Congrès CGT santé - action sociale : un congrès pas comme les autres !

Le congrès  de Reims 2015 de la fédération CGT santé action sociale, la deuxième de la confédération en nombre d’adhérents, marquera une date dans cette fédération, vu la vigueur des débats sur le bilan et l’orientation et surtout, vu l’issue de ce congrès qui voit émerger une direction profondément renouvelée, de la commission exécutive au bureau fédéral et qui voit l’ancienne secrétaire fédérale, Nathalie Gamiochippi, non élue à la commission exécutive suite aux votes des délégué-es.

Il faut d’abord mettre ce congrès qui a regroupé quelques 400 délégué-es, dont beaucoup participaient à leur premier congrès, dans le contexte de crise économique et sociale dans le secteur : des restructurations massives et des fermetures de nombreux services, des attaques sans précédent contre le service public hospitalier et le droit à la santé, la privatisation rampante, et pour les personnels l’austérité budgétaire et salariale, une dégradation massive  des conditions de travail une précarisation toujours en progression, la remise en cause des conventions collectives, etc...

Cette politique de santé impulsée nationalement depuis une vingtaine d’année, la dernière en date étant la loi Bachelot, a provoqué de nombreuses mobilisations et des résistances des personnels et des usagers. Elles sont malheureusement restées trop souvent localisées dans une ville ou une région et n’ont pas réussi encore à trouver les voies d’un mouvement d’ensemble malgré les tentatives de coordination unitaire, comme en témoigne l’émergence de la ‘’Convergence contre l’hostérité’’ il y a 1 an et l’activité de collectifs comme la Coordination de défense des hôpitaux et maternités de proximité.

Face à cela, l’orientation suivie par la fédération, très peu unitaire, refusant les cadres de travail unitaire comme le collectif ‘’Notre santé en danger’’, son inertie et son refus de coordonner les luttes étaient déjà mal vécues par de nombreuses équipes et syndicats départementaux.

Ce mécontentement militant est entré en résonnance avec les  remous internes  à la CGT depuis l’échec de la candidature de Nadine Prigent, l’ancienne secrétaire générale de la fédération santé, à la direction de la confédération, jusqu’aux effets de l’’affaire’’ Lepaon en début d’année.

Le vote de la déléguée de la fédération santé au CCN de janvier dernier en faveur de la proposition Lepaon/ Martinez alors que le mandat, clair, était de voter contre, a provoqué, à 2 mois du congrès, une vive réaction démocratique.

Ce sont d’abord 24 élu-es sortant-es qui ont protesté dans un texte commun à la Commission exécutive. Leur déclaration en tribune à l’entrée du congrès donnera le ton : critique de l’orientation suivie, du fonctionnement, pour une fédération ancrée dans les luttes contre un gouvernement et un patronat décomplexés.

De nombreuses interventions se succéderont et le résultat au niveau des votes est sans appel : près de 60% des délégué-es pour rejeter le bilan d’activité et le bilan financier.

Une série d’amendements significatifs seront intégrés et modifient un projet initial de résolution ressenti par beaucoup comme mou et sans contenu réel. Au final, le texte amendé sera adopté par 85 % des délégué-es.

La question de l’élection de la direction a concentré beaucoup de moments forts du congrès, depuis la mise en place de la commission des candidatures en début de congrès, jusqu’à la présentation des candidat-es à la commission exécutive et aux votes.

La tribune sera même envahie pour exiger la parole et protester contre les méthodes utilisées (tentatives de proposer une liste bloquée, micros coupés, intervention d’un service d’ordre venu d’une autre fédération).

Une fois la nouvelle commission exécutive élue, c’est le bureau fédéral qui, pour la première fois, a vu deux candidatures émerger et finalement voir élue Mireille Stivala.

Il reste à voir dans les semaines et mois à venir la mise en musique des orientations adoptées. Que ce soit en interne en terme de débat démocratique ou vers l’extérieur pour organiser la lutte contre la politique gouvernementale de Marisol Touraine, dont par exemple le dernier plan d’économies financières présenté aboutit à l’équivalent de 22000 suppressions d’emplois et dont la loi en débat au Parlement renforce les effets de la loi Bachelot, ouvre la voie au renforcement de la place du secteur privé lucratif et des complémentaires santé assurantielles .

Dans ce cadre, la question des relations unitaires avec les autres fédérations du secteur et sur le terrain sera décisive vu l’impérieuse nécessité de l’unité et des convergences à construire .

L’appel unitaire FO CGT SUD pour le 9 avril est de ce point de vue positif.

Roland Foret

 

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