Congrès de l'UMP. Coup de sifflet pour début de partie

Nicolas Sarkozy est un habile planificateur : un temps pour chaque chose, chaque chose en son temps.

1) Temps long : le « retour en politique », avec soigneuse mise en scène et efficace plan com', pour mettre en condition ceux qui auraient pu croire à son « retrait de la politique ».

2) Temps moyen : conquête du parti et mise en ordre de celui-ci. Le tout neuf Président de l'UMP endossant le rôle du rassembleur, quitte à accepter la contrainte de la primaire en 2016 (pour calmer Juppé, Fillon, Le Maire...), et à regrouper une direction inclusive (quitte à garder l'agitée NKM).

3) Opération éclair : l'opération changement de nom : morte l'UMP, vive Les Républicains !

Bilan : même si le public militant rassemblé pour le congrès proprement dit s'est avéré quelque peu maigrelet, tout est apparu impleccablement réglé... Jusqu'à ces sifflets, à l'égard de Fillon, et surtout de Juppé !

Certes, il n’est pas incompréhensible que des militants, lors de ce qui s’appelle un congrès, veuillent se faire entendre. Mais cette poussée de sectarisme, côté image, franchement catastrophique !

D'aucuns n'hésitent pas à considérer que, par rapport à Juppé, Sarkozy est artiste en ce genre de mauvais coups. C'est le penser moins malin que méchant. Ce qui est douteux. Car ces sifflets sont peut-être un service rendu à Juppé. Lequel, bien évidemment, n’est pas du genre à apprécier, mais qui sait que, pour une primaire ouverte, ils le désignent comme candidat d'une droite allant au-delà des frontières républicano-sarkozystes...

Le voici confirmé à la tête de sa « petite entreprise » (comme il aime ironiser), dont il restera à prouver la « performance » face à la machine des Républicains.

En attendant, perturbant la planification prévue par Sarkozy, les sifflets ont ouvert la primaire. C'est-à-dire la bataille de l'opinion.

Selon la formule de François Bazin dans Le Figaro, une primaire c'est « une présidentielle en miniature ». Elle doit mobiliser des millions de sympathisants-électeurs, pour compenser la perte de légitimité des partis (ceux qui briguent la conquête du pouvoir présidentiel). Mais pour ce faire il faut une organisation, un appareil, des moyens financiers, et même des militant-es... Ceux de ce même parti !

Le congrès de lancement des Républicains a exacerbé la contradiction. Dans le cadre d'une primaire, le parti (LR), qui déteste Juppé, votera massivement Sarkozy. Mais aujourd'hui le scénario gagnant pour 2017, c'est incontestablement Juppé. D'où la question : quel sera le corps électoral de la primaire ? Les LR-ex-UMP ? Un peu plus ? Beaucoup beaucoup plus ?

Bien sûr, il y aurait une solution pour éviter d'être étranglé par cette contradiction. Ce serait considérer que toutes ces supputations se font en fonction  des données du jour, que la présidentielle ce n'est qu'en 2017, donc que d'ici là on pourrait discuter de la politique à proposer. De celle-ci, tout le monde à droite, même parmi les Républicains, comprend qu’elle ne saurait se borner à taper sur la gauche, le PS et Hollande, qu'elle doit dire comment combattre sérieusement le FN (la question qui oppose véritablement Juppé et Sarkozy !), expliquer quelles réponses  à apporter aux problèmes sociaux, démocratiques, écologiques, internationaux...

Bref, de faire entendre autre chose que le fracas des batailles d’ego, des frénésies carriéristes et des rivalités politiciennes.

Mais ça c'est vraiment difficile. Peut-être impossible.

Francis Sitel

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