Construire Ensemble ! - Une contribution collective aux débats

Nous sommes engagé-e-s depuis son origine (entre autres à travers l'ACU) dans la construction d'Ensemble, et la création de notre mouvement nous apparaît comme un moment essentiel de la refondation d'une gauche d'alternative. Nous pensons que cette expérience doit se poursuivre et s'approfondir. Elle est un élément qui nous semble essentiel de la lutte pour un rassemblement majoritaire pour un changement émancipateur de la société.

C'est pourquoi nous ne voudrions pas voir cette expérience s'étioler au nom d'une conception que nous pensons obsolète de la politique telle qu'elle a été portée par les formes d'organisation de la gauche du XXe siècle.

Or, il existe dans les débats internes de notre mouvement une « petite musique » qui nous inquiète. Par un compréhensible souci d'efficacité, de nombreux camarades militent pour l'adoption de mesures organisationnelles qui nous semblent, au delà des remarques de bon sens sur lesquelles elles reposent, tourner le dos à l'évolution irrépressible et encourageante des modes d'engagement et de militantisme qui caractérisent les mouvements de lutte les plus dynamiques et les plus porteurs d'avenir.

Loin de nous l'idée qu'il n'est pas nécessaire de nous organiser, et d'améliorer en permanence notre organisation. L'utilité de mettre en place là où elles n'existent pas des coordinations locales, départementales ou régionales permettant aux collectifs de mieux travailler ensemble, ou d'améliorer les relations entre l'animation nationale du mouvement et ses différents niveaux d'animation locale n'est ainsi pas en question. Mais nous considérons que penser les modes d'organisation passe par une réflexion sur ce que l'on attend d'une organisation politique de l'émancipation aujourd'hui : qu'elle permette une implication militante du plus grand nombre. Cela suppose que soit reconnue comme appartenant à l'organisation, à égale dignité avec les autres, toute personne qui contribue à son existence et à son activité – quelle que soit l'intensité ou la temporalité de cette contribution. Certain-e-s peuvent être « un peu », « parfois », « plus ou moins », « à certains égards » membre d'un collectif militant. Cela ne doit pas réduire l'intérêt que nous apportons à leur contribution à l'élaboration de nos réflexions et de nos décisions, ni la possibilité réelle qu'ils ou elles doivent avoir d'y participer.

C'est pourquoi nous sommes préoccupé-e-s de la volonté, souvent affirmée, et c'est là la « petite musique » que nous évoquions, d'établir des mesures tendant à définir des critères d'appartenance plus précis que celui-là, et à distinguer parmi les militant-e-s apportant leur contribution à la vie du mouvement celles et ceux qui, par l'accomplissement de telle ou telle formalité, seraient vraiment dignes que leur contribution à nos réflexions et à nos choix soit reconnue, et lesquel-le-s ne le seraient pas. Ce débat n'a rien de « stratosphérique ».

La volonté de définir a priori un autre « collège électoral » que l'ensemble de celles et ceux qui participent aux réunions dans lesquelles les décisions sont prises traduit une conception de l'organisation conçue comme un ensemble séparé de ses « sympathisant-e-s » par une frontière bien définie. Nous devons au contraire faciliter, favoriser, rechercher la participation à la vie de notre mouvement du plus grand nombre de celles et ceux qui partagent notre volonté politique de rassemblement le plus large pour une alternative émancipatrice. Dresser une frontière, fût-elle symbolique, autour du mouvement, c'est renoncer à organiser des milliers de militant-e-s qui refusent toute forme d'embrigadement et voudraient faire entendre leur voix (c'est à dire nous faire bénéficier de tout ce qu'ils et elles peuvent apporter à notre mouvement) sans avoir l'impression qu'il leur faut pour ce faire « sauter le pas ».

Les conditions de préparation de notre AG des 11 et 12 juin prochains, montrent, quelles que soient leurs faiblesses, qu'il est possible d'organiser une consultation du mouvement dans ces conditions, sans frontières préalablement dressées à la participation du plus grand nombre.

Le projet de constituer un nouveau « parti » dont la seule différence avec les organisations traditionnelles du XXe siècle serait d'avoir une meilleure orientation politique que les autres n'est pas celui pour lequel nous avons travaillé à la création d'Ensemble. Nous voulons construire avec toutes celles et tous ceux qui poursuivent les objectifs de notre mouvement l'organisation de collectifs militants ouverts susceptibles de constituer une force d'un type nouveau, en phase avec les formes contemporaines de l'engagement politique.

Signatures :

Gilles Alfonsi, Louis Aminot, Nanie Bellan, Bruno Bessière, Catherine Bottin-Destom, Laurent Eyraud-Chaume, Jean-Claude Faure, Michèle Kiintz, Sylvie Larue, Laurent Lévy, Pierre Nouzarède, André Pacco, Daniel Rome, Nadine Stoll, José Tovar, Pierre Zarka.

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Auteur: 
Laurent Lévy