Clémentine Autain : «Ne soyons pas naïfs sur Poutine»

Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, une des composantes du Front de Gauche, s’est désolidarisée (par un message sur Tweeter) vendredi matin des écrits de Jean-Luc Mélenchon sur son blog à propos de l’assassinat de l’opposant Boris Nemtsov en Russie. Sur son blog, Mélenchon avait notamment fustigé ceux qui attribuaient la mort de l'opposant à Poutine «sans le début d'une preuve».

Pourquoi ce tweet ?

Aujourd’hui la parole du Front de gauche est associée à Jean-Luc Mélenchon parce qu’il a été notre candidat lors de la présidentielle. Or, sur ce sujet, des désaccords existent. Moi, je ne sais pas qui a tué Nemtsov. Il n’est pas certain que Vladimir Poutine soit impliqué dans cet assassinat, même s’il s’agissait de l’un de ses principaux opposants et qu’il s’apprêtait à rendre un rapport sur l’implication militaire russe en Ukraine. Mais ces dernières années ont montré qu’il n’est pas simple d’être en désaccord avec Poutine ! Ne soyons pas naïfs à son sujet. Le président russe et son entourage préfèrent la violence à la démocratie. Ils ont noué des liens étroits avec les réseaux d’extrême droite en Europe. Notre famille politique s’attache à combattre la vision des grands médias français qui opposent les «gentils Ukrainiens» aux «méchants Russes» : la situation est autrement plus complexe. Nous voudrions entendre parler davantage des nazis ukrainiens et que les enjeux géopolitiques de nos relations avec la Russie soient mieux pris en compte. Mais de là à offrir une version outrancièrement opposée…

Mélenchon fait-il passer Poutine pour la victime ?

La première victime de cette affaire n’est pas Poutine mais Nemtsov. Etre lucide sur le jeu des Etats-Unis est une chose. Mais de là à laisser penser qu’il s’agirait d’une opération des services secrets américains, il y a un pas que les responsables politiques ne devraient pas franchir car il nourrit l’approche complotiste. A mon sens, une telle défense de Poutine ne respecte ni les aspirations démocratiques des Russes, ni les aspirations nationales complexes des Ukrainiens.

Ce désaccord montre une nouvelle fois que le rassemblement rêvé de la gauche s’annonce difficile…

Assurément, on ne se renforce pas de nos divisions. Et notre cadre collectif est aujourd’hui en panne. Après les élections présidentielles et législatives, nous aurions dû trouver une architecture nouvelle pour le Front de gauche, permettre l’adhésion directe, mettre en place des instances démocratiques de décisions qui auraient pu permettre de sortir d’un cartel entre le Parti de gauche et le Parti communiste français. Il est urgent de reprendre l’ouvrage, en visant plus large, plus neuf.

Est-ce qu’on peut trouver une note d’espoir ?

Syriza et Podemos ont ouvert l’espoir ! En France, face au désastre de la politique gouvernementale et à l’ascension de l’extrême droite, nous avons la responsabilité de refonder une perspective de transformation sociale et écologique. Les Chantiers d’Espoir, dont le prochain rendez-vous est le 11 avril, entendent participer de ce mouvement aussi indispensable qu’urgent.

Propos recueillis par Rachid Laïreche. Publié sur Libération.fr

 

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