Congrès de l'UMP. Mise en ordre et ordre de marche...

Nicolas Sarkozy et Jean-Christophe Cambadélis n'ont pas grand chose de commun. Et pourtant les deux se voient mis en symétrie, portant une même charge : mettre leur parti en ordre de marche. En vue de la présidentielle de 2017. Donc une rhétorique modernisatrice  : 500 000 militants en 2017, annoncent-ils tous deux, et frénésie de réseaux sociaux ! Malgré tout les contraintes partidaires sont là, dont la nécessité d'assumer un congrès. De ce point de vue, pour Cambadélis l'épreuve est passée et réussie : le parti est en ordre, et le 30 mai, Jean-Christophe Cambadélis pourra être élu, enfin officiellement, Premier secrétaire. Ce même 30 mai, ce sera le congrès de l'UMP. Nulle surprise à en attendre. Nicolas Sarkozy, étant déjà président du parti, a su travailler efficacement à la mise en ordre : écoper le bateau des malversations financières, redresser la trésorerie à coups d'économies de fonctionnement, contenir les tracasseries judiciaires le touchant personnellement, cultiver sa nouvelle image de rassembleur...

Reste un problème : le changement de nom. En finir avec l'acronyme "UMP" et faire adopter "les Républicains". Prendre en otage la référence républicaine, enlever son hochet "UMPS" à Marine Le Pen, et taquiner les "socialistes" qui n'osent pas se muer en "démocrates", c'est assez malin, mais osé. Peut-être trop ! Du coup, comme expliqué dans Le Figaro, pour Sarkozy, « l’adhésion au changement de nom sera le baromètre du crédit qui lui est accordé pour conduire la droite à la prochaine bataille présidentielle ».

Voici la grande différence entre Sarkozy et Cambadélis. Celui-ci ignore l'angoisse d'une éventuelle primaire (président sortant, François Hollande s'impose au PS  comme son candidat normal). Pour celui-là, tout président qu'il fut, la perspective d'une primaire est autrement plus délicate à maîtriser qu'un congrès.

Accepter cette procédure, c'est en effet céder aux dynamiques qui corrodent les partis et le peu de mécanismes démocratiques qui leur restent. En ce qu'elle leur inflige les règles de l'élection présidentielle au suffrage universel, qui rendent déterminants la personnalisation à outrance, le déterminisme des sondages d'opinion et les calculs de probabilités qui impose un implacable rétroplanning. En fonction d'un 2ème tour présenté comme devant opposer Marine Le Pen à un challenger qui, PS ou ex-UMP, sera assuré de gagner, la question décisive est de savoir qui de l'un ou l'autre passera en tête, se qualifiant pour le deuxième tour. Donc, entre Sarkozy et Juppé (Fillon paraissant en difficulté, Bruno Le Maire et d'autres préparant la course suivante), sur lequel miser pour réussir cet exploit ?

Les atouts de Sarkozy ne sont pas minces. Il a la main sur le parti, il est en phase avec le "droitisme" de la majorité des militants, qu'il cultive avec soin ne ratant pas une occasion d’être entendu des électeurs du Front national. Mais Juppé, lui, est apte à cristalliser un électorat centriste dont la sensibilité est de résistance à ces mêmes thèmes droitistes.

Alors que le premier tour devient le tour décisif de la présidentielle, pour la primaire, on joue l'anticipation... D'où l'inconnue du corps électoral : qui y participera ? En fonction de quelle motivation ? Combien de centristes face aux sarkozystes ? L'électorat de la primaire peut s'avérer sensiblement différent de celui qui à la présidentielle sera disponible pour le candidat de droite... Casse tête !

Ainsi se désagrègent sûrement les mythes fondateurs de la Vème République : la rencontre entre un homme (forcément un homme) providentiel (nécessairement providentiel) et le peuple. Tout cela au-dessus des partis !

Même noyés dans les eaux glacées des sondages d'opinion, PS et UMP restent des appareils indispensables aux ambitions présidentialistes, les siennes pour Sarkozy, celles de François Hollande pour Cambadélis. Si l'on est en droit de reprocher à ce dernier de diriger un Parti socialiste qui n'a plus rien de socialiste, on l'est aussi de remarquer que Sarkozy préside un parti qui se veut de tradition gaulliste mais n'a plus rien de gaullien. Ni grand chose de républicain !

Francis Sitel

 

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