Ces salauds de jeunes qui, en plus, sont à droite !

5 images personnelles se percutent en ce mois de septembre 2015. Et c'est la jeunesse le point commun. Petit texte écrit sans construction.

Une image. Ce sondage selon lequel les 18-24 ans seraient désormais deux fois plus nombreuses et nombreux à se dire de droite que de gauche (lire l'article de Regards Les jeunes sont-ils de droite ?). Ou un sondage est encore discuté et discuté et que même les plus critiques disent « OK, ce n'est qu'un sondage, mais quand même c'est un peu vrai non ? ».

Deux images. Ce rangement de ma bibliothèque me faisant retrouver « Salauds de jeunes » écrit par Clémentine Autain et Mikaël Garnier-Lavalley (2006). Un témoignage de jeunesse(s).

Trois images. Ces procès à Nîmes (FN contre CGT), où deux manifestations se font face deux semaines de suite en septembre 2015 : « nous avons plus de jeunes que vous » me dit un vieux frontiste. C'était vrai, en tout cas lors de ces deux manifestations. Même si le frontiste en question a « fait la seconde guerre mondiale » (dans quel camp?).

Quatre images. Je continue de ranger ma bibliothèque et je tombe sur « 21avril, les lendemains qui déchantent », une collection de témoignages par Marie Radovic et Loïc Rivalain (2007). Un témoignage de ma jeunesse et un témoignage d'une époque très proche qui explique un peu la notre.

Cinq images. Ces élèves de lycée professionnel, en majorité pas du tout de la « race blanche » de Morano, qui expriment explicitement que « non, monsieur, non, ce n'est pas possible, on ne peut faire venir tous ces migrants ».

 

Alors, quoi ? Ces salauds de jeunes sont passés de gauche à droite ?

On récapitule.

 

Reprenons avec le sondage.

Bon d'abord, bien entendu, j'ai peu de confiance dans tous ces sondages qui « démontrent » ceci ou cela, qui « démontrent » surtout les intentions de celles et de ceux qui les commandent. Et ne parlons pas de ces dictons que l'on dit populaires : « ben, quand on est jeune on est de gauche, on veut tout casser, c'est un peu une crise d'adolescence qui s'attarde et puis on grandit, on a la charge d'une famille, bref on est de droite parce qu'adulte. Et puis, c'est bien connu, les jeunes aujourd'hui ne se mobilisent plus, c'est aujourd'hui le règne de l'individualisme ». Allez, je ne caricature même pas les discours des repas de famille et des émission de télévision. Allez, je ne caricature même pas certains débats que nous avons entre nous.

Alors que fait-on de ce sondage et de ce qui est tout de même un peu un « sentiment » qui nous traverse toutes et tous ? Nous qui essayons d'analyser le monde et donc d'y plonger tête en avant. L'analyse proposée par Regards (en gros la droite est mobilisée et la gauche de gouvernement est totalement à côté de la plaque tandis que la gauche de la gauche ne trouve pas l'ouverture) est juste, mais est-elle suffisante ? Et c'est là que j'en arrive au bouquin trouvé dans ma bibliothèque.

 

Le bouquin d'Autain et Garnier-Lavallay se pose comme le témoignage d'une époque mais aussi comme rappel des espoirs de d'il y a dix ans et donc des pièges tendues à la gauche de la gauche. Ainsi, à l'époque du bouquin, il y avait les « bonnes mobilisations » (celles des lycéen-ne-s et étudiant-e-s contre le CPE) et les mobilisations dont « on » avait du mal à dire qu'elle était bonnes (les « émeutes des banlieues »). Déjà cette coupure. Et déjà si peu pour s'opposer à l'état d'urgence décidé par Sarkozy. Mais tout de même un espoir était là. Qu'en avons-nous fait ? Et j'en arrive au FN.

 

Le FN a indiscutablement trouvé un moyen d'approcher puis d'accrocher toute une population qui lui était jusqu'à présent presque par nature totalement hostile. Il ne s'agit pas seulement de jeunes qui votent FN, il s'agit aussi de jeunes qui militent au FN. Bien entendu il y a des caricatures : il y a la clique qui entourait le maire FN de Beaucaire lors des manifestations à Nîmes, des caricatures de fachos ; il y a aussi de la caricature quand un conseiller municipal FN de Montpellier déclare que pour des « mec comme [lui], c'est le FN ou c'est Daesh ». Ces caricatures nous disent : les fachos peuvent diriger des mairies ou d'autres « institutions » de la République sans que désormais cela ne provoque un tsunami de ripostes, des « beurs » trouvent dans le discours d'exclusion du FN un moyen de répondre à leur propre exclusion. Face à cela, nous sommes la plupart du temps démunis. J'en arrive au bouquin de Radovic et Rivalain.

 

D'abord ce bouquin est le témoignage d'un moment de l'histoire politique française (le 21 avril 2002) à la fois du côté d'une gauche qui ne comprend pas ce qui lui arrive et de l'autre une extrême-droite qui se prend à espérer... Face à cela la réaction de la gauche gouvernementale n'est pas à la hauteur. Cette de la gauche de la gauche est à peine mieux.

Petite misère personnelle, c'est une citation de ma petite personne qui est mis en exergue dans le chapitre « Réagir ».

J'ai écrit : « Malgré tous leurs problèmes d'intégration au quotidien, mes élèves issus de minorités se sont rendus compte qu'ils faisaient partie de la République et qu'il fallait la défendre car tout pouvait disparaître ». On touche là sans doute à un élément important. Et j'en arrive à mes élèves aujourd'hui.

 

Ce que j'ai écrit en 2007, je ne pourrai plus l'écrire en 2015, avec pourtant une population voisine. Je me pense comme militant révolutionnaire, dans le sens où je combat le capitalisme et les affects divers du stalinisme, combat qui passe par une véritable révolution, je suis dans le combat quotidien. En ce sens, la République, en tant que militant, est un appui pour les luttes. Très franchement, la « défense de la République » n'est pas ma tasse de thé. Cela a été d'ailleurs longtemps l'apanage des sociaux-démocrates qui ont plutôt bien fait leur boulot. Mais force est de constater qu'ils ne proposent plus, pour le dire vite, de discours global politique républicain fédérateur. Si on pense que les jeunes sont à la recherche d'un collectif d'espérance politique, on ne peut que constater que la gauche gouvernementale n’apparaît pas aujourd'hui porteuse d'une telle espérance. D'ailleurs, les trahisons de classe de Hollande ne font qu'amplifier cette cassure. Le bouquin d'Autain se termine par cette phrase : « Un peu d'utopie dans ce monde brutal. Pourquoi les nouvelles générations n'auraient-elles pas droit à l'avenir ? ». Est-ce alors à la gauche de la gauche de reprendre la main sur cette utopie républicaine ? C'est en gros ce que propose le PG avec la 6ème République. Dans cette optique, le discours du PG est cohérent et peut sans doute être porteur. Mais il n'est qu'une étape. Nous devons le dire : ce n'est qu'une étape. La véritable utopie est un monde post-capitalisme et post-productivisme. Ce discours semble ne pas être entendu par la jeunesse, comme blasée de discours. Nous devons donc aussi interroger nos modes d'intervention dans le champ politique auprès de la jeunesse.

 

Je m'arrête là, pour l'instant, sur ces mots jetés en réflexions. Je n'ai ni les réponses ni sans doute toutes les questions. Construisons ensemble cette utopie avec la jeunesse en inventant des questions pour nos réponses.

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Auteur: 
mbrabant