Conseiller consulaire, conseiller des Français de l’étranger malgré tout…

Conseiller consulaire, conseiller des Français de l’étranger malgré tout…

 

Les conseillers consulaires bientôt appelés conseillers des Français de l’étranger font partie du millefeuille de la représentation des Français de l’étranger. Les 2,5-3 millions de Français qui vivent à l’étranger disposent en effet de conseillers consulaires, de conseillers de l’assemblée des Français de l’étranger (élus par les précédents), de députés, de sénateurs (élus par tous ceux qui précèdent) et, parfois, de sous-ministres, pour faire entendre leurs problèmes. Gisement potentiel de voix et d’élus, même si l’abstention peut atteindre 90% lors des scrutins, il est préférable de ne pas les mécontenter. On ne sait jamais.

Les conseillers consulaires ont été institués sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. En théorie, leur rôle était de faire entendre la voix des communautés françaises dans leur diversité. Ils ont été comparés à des élus municipaux ou des conseillers régionaux lors des débats. En réalité, la réforme de 2014 remplissait une double fonction. D’une part, elle rejette sur des élus la responsabilité d’une pénurie sans cesse aggravée au Quai d’Orsay. Moins de crédits de budget sociaux et par conséquent une prise en charge moins efficace des Français dans les consulats. D’autre part, la multiplication des élus permettait d’élargir le corps des grands électeurs pour les sénateurs des Français de l’étranger dont la légitimité posait question. La réforme n’a donc pas soulevé l’enthousiasme des foules mais par contre elle eut immédiatement l’adhésion de Rastignac établis hors de France qui rêvaient de cocarde et de cartes de visite tricolores.

Six ans plus tard, à l’orée de nouvelles élections qui ont été reportées d’un an en mai 2021, un premier bilan est possible. Tout d’abord, comme il était prévisible, les conseillers consulaires sont saisis sur les questions sociales. Mais comme ils n’ont pas de budget, leur pouvoir se résume à leur capacité d’influence. Pour le dire en termes moins châtiés, les élus sont surtout sollicités quand leurs concitoyens sont en situation difficile et que le consulat s’avère incapable de trouver des solutions faute de moyens. Les élus sollicitent alors leurs réseaux associatifs (quand ils existent) ou institutionnels par le truchement de l’assemblée des Français de l’étranger ou des parlementaires du même nom. Ces pratiques existaient déjà, elles se sont renforcées. Inévitablement, on voit un décentrage des missions de services publiques sur des individus voire des entreprises. Entre réseaux de clientèles et charité, la panoplie est vaste. Une certaine idée de la république n’y a pas gagné, par contre certains élus qui se sont notabilisés certainement.

De droit, les conseillers consulaires siègent dans les commissions sociales et dans les commissions de sécurité des consulats. Dans un cas comme dans l’autre, leur pouvoir est symbolique. Les premières entérinent un état de fait et, le plus souvent, les fonctionnaires ont déjà fait ce qui était en leur pouvoir pour trouver une solution. Dans les secondes, les conseillers peuvent au mieux émettre des avis face aux représentants de la Défense et du Quai qui ont pour la plupart une expérience de la gestion de crise.

L’éducation est probablement le domaine dans lequel les conseillers peuvent avoir un mot à dire. Encore faut-il maîtriser les arcanes de l’Education Nationale en général et de l’Agence pour l’Enseignement du Français à l’Etranger (AEFE), en particulier pour être en mesure d’apporter une contribution lors des commissions des bourses et des conseils d’établissement. Lors des commissions des bourses, les dossiers, quand ils sont bien préparés par les consulats – et ils le sont – butent rarement sur des questions de fond. Comme en France, les interminables conseils d’établissement ont raison de la vigilance des élus si ceux-ci n’ont pas une expérience préalable du syndicalisme enseignant…

Le bilan est bien maigre mais il n’est pas négatif. En six années de fonction, j’ai quand même pu me rendre utile. Si les attributions des conseillers sont presque nulles, il n’en reste pas moins que la fonction, par l’onction du suffrage universel, permet d’imposer un dialogue (certainement cette mascarade que l’on appelle dorénavant le « dialogue social ») quand les portes se ferment et que des demandes hors-normes se heurtent à une fin de non-recevoir. C’est en effet dans ce rôle de défense d’une certaine éthique – républicaine et, disons-le, de gauche – que mon action a pu parfois porter ses fruits. Il n’est certes pas nécessaire d’être élu pour clamer certaines vérités. Encore faut-il être entendu. Un exemple récent. Certains chefs d’établissement, homologués par l’AEFE ou la Mission Laïque, se sont comportés malproprement pendant la crise, par exemple en licenciant leurs personnels les plus fragiles. Si le droit local les y autorisent, il est quand même de bon ton de leur rappeler que ce comportement ne serait pas toléré en France. Le fait qu’un élu le dise, rapporte l’information à qui de droit (il est essentiel de bien connaître les structures hiérarchiques et les différents moyens de pression comme tous les bons syndicalistes le savent), donne une visibilité à des pratiques que l’on souhaiterait cacher, tout cela fait au bout du compte une (petite) différence. Vu sous cet angle, le pouvoir d’un conseiller consulaire pourrait être un rôle moral. Mais quand il s’agit de simples employés, de parents ne parlant bien le français, il n’y a donc aucun mal à ça. Bien au contraire.
C’est aussi pour lutter contre une certaine idéologie, sociale-nativiste dirait Thomas Picketty, et promouvoir l’union de la gauche d’EELV à FI, que nous avons créé avec Vincent Buard la Confédération Internationale Solidaire et Ecologiste (CISE). Les communautés françaises à l’étranger demandent à être pensées dans une perspective transnationale, en relation avec les pays d’accueil. On laisse le côté franchouillard à la droite…

William Guéraiche, conseiller consulaire Emirats Arabe Unis-Oman.

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