Conférence débat : état des lieux du féminisme en France

Dans le cadre du festival culturel libres regards à Audincourt, j’ai eu la chance d’assister à une conférence sur le féminisme en France. Justine Zeller, doctorante en histoire contemporaine à l’université Jean Jaurès de Toulouse était invitée par l’Atelier d’Audincourt à nous faire découvrir le travail universitaire qu’elle est en train de réaliser sur l’histoire du féminisme en France.

Avant d’essayer de faire l’histoire du féminisme la première question à se poser est de savoir s’il y a un ou des féminismes.

Le féminisme repose sur la conviction que les femmes subissent une injustice spécifique.

Même si une écrivaine française du XV° siècle a parlé de féminisme c’est le XIX ° siècle qui voit l’essor du mouvement féministe en Occident.

Les historiens s’accordent pour dire que le féminisme avance par vagues :

- Pendant la deuxième moitié du XIX° la première vague du féminisme obtient l’égalité juridique, civique et politique entre les sexes. Il est qualifié de mouvement réformiste.

- La deuxième vague dans les années 1960 -1970 les questions privées deviennent politiques : la contraception, la sexualité, le mariage, le patriarcat sont au cœur des débats. C’est alors un mouvement radical.

- La troisième vague commence en 1995 et s’intéresse à la mixité, à la mix-cité, au transgenre, au queer.

LA NAISSANCE :

Le M.L.F. est né dans le sillage de 1968 suite à la déception des militantes pour qui le mouvement de 1968 n’a rien changé. Pour ces femmes l’émancipation des femmes ne peut se réaliser que dans des groupes de femmes, elles rejettent donc la mixité.

C’est le dépôt d’une gerbe à la femme du soldat inconnu le 27 août 1970 qui consacre la naissance du M.L.F. dans l’opinion publique grâce à la médiatisation de cette manifestation.

Trois courants peuvent être identifiés :

- Autour d’Antoinette FOUQUE ce sont les féministes qui se réclament de la psychanalyse et de la politique

- Le féminisme révolutionnaire, matérialiste qui refuse le travail domestique gratuit. Mouvement non mixte autour de Christine Delphy et C Guillomin. Pour elles les rapports sexuels sont une collaboration. Elles font du lesbianisme une stratégie.

- Le féminisme comme élément de la lutte des classes. Il s’agit de combiner l’anticapitalisme, le féminisme et la lutte des classes. On y retrouve les militantes de l’Alliance Marxiste Révolutionnaire, les Pétroleuses de la LCR, les femmes travailleuses en lutte de l'organisation Révolution.

Il y a donc des féministes universalistes : hommes et femmes sont égaux, et d’autres différentialistes qui reconnaissent une spécificité féminine à côté d’une spécificité masculine : c’est la question : les femmes sont-elles une classe sociale ou un groupe social ?

Les revendications du féminisme sont alors la non mixité, l’autonomie par rapport aux partis politiques, le refus de la hiérarchie masculine, la remise en cause du patriarcat.

VERS L’INSTITUTIONNALISATION :

Elle se fera à travers deux pôles : le pôle académique et le pôle étatique.

1) le pôle académique s’appuie sur le savoir, l’organisation de colloques, de recherche de femmes sur les femmes, sur le genre depuis les années 2000 ; Pour exemple le groupe GRIEF de la faculté Jean Jaurès de Toulouse, les revues comme Pénélope ou Questions féministes.

2) Le pôle étatique commence avec le secrétariat d’état à la condition des femmes confiée à Françoise Giroud en Juillet 1974. En 1981 le premier ministère des droits des femmes est confié à Yvette Roudy. La crise met les droits des femmes au second plan et en 1986 ce n’est plus qu’une délégation interministérielle à la condition féminine. C’est en 2002 seulement qu’il y a retour à un ministère d’abord délégué puis de plein portefeuille en 2004 ; En 2007 sous la présidence Sarkozy le ministère disparaît à nouveau. De 2012 à 2014 Najat Vallaud-Belkacem est ministre de plein exercice pour redevenir un secrétariat d’état en 2014 et être en 2016, amalgamé au ministère de la famille et des enfants !

Des avancées importantes pour les femmes ont été traduites dans les lois : l’IVG, la pénalisation du viol notamment. 

En 1979 un groupe de militantes dépose le sigle M.L.F. ce qui causera une fracture au sein des militantes et alimentera un conflit dans le microcosme féministe.

Les années 1980 sont une traversée du désert : certaines militantes créent des associations loi 1901 croyant trouver ainsi une source de financement, beaucoup de groupes voire de groupuscules. A noter la création de mouvements contre les violences faites aux femmes au travail, contre le viol qui aboutissent à la création de Solidarités Femmes.

En 1990 c’est la revendication pour la parité en politique qui apparaît : liberté, égalité, parité remplace la devise française. La loi pour la parité ne sera promulguée que le 6 juin 2000 ;

Dans le même temps les associations anti IVG connaissent un regain, la création de la CADAC mobilise et obtient la qualification de délit pour toute entrave à l’IVG en 1993 ;

C’est aussi à ce moment qu’apparaissent les premiers mouvements masculinistes qui considèrent que les hommes sont victimes des conquêtes féministes.

Le retour de la droite au gouvernement en 1995 et les menaces qui planent, alors, sur l’IVG redynamisent le mouvement féministe. Le 25 novembre 1995 la CADAC organise une manifestation pour les droits des femmes, la contraception et l’IVG qui réunit plus de 40 000 personnes. On y voit pour la première fois les filles de la génération précédente des féministes du M.L.F. : les filles du M.L.F. qui sont une génération beaucoup plus proche des groupes politiques que leurs mères.

Le collectif national pour le droit des femmes est quant à lui plutôt animé par les anciennes militantes de la tendance lutte des classes.

Depuis beaucoup de groupes et d’associations sont nés : les effrontées, les femen, les LGBT, osez le féminisme, les tumultueuses, la barbe, 8 mars pour toutes, groupe d’autodéfense féministe…. Auxquelles il faut ajouter l’intense activité féministe sur les réseaux sociaux.

Aujourd'hui la plupart des groupes sont mixtes, c’est une nouvelle étape du féminisme même si les hommes s’y impliquent peu.

Chez les jeunes c’est le mythe de "l’égalité déjà là" qui les empêche de réaliser que l’inégalité dans le partage des tâches, le droit à la contraception gratuite pour toutes, l’inégalité au travail, le harcèlement, le sexisme sont encore bien vivaces.

C’est le cadre académique qui influence la nouvelle génération de féministes : Judith Butler écrivaine américaine en est la nouvelle « papesse » ; elle a beaucoup écrit sur la théorie du queer.

Il existe un mouvement critique porté par les femmes de couleurs qui critiquent le féminisme majoritaire blanc de la classe moyenne c’est l’intersectionnalité.

Les débats sur le voile apparus en 1989 avec la première exclusion d’élève, ravivés à chaque parution de lois (1994 – 2002 – 2004) ont amené des débats houleux, des conflits qui ont réanimé le féminisme radical criant à la trahison.

Aujourd’hui les débats du féminisme sont la sexualité, la prostitution : les abolitionnistes (le nid, les femen, osez le féminisme) opposés aux groupes pro-sexe, au STRAS qui revendiquent une reconnaissance légale encadrée par une législation et affirme que la prostitution est un moyen d ‘émancipation.

Avec l’apparition des problématiques du queer, de la GPA, c’est une nouvelle cartographie du féminisme qui va se dessiner.

 

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Auteur: 
Roberte