CHARLIE - HYPERCACHER : UN PROCES POUR AGIR

Au-delà des condamnations des accusé.es du procès de Charlie-Hebdo et de l’hypercacher, qui vient de se terminer, les débats de ces trois mois ont malheureusement rencontré une actualité dramatique. C’est bien pourquoi ils ne sont pas seulement un procès « pour l’histoire », mais ils doivent être aussi une arme pour agir contre le renouvellement de ces horreurs.

Le terrorisme islamiste frappe toujours

Les attentats récents, que ce soit celui contre les anciens locaux de Charlie ou, bien sûr, l’assassinat de Samuel Paty, portent la marque de la même intolérance, manifestée aussi dans la tuerie de l’église niçoise à l’encontre de chrétiens venus juste prier. Le meurtre d’un enseignant, tué sauvagement à cause de ce qu’il enseignait en classe, est d’une gravité exceptionnelle, s’attaquant au cœur de la laïcité, marqueur fondamental des progressistes depuis la Révolution française. 

En effet, c’est bien cela que les terroristes veulent assassiner : les Lumières et 1789, c’est-à-dire ce moment historique qui a permis la rupture avec la domination religieuse sur la société française. Un moment dont le retentissement international fut considérable et dont on retrouvait d’une certaine manière l’esprit dans les révolutions arabes, malheureusement souvent brisées par la réaction, dont celle des islamistes.

Nous sommes Charlie, nous sommes juifs

On le sait, les événements de janvier 2015 ont suscité des débats au sein de la gauche, qui ne sont pas clos. Charlie fut accusé par certains d’islamophobie. Que le vieux racisme anti-arabe, renforcé par l’hostilité à l’islam, soit très fort dans ce pays, nul ne peut le nier. On peut discuter longuement de l’opportunité d’un certain nombre de dessins de Charlie. Mais le journal brocarde encore plus souvent la religion catholique et combat les racismes, soutient les sans-papiers…Donc les accusations contre lui venues d’une partie de la gauche n’avaient aucun sens. De toute façon, le problème n’est pas là : il réside dans l’affirmation De la possibilité de critiquer les religions quelles qu’elles soient, voire à blasphémer. Il ne peut être question de revenir sur ces droits fondamentaux.

De plus, les terroristes ne se sont pas contentés d’assassiner des dessinateurs, ils s’en sont pris à des Juifs et en ont tué quatre de sang-froid à l'hypercacher, Coulibaly relayant dans l’horreur les frères Kouachi. Là on se trouve devant une autre caractéristique de l’islamisme radical, son antisémitisme. Depuis des années, des actes antisémites se déroulent en France dans une indifférence désastreuse. L’attentat de l’hypercacher a montré, une fois de plus, que certains sont capables d’assassiner des individus parce qu’ils sont nés juifs. Merah l’avait fait en 2012 à l’école juive de Toulouse. L’attentat de l’hypercacher est venu rappeler à la gauche que la lutte contre l’antisémitisme est une cause importante, à laquelle il faut se joindre.

Les attentats islamistes : contre la gauche et les musulman.es

De ces événements de 2015 et de ceux qui  ont suivi, il faut tirer des leçons, pour l’histoire, mais aussi et surtout pour l’action politique quotidienne. Ces actes sont des mauvais coups portés au camp du progrès, à la gauche. Mais ils nuisent également aux musulman.es, désigné.es par l’extrême droite et une partie de la droite comme de potentiels terroristes. Sans parler des migrant.es, sur qui les propagandistes fascisants font porter les soupçons d’être des assassins en puissance.

C’est bien pourquoi, si le terme islamo-gauchisme n’est pas acceptable, ne recouvrant aucune réalité tangible, il faut rompre avec les atermoiements d’une partie de la gauche radicale. Certain.es ont cru bon d’hésiter à dénoncer les courants islamistes, peut-être par peur de stigmatiser l’ensemble des musulman.es. C’est le contraire qui est vrai : ce qui peut aider les musulman.es, les migrant.es, c’est de dénoncer et de combattre l’islamisme sans hésitation.

C’est bien là le combat de la gauche, qui se revendique de la Révolution française et des Lumières, et donc de la laïcité. Tout en étant au premier rang dans la défense des musulman.es discriminé.es et menacé.es par les conséquences des attentats. Tout en agissant pour la mémoire de la colonisation et de l’esclavage. Ce sont aussi les leçons du procès qui vient de s’achever. Des leçons pour l’histoire et pour aujourd’hui.

Robert NOIREL

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