CONTRE LE RACISME ET LES VIOLENCES POLICIERES, LA PLANETE SE SOULEVE !

(Photo: Guy Smallman)
La révolte qui traverse les Etats-Unis est l’expression puissante de la colère contre les violences policières et le racisme institutionnel. Elle dépasse largement la communauté noire. Cette colère, nous la partageons.
Les mêmes mots d’ordre résonnent aussi bien à Sydney qu’à Londres, à Berlin ou à Paris, et jusque dans les plus petites villes. Ils sont devenus le cri commun de ceux et celles qui vivent quotidiennement le racisme, mais aussi d’une masse de gens – particulièrement des jeunes – de toutes origines. Le mouvement s’auto-organise, n’attend pas des consignes pour agir.
Et l’action paye ! Sous la pression de la rue, le policier récidiviste Derek Chauvin, l’assassin de George Floyd, et ses complices ont été licenciés et inculpés. Il faut demander « la justice maintenant », et surtout « plus jamais ça !».
Aux Etats-Unis, des statues de généraux sudistes sont déboulonnées. Des municipalités discutent de réduire les budgets de la police, de la priver des armes lourdes avec lesquelles elles se sont équipées ces dernières années. De grandes villes (Seattle, Minneapolis) interdisent l’utilisation de gaz lacrymogène ou de « prises d’étranglement ».
Le racisme est profondément enraciné. Le vieux monde ne se laissera pas disparaître facilement.
Trump veut criminaliser le mouvement. Il accuse les ‘antifas’ d’être « une organisation terroriste ». Sa stratégie de la tension rencontre des résistances au sein de l’establishment et même dans les forces armées. Elle est condamnée par une grande partie des médias. Des policiers ont mis le genou par terre. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut faire confiance à cette police où le racisme est endémique.
Comme au moment de la résistance contre la guerre au Vietnam, les autorités font appel à la garde nationale. Des partisan-e-s de la « suprématie blanche » paradent des armes à la main.
Un activiste new-yorkais décrit la stratégie de Trump : « C’est un appel à la police, à la garde nationale et même à l’armée de réprimer le mouvement avec encore plus d’agressivité. Mais c’est aussi un signal envoyé à l’extrême-droite de sortir dans la rue et attaquer le mouvement et la gauche tout entière. » Quand le président a tweeté sur les ‘antifas’, un député conservateur a demandé : « A-t-on maintenant le droit de les pourchasser comme nous le faisons avec les terroristes du Moyen-Orient ? »
Et la France, alors ?
La doctrine officielle camoufle les discriminations. Il n’y a ni « Français-e-s noir-e-s » ni « Français-e-s arabes ». Seulement, toutes les études démontrent que les discriminations basées sur la couleur de la peau, l’origine ou la religion, sont une réalité. Mais ne parlez surtout pas de « racisme systémique » !
Les flics racistes et violents, eux, ne sont que quelques « pommes pourries ». Mais dans ce cas, pourquoi ne sont-ils presque jamais sanctionnés ? Dans un cas comme celui du meurtre de George Floyd la justice française aurait-elle réagi aussi promptement que celles de l’Etat de Minnesota ? Pas sûr.
Des chercheur-ses, ou le Défenseur des Droits, ont beau pointer quelques failles dans cette belle doctrine. Mais Macron et ses chiens de garde (Castaner, le préfet Lallement …) sont restés sourds et aveugles. La gauche aussi a longtemps refusé de comprendre.
Mais nous en sommes peut-être à un moment historique. En novembre 2019, une grande manifestation contre l’islamophobie a marqué les esprits. Pour la première fois la quasi-totalité des organisations de gauche y a participé. Le 30 mai 2020 a vu la plus grande marche de solidarité avec les sans-papiers. Enfin, le succès des manifestations Black Lives Matter début juin a mis la question des violences policières sur la table. Les noms de George Floyd et d’Adama Traoré et bien d’autres sont sur toutes les lèvres. Ils peuvent interdire des rassemblements (avec de moins en moins d’effet), la colère s’est déconfinée. 
Le mouvement enregistre ses premières victoires qui sont autant de symboles. Castaner a promis la fin des « prises d’étranglement », des sanctions systématiques contre le racisme « avéré » chez les policiers … Impossible à ce stade de savoir si ces annonces seront suivies d’effet.
Effet d’entraînement du mouvement états-unien ? Sans doute. Mais rendons surtout hommage au travail acharné et courageux du Comité Adama et d’une myriade de collectifs et d’associations, de jeunes militant-e-s de l’ « antiracisme politique ». Ils et elles ne refusent pas le soutien de la gauche ou des associations antiracistes traditionnelles, au contraire, mais entendent, avec raison, s’auto-gérer.
Soyons à leurs côtés pour construire un « toutes et tous ensemble contre le racisme » !

Cet article a paru dans le numéro 8 de la Lettre Le jour d'après a commencé! (11 juin 2020)

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Auteur: 
Colin de Saint-Denis