvent déjà engagés dans des associations ou partagent avec nous des démarches de solidarité concrète.

Alors élaborer le programme avec les habitants ? Ce travail est indispensable. À titre d'exemple, dans les entretiens préalables à la réunion sur l'écologie urbaine, la question des pollutions de l'air ou sonores a été évoquée, alors que ce fait quotidien est systématiquement ignoré. Pareil pour la sécurité, sujet moins facile parce que son traitement médiatique et démagogique empêche de le penser. Préparer la réflexion implique de travailler les thèmes, la sécurité en relisant les travaux de Mucchielli, l'écologie en discutant avec des personnalités écologiques de la ville.

Pour difficile que soit cette tâche, y a-t-il une autre issue que faire construire l'avenir par les intéressés ? La révolution citoyenne ne doit pas être un slogan électoraliste, au risque d'en dégoûter ceux qui l'ont déjà été du "changement maintenant".

Vincent Duguet, publié dans Cerises.

Article