Commentaires après le 11 janvier

Quelques commentaires sur la marche à Paris (on ne peut pas vraiment parler de "manifestation") en lien avec celles en région ce week-end.

1) Paris: deux rendez-vous, deux logiques déconnectées
Il y a bien eu une marée humaine et un "sommet" improvisé de dirigeants politiques ennemis. Cela s'est déroulé dans le même espace-temps mais il s'agissait indéniablement de deux phénomènes distincts partiellement contradictoires. 

La masse mobilisée l'était sur une base "minimale" refuser que des gens soient tués en raison de caricatures (soit les auteurs eux-même, soit les victimes "collatérales") ou parce qu'ils sont juifs. Ce qui est sain chacun est d'accord. Rien de moins mais rien de plus ni dans un sens négatif (la polarisation de l'ensemble des rassemblements depuis mercredi n'est pas anti-musulmans la plupart des camarades l'indiquent), ni dans un sens positif (voir plus loin). Cela était la même chose à Paris qu'en régions : la masse rassemblée à Paris était dans la même dynamique que celle de toutes les autres villes de France. Et nous n'étions pas un "corps étranger" dans cela en tant qu'"intervenants politiques"

Elle n'était pas "derrière" un programme Hollande et Valls, encore moins Netanyahu, Bongo, Orban, Davutoglu etc... Marcher "derrière" au sens de soutenir est une relation sociale pas une juxtaposition géographique. Cette relation était largement inexistante. Ainsi, plutôt qu'une manipulation "réussie" des masses, c'est surtout une photo trompeuse comme quand des personnages incongrus se mettent au dernier moment devant une photo de groupe et sont enregistrés par le déclencheur. La description donnée par la presse bourgeoise est évidemment différente mais elle ne doit jamais être notre filtre d'analyse.

En s'avançant, peut être un peu trop, on pourrait même faire l'hypothèse qu'Hollande a peut être raté une occasion d'avoir accès, pour une période même pas très longue, au "peuple" en jouant la carte "géopolitique" il s'est placé plutôt "ailleurs" aux côtés de personnages dont certains sont odieux même pour des individus peu politisés (notamment Netanyahu, Poutine).

2) De masse mais peu consistante
Comme indiqué plus haut la base de cette marche pour la masse mobilisée était "minimale"  mais positive... Mais évidemment aucune "concentration" politique, quelque chose plutôt de gazeux sur laquelle il est impossible de construire en l'état pour qui que ce soit.

Hollande-Valls va indéniablement chercher à utiliser la séquence en prétendant avoir un mandat qu'il n'a pas de la masse mobilisée mais le danger est bel et bien là.

De notre côté, si nous pouvons nous "féliciter" que la masse mobilisée ne l'est pas été sur des bases racistes (et était-ce certain? Nous pouvions craindre le pire...), on ne peut se permettre d'être aveugle face à l'inconsistance de cette réaction que des camarades ont déjà souligné: des applaudissements envers la police (et en plus des CRS), même si on voit les raisons , et lié à cela la dimension "deux poids, deux mesures" de réactions face aux violences policières.

3) Une séquence s'ouvre

Ce week-end ne constitue pas "un socle" social sur lequel il est possible de "construire" dans un sens où dans l'autre mais peut marquer le début d'une nouvelle séquence ... A laquelle il nous semble qu'on est mieux placé en ayant été politiquement présent ce week-end y compris à Paris, une construction éventuelle se fera sur une base plus concentrée se disjoignant de cette masse gazeuse.

Le "choix" de son périmètre d'apparition par Hollande-Valls ne peut pas être réduit à une volonté de faire rassembleur international. Cela a permis au passage à certains de sortir d'un isolement international fort (Poutine, Erdogan), relatif (Orban), de "donner le change" d'une politique meurtrière (Netanyahu), de poursuivre la Françafrique (avec sa version la plus caricaturale Bongo), ou de se compromettre encore plus envers son peuple (M.Abbas dont il faut bien comprendre l'aspect délégitimant au possible d'apparaître aux côtés du boucher Netanyahu pour les palestiniens)...
C'est la marque de la projection internationale d'une orientation résolument ennemie de tout intérêt "progressiste" pour résumer et qui va se poursuivre également sur le plan intérieur.

Et si cela n'était pas le cas lors des rassemblements, nous devons prendre toute la mesure de la multiplication des agressions contre les musulmans, aspect visible d'un terreau désormais bien établi et résultant d'une politique de racisme institutionnel. Cet instrument de division du prolétariat va jouer un rôle encore plus fort et pas d'illusion, même si elle a du faire profil bas ce week-end, Le Pen s'est encore renforcée cette semaine.

La question qui se pose là relève donc de quelle réponse donner. Pour les raisons invoquées plus haut, ne nous semble pas que la question de participer ou non au rassemblement de dimanche ait été l'équivalent de renforcer une "union nationale" de guerre et d'attaque de la bourgeoisie. En revanche, cette question va se poser rapidement et avec acuité et plutôt que de se focaliser sur le 11 janvier à Paris, il s'agit de construire la réponse à cela en tant qu'Ensemble et sa contribution dans un cadre plus large (FdG évidemment et au-delà).

Ces initiatives doivent articuler les terrains sociaux (avec, l'échéance cout terme du projet Macros), démocratiques, écologiques (avec en particulier les projets inutiles et COP21)... et antiraciste. La déshérence de générale actuelle du champ de lutte antiraciste mérite un développement particulier: contre tous les actes racistes sans omettre la spécificité d'un racisme institutionnel. Sur ce dernier point, des divergences existent non seulement entre nous mais au sein de la gauche sociale et politique. Mais l'ampleur du racisme fait que nous n'avons pas d'autre choix que de trouver des pistes en partant d'axe de travail concret et fédérateur, l'ampleur du racisme fait aussi que cela est possible...

Emre (Paris 19)

Olivier Mollaz (Paris 18, EAN)

 

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Auteur: 
Emre Öngün