Contribution de 20 camarades sur les perspectives

 

Le débat s’ouvre dans Ensemble ! sur la recomposition à gauche. La séquence électorale n’est pas close, mais il est d’ores et déjà possible de formuler des pistes de réflexions sur le futur de la gauche anti-austérité et notre avenir.

Le score historique de Jean-Luc Mélenchon et la dynamique « France Insoumise » sont indéniablement de bonnes nouvelles. Cette campagne a bénéficié d’une large participation militante dans sa dernière phase. Elle s’est même vue confirmée et développée après le 1er tour. Elle a permis une dynamique de politisation de masse, en particulier dans la jeunesse ou dans des secteurs du salariat longtemps abstentionnistes.

Le score de JLM est le produit de plusieurs facteurs. Ainsi, même à son corps défendant, la candidature de JLM a été l’expression de la mobilisation contre la « Loi travail » et de la colère sociale accumulée par une expérience gouvernementale perçue comme entièrement tournée vers la satisfaction des intérêts de la classe capitaliste. Cette colère a trouvé dans la candidature JLM un instrument pour prolonger l’affrontement social sur le terrain directement politique. Pour nous, c’est un élément déterminant du bilan de la campagne FI que d’avoir permis cela. Elle a bénéficié du positionnement permanent de JLM contre les gouvernements de Hollande et de l’incapacité (et même de l’impossibilité) pour Benoît Hamon de s’extraire de la nasse formée par l’appareil du PS et de l’auto-marginalisation de l’extrême-gauche (NPA et LO) qui n’est pas nouvelle.

Le score atteint par JLM, l’espoir et la dynamique qu’il a suscités font contrepoint aux défaites des mobilisations sociales et aux difficultés de mobiliser du mouvement social.

Cela doit interroger nos schémas. Nous avons pensé, dans la foulée du mouvement de 95, qu’un processus d’affirmation d’une gauche de gauche articulerait, dans une dialectique bénéfique, une mobilisation du mouvement social, entrant en dialogue avec des secteurs de la gauche politique cherchant à en être l’expression sur le terrain politique.

Or, un jeune de 20 ans aujourd’hui n’était pas né lors du mouvement de 1995 et n’avait que 10 ans lors de la dernière victoire (défensive) d’ampleur lors du CPE. Les défaites continues des luttes sociales, l’affaiblissement du mouvement social et de la gauche radicale ont amené les nouvelles générations à s’investir directement dans des organisations politiques comme première expérience militante plutôt que dans des organisations du mouvement social. C’était déjà le cas dans le processus de fondation du NPA autour de l’idée du « petit parti populaire tourné vers l’action ». Pour nous qui sommes convaincus que les luttes sociales sont au fondement d’une nécessaire mise en crise du système capitaliste, il s’agit d’un chantier de réflexion à reprendre d’urgence.
Il en résulte une situation paradoxale dans laquelle ce sont des campagnes électorales, des initiatives politiques comme les marches ou les meetings du candidat JLM qui captent davantage les masses plutôt que les structures du mouvement social à vocation pourtant plus large.
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Cette situation renforce une conception réformiste de la transformation sociale, focalisée sur les seules échéances électorales, se déterminant essentiellement par rapport à la sphère politique et de facto faisant passer au second plan les antagonismes de classe.
Nous retrouvons ces différents traits dans les aspects négatifs de FI : l’illusion d’une conception presque exclusivement électorale et institutionnelle de la transformation de la société et la relativisation de la lutte des classes, des notions confuses et interclassistes comme « peuple » ou « oligarchie », le national-républicanisme, la construction autour d’un « chef » charismatique, une conception géopolitique plutôt qu’internationaliste, l’hyper-verticalité même si elle s’articule avec une certaine souplesse organisationnelle, et le manque de démocratie interne… Mais tous ces aspects négatifs ne remettent pas en cause la place acquise par la FI et son caractère actuellement incontournable dans la gauche anti-austérité.

Dans ce contexte :
1/ Il faut intervenir au sein des processus de politisation de masses en les prenant tels qu’ils sont, contradictoires, parfois confus mais éminemment positifs et non pas tel qu’on aimerait qu’ils soient. Modestement, les idées et pratiques que portent Ensemble ! ou nos précédentes expériences militantes peuvent être utiles. Mais pour être utile, il faut rester organisé : ce qui suppose de maintenir une organisation anticapitaliste, une organisation militante considérant les luttes sociales dans leur articulation avec une stratégie politique de prise du pouvoir, comme l’une des clefs de la transformation de la société et de la lutte contre l’exploitation, contre toutes les oppressions, et contre le productivisme marchand, c’est-à-dire contre le capitalisme.

2/ nous devons avoir une grande souplesse tactique. La séquence électorale n’est pas finie et plusieurs hypothèses sont possibles mais en tout état de cause nous devons considérer FI comme un partenaire incontournable dans les dynamiques de recomposition politique et c’est sans doute encore plus vrai dans la jeunesse. Il nous faut développer une politique par rapport à FI et ses militants, voire, si les conditions en sont réunies, y entrer en gardant notre autonomie politique. Dans tous les cas, cela signifie une intervention qui soit dans la continuité de notre conception de la transformation sociale. Au vu des débats sur cette question, nous devons rester en capacité, en tant que courant, de dialoguer et de critiquer publiquement les orientations défendues par la direction de FI et de faire vivre les nôtres. Ainsi, il ne s’agit pas, pour nous, de reproduire la trajectoire d’Ensemble Insoumis qui n’a pas voulu ou pas su porter une orientation indépendante et critique.

3/ Au niveau théorique, il nous faut prendre au sérieux le débat sur le « populisme de gauche », c’est-à-dire prendre à bras le corps les références théoriques de JLM, en particulier E. Laclau et C. Mouffe, pour développer une compréhension commune et critique.

4/ Quels que soient les choix tactiques que nous serons amenés à prendre, ces choix doivent être mis en œuvre à partir d’une organisation plus militante, c’est-à-dire une organisation structurant et centralisant son intervention. Les dysfonctionnements, le caractère par trop flou d’Ensemble– qui fait porter trop de poids à la bonne volonté de trop peu de camarades et qui s’apparente souvent à un assemblage de collectifs sans souci de faire organisation – sont à changer d’urgence.

Le débat entamé dans Ensemble est bousculé par le rythme d’événements que nous ne maîtrisons pas et qui nous percutent. Nous ne devons pas nous complaire dans une marginalité autoentrenue à l’écart des dynamiques existantes de recomposition politique. Nous devons nous donner les moyens d’exister en tant que courant politique qui ne se résigne ni à sa dissolution dans un national-réformisme républicain ni à laisser l’anticapitalisme à des courants sectaires.

Catherine Albert, Paris 20
Alexis Barreau, secteur jeune
Gregory Bekhtari, Paris 18
Maxime Besselièvre, Pantin
Nicolas Brusadelli, Amiens
Théo Chevallier, secteur jeune
Aliaume Couchard, Clermont-Ferrand
Guillaume Floris, Paris 19
Vincent Gay, Montreuil
Julien Gettlife, Toulouse
Capucine Larzillière, Montreuil
Marianne Maximi, Clermont-Ferrand
Olivier Mollaz, Paris 18
Louise, secteur jeune
Emre Öngün, Pantin
Julien Rivoire, Montreuil
Laurent Sorel, Paris 20
Nicolas Verdon, Paris 19
Flavia Verri, Paris 19
Fred Yermia, Nantes

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Auteur: 
Emre Öngün