Condamnation d'un policier criminel

Damien Saboundjian, le policier qui avait abattu Amine Bentounsi d'une balle dans le dos se demandait ce qu'il venait faire devant une Cour d'assises, et pourquoi il était jugé. Il a reçu un élément de réponse : il était jugé pour le meurtre qu'il avait commis. Il est à peu près normal qu'un meurtrier ait à répondre de son crime.

Bravo à Amal Bentounsi qui a porté pendant des années, avec le collectif Urgence Notre Police Assassine et avec les militant-e-s contre les violences policières, le combat pour que justice et vérité soient faite pour son frère. Bravo et merci d'avoir mené ce combat avec une dignité et une constance qui auront forcé l'admiration de celles et ceux qui l'ont approchée.

Damien Saboundjian a été reconnu coupable du crime qu'il avait commis. Il est un criminel, reconnu comme tel par "la Justice de son pays" comme il l'est de l'opinion publique. Cette reconnaissance de culpabilité, par sa rareté même, doit être considérée comme une victoire.

Je ne ferai pas une affaire du fait que la peine de cinq années d'emprisonnement prononcée contre lui ait été assortie du sursis. A vrai dire, je ne suis pas favorable à la prison, et ce qui est choquant n'est pas tant ce sursis que le fait que des peines d'emprisonnement ferme sont quotidiennement prononcées dans des affaires autrement moins graves qu'un meurtre. Damien Saboundjian a bénéficié d'un privilège, alors que sa qualité de policier, commettant son crime avec son arme de service, aurait sans doute dû conduire à une sévérité renforcée. Je ne sais pas si l'avocat général qui a requis la peine ainsi prononcée a pour habitude de demander du sursis lorsqu'il requiert dans des affaires de simples délits, coups et blessures, dégradation de biens publics ou autres, voire de rébellion. Il sera toujours possible, lorsque de la prison ferme sera ainsi requise, d'évoquer la jurisprudence Saboundjian. On pourra désormais rappeler aux juges comment un homme qui en a abattu un autre, qui a fait ensuite preuve de la plus inhumaine désinvolture à l'égard de sa victime et de mépris à l'égard de ses juges, qui a menti sur les faits qui lui étaient reprochés, qui a obtenu de ses collègues de faux témoignages dans le but d'abuser la justice, et qui jusqu'au dernier moment a considéré qu'il n'était coupable de rien, comme s'il bénéficiait d'un permis de tuer, comment, donc, cet homme est ressorti libre de son procès.

La peine accessoire d'interdiction de port d'arme, pour la durée maximale prévue par la loi, a également été prononcée à son encontre. Il appartient à son administration de décider en outre si un criminel avéré, menteur avéré, doit ou non conserver sa place dans la police : la balle, si l'on ose dire, est dans son camp.

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Auteur: 
Laurent Lévy