Contre l'islamophobie, il est temps de dire 'Stop' !

CONTRE L’ISLAMOPHOBIE, IL EST TEMPS DE DIRE ‘STOP’ !

Un texte rédigé collectivement par plusieurs adhérent-es d'Ensemble!

L’assassinat odieux de Samuel Paty et le triple meurtre de Notre-Dame de Nice par des individus appartenant à la mouvance djihadiste sont à condamner absolument. L’enquête judiciaire doit établir les faits et les responsabilités en toute indépendance, malgré les pressions politiques venant notamment du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, dont les accointances avec la droite extrême (comme la Manif pour Tous) sont notoires et les dérives de plus en plus inquiétantes, et d'élu-es de droite et d'extrême-droite.

Au lieu de s’attaquer aux rayons « communautaires » dans les supermarchés, il faut élaborer et mettre en œuvre une véritable stratégie démocratique de renseignements, de prévention et de protection contre le djihadisme. Cela nécessite de donner les moyens matériels à l’école publique, des formations adaptées aux enseignant-es pour permettre de lutter contre le fanatisme, de favoriser chez les jeunes l’ouverture d’esprit, le respect des cultures. En effet, la multiplication des lois sécuritaires a surtout pour conséquence de réduire les libertés publiques plutôt que de protéger du terrorisme.

Cette tragédie est aussi un prétexte pour Emmanuel Macron de renforcer le projet de loi dite ‘contre le séparatisme’ dont nous avons dénoncé la logique dès son annonce. Il est difficile de ne pas voir de la part du pouvoir une volonté de récupérer les voix de l’extrême-droite. Volonté sans doute vaine, dans la mesure ou l’ex-FN sait depuis longtemps profiter de l’ambiance ainsi créée pour en rajouter dans la démagogie xénophobe et islamophobe. Pour le parti de Marine Le Pen, le problème vient d’abord d’une immigration (des pays du Maghreb, notamment) qualifiée d’ « invasion » et accusée d’être responsable de tous les maux dont souffre le pays.

Nous ne pouvons donc pas exclure qu’à moyen terme ce soit Le Pen la principale bénéficiaire du tournant droitier et répressif du gouvernement. Mais à court terme, cette politique du bouc-émissaire est une aubaine pour Macron, lui permettant de faire oublier (ou de reléguer au deuxième plan) ses politiques néolibérales et antisociales et les défaillances de sa politique sanitaire avant et pendant la pandémie du Covid.

Poursuivre dans cette voie, c’est aussi donner un argument aux islamistes sectaires et fanatiques qui exploitent un sentiment d’injustice compréhensible chez les musulman-es de France, déjà discriminé-es ou exclu-es dans de nombreux domaines du fait de leur double appartenance à une minorité ethnique et religieuse. Si les thèses intégristes et djihadistes ne pourront probablement attirer qu’une petite minorité de jeunes discriminé-es, aliéné-es ou déraciné-es, comme ce jeune de dix-huit ans qui a commis l’attentat de Conflans, elles restent dangereuses. Il n’est pas possible de lutter efficacement contre cette tendance sans dire ‘Stop à l’islamophobie’ et sans s’attaquer aux discriminations économiques et sociales, racistes et sexistes ; aux politiques néolibérales d’austérité et de destruction des services publics dont souffrent tou-tes les habitant-es de nos quartiers populaires.  Il faut poursuivre les luttes pour les droits humains, notamment en accueillant les migrant-es, en régularisant les sans-papiers et en revendiquant de nouveau haut et fort le droit de vote pour les étranger-ères vivant sur le territoire français.

L’islamophobie est un racisme au même titre que l’antisémitisme, la négrophobie, la romophobie … . Elle est à combattre au même titre que l’oppression des femmes ou des LGBT+. Lutter contre tous les racismes, toutes les inégalités et toutes les oppressions et dominations, est indispensable pour unir les classes populaires (auxquelles appartiennent l’immense majorité des musulman-es de France) contre celle des profiteur-ses.

Militant-es d’Ensemble !, nous refusons de pratiquer une autocensure délétère, sous couvert d'union nationale républicaine, de participer ou de céder à la chasse aux sorcières lancée contre des associations et des collectifs luttant contre l’islamophobie ou faisant partie du courant de l’antiracisme politique, quelles que soient les divergences que nous pourrions  avoir avec eux (quand nous en aurons nous le dirons). Nous sommes solidaires des femmes voilées insultées ou agressées, exclues des sorties scolaires, discriminées sur le marché du travail, continuellement pointées du doigt dans les médias. Féministes et anti- racistes, nous revendiquons le droit pour chaque femme de se vêtir comme bon lui semble. Ce n'est ni aux hommes, ni aux gouvernements de continuer d'imposer aux femmes, le dictat d' « un supposé bon code vestimentaire moral ou républicain ».

Nous sommes solidaires des musulman-es sommé-es aujourd’hui de « prouver » qu’ils et elles ne sont pas des « ennemi-es de la République » et demain peut-être déclaré-es coupable de complicité avec les terroristes.

Nous défendons bien évidemment la « liberté d’expression », y compris de publier des dessins dont les qualités « insolentes » nous échappent, sauf si, comme cela peut être le cas, ils tombent sous la coupe des lois contre l’incitation à la haine raciale ou religieuse. Leur publication ne peut en aucun cas justifier un assassinat. Mais nous ne pensons pas non plus que les brandir, les projeter ou les diffuser sans discernement constitue le meilleur moyen de favoriser le « vivre ensemble » ou de combattre l’intolérance.

Aujourd’hui plus que jamais, la liberté et surtout la diversité d’expression sont menacées par la mainmise de grands groupes (souvent appartenant à des marchands d’armes) sur les médias écrits et audiovisuels. De prétendu-es « philosophes » et des éditorialistes de droite et d’extrême-droite squattent les émissions politiques des chaînes privées et même publiques. Certains, comme Zemmour, peuvent continuer à polluer les ondes malgré des condamnations pénales. Pendant ce temps, la chasse aux « islamo-gauchistes » est ouverte.

Notre organisation a soutenu et participé à la grande manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019 organisée par un large front d’associations et de mouvements politiques. Le pouvoir macronien n’a jamais avalé ce succès retentissant, ni ceux enregistrés par le Comité Adama et d’autres collectifs dans leur lutte pour la vérité face aux violences policières. Il veut aujourd’hui procéder à une « épuration » des universités, accusées de favoriser la popularité chez les jeunes des idées antiracistes et décoloniales.

Nous avons des divergences sur la caractérisation des mouvements djihadistes en France. Mais nous devons être d’accord sur le fait que les idées fascistes avancent dans notre pays, comme dans beaucoup d’autres. Elles ont déjà pénétré les forces de l’ « ordre » et sont bien installées dans les médias. Ce danger fasciste a un visage – celui de Marine Le Pen. Sans dramatiser inutilement, il n’est pas dit que nous disposions de beaucoup de temps pour réussir. L’élection présidentielle pointe à l’horizon et il est quasi certain que la candidate du RN sera de nouveau qualifiée au deuxième tour. Nous pouvons compter à la fois sur les djihadistes et les fascistes « bien de chez nous » pour de nouveau mettre de l’huile sur le feu. Et nous pouvons compter sur Macron et Les Républicains voire une partie de la gauche pour suivre le mouvement, quand ils n’en sont pas des initiateurs. Il est aujourd’hui temps de dire ‘Stop’. Il faut appeler à une riposte large et unitaire, y participer sans états d’âme, démontrer que nous prendrons toutes nos responsabilités dans ce combat décisif.

Le 29 octobre 2020

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Auteur: 
Colin de Saint-Denis