Contre le Hollande Bashing, la pétition qui fait rire....

La communication politique se passant aussi bien de convictions de que de sens, la pétition contre l’odieuse campagne de dénigrement de François Hollande ne surprendra pas. Mais elle fera rire.

C’est un morceau d’anthologie qu’il faut lire, à défaut de signer : dans la période, les occasions de s’amuser en politique ne sont pas légion. Sur le site change.org, on peut ainsi trouver une pétition ornée d’un chapeau tout en modestie : « STOP AU HOLLANDE-BASHING un appel des artistes, penseurs, chercheurs, entrepreneurs et citoyens indépendants ».

Vous avez bien lu : non pas un appel d’artistes, de penseurs ou de citoyens indépendants mais des artistes, des penseurs, des citoyens – bref, normalement à peu près tout le monde. Logiquement, cela devrait cartonner : si les muses et l’intelligence se mélangent au vulgus, cela va faire des étincelles. La réalité semble pourtant plus âpre. Annoncée dès samedi, sur le site du Journal du Dimanche, le nombre de pétitionnaires culminait à 5.226 lundi soir, au rythme de cent nouvelles signatures à l’heure. Bref, à supposer que la cadence ne faiblisse pas, cette initiative devrait rattraper la pétition sur la loi travail aux alentours de l’été 2018, pas avant.

Les prouesses de François Hollande

Reconnaissons-le, au-delà du titre, la lecture du texte fait partie des occupations qui vous égayent une soirée. Certaines phrases laissent tout simplement rêveur. « Ce dénigrement permanent met à mal toutes les institutions de la République et la fonction présidentielle. Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’état que François Hollande a parfaitement incarnée. »

La publication du livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, le fameux Un président ne devrait pas dire ça, amènerait logiquement à considérer que l’un des principaux protagonistes de ce dénigrement est le président lui-même. À moins, bien sûr, que débiner les magistrats, révéler des assassinats ciblés contraires au droit international ou encore actionner le haut-parleur du téléphone quand un chef d’État appelle, quitte à créer une crise diplomatique, traduisent une incroyable habileté.

Certains passages relèvent d’un panégyrique peu pratiqué à ce niveau, depuis la mort du Petit père des peuples. Le bilan du quinquennat ? Un ensemble de succès intersidéraux. Vous doutez ? Citons parmi les prouesses portées au crédit de François Hollande, « la diminution amorcée du chômage » – mais oui, c’est écrit ! Là, il faut constater que, décidément, les substances illicites continuent de couler à flot dans certains milieux préservés du showbiz. Ajoutons « la mise en œuvre concrète de la transition énergétique », « le non cumul des mandats » à partir de 2017 (sic) et tout à l’avenant...

Une cause désespérée

Face à un tel bienfaiteur de l’humanité, on est admiratif. Il devient cependant difficile de comprendre pourquoi même le taux de chômage a dépassé le niveau des intentions de vote en faveur de François Hollande… L’explication est pourtant simple, les médias sont coupables : « Tout cela a été déformé et gommé par des médias prédateurs, transformés en armes de destruction et de diffamation ». La faute aux journalistes ? La thèse est osée. Avec le temps que passe le président à leurs côtés, cela relèverait presque de l’ingratitude.

Il ne s’agit pas de contester le droit de "personnalités", à la notoriété inégale, de signer un mauvais tract en faveur de François Hollande. Toute cause, même la plus désespérée, peut rencontrer des défenseurs. Et c’est un fait, François Hollande souhaiterait pouvoir se représenter. Il est un des seuls, mais c’est ainsi. À l’instar de son unique mentor, Jacques Chirac, il veut croire en sa bonne étoile. C’est ce qu’on pourrait appeler la filière corrézienne.

Reste une question. Du point de vue même de l’objectif, cet appel n’est-il pas contre-productif à souhait ? Il y a quelques semaines, à peine, le tout Hollywood vantait les qualités d’Hillary Clinton avec le succès que l’on sait. Il y a fort à parier que cette pétition aura le même succès et que substituer Benjamin Biolay à Beyoncé n’y changera rien.

Guillaume Liégard. Publié sur le site de Regards.

http://www.regards.fr/web/article/contre-le-hollande-bashing-la-petition...

Article