Débat "force politique et mouvement social"

Dans le cours même du processus de lancement de notre mouvement, un débat s'est ouvert sur l'articulation entre le social et politique. Entamé oralement, nous avons souhaité donner une traduction écrite à cette épineuse question pour alimenter la réflexion. L'échange qui suit est composé de quatre textes : un texte initial de Pierre Zarka, une réponse de Pierre Khalfa puis à nouveau les réflexions de Pierre Zarka, enfin on trouvera une contribution de Jean-Claude Mamet.

Une première contribution de Pierre Zarka

Répondant à mon souci de dépasser la dissociation du social et du politique, Pierre Khalfa me fait quatre objections, qui, de mon point de vue attirent à leur encontre à leur tour autant d’objections. Comme il me semble que ce débat n’est pas qu’entre nous deux et qu’il me paraît important pour la suite, je propose de le poursuivre et que d’autres puissent y contribuer.

Si je ne trahis pas sa pensée, Pierre Khalfa me dit en substance que :

1.      je fais référence à des exemples historiques (1936, 45, 68) trop exceptionnels pour en tirer des enseignements concernant notre situation.

2.      On ne peut pas tout régler le temps d’une campagne électorale.

3.      Que les syndicats tiennent à être indépendants des partis.

4.      Que le FdG n’avait pas à intervenir sur les retraites mais que le rôle du politique est de porter la traduction des exigences du mouvement social.

1.      Effectivement ces exemples sont des situations exceptionnelles. Mais si on se situe dans la perspective d’un mouvement transformateur démocratique, la question d’une dynamique majoritaire pose celle de créer le maximum de possibilités pour de l’exceptionnel. Que la Révolution soit démocratique ou citoyenne, cela reste la Révolution. Ces périodes (1936, 45, 68 je pourrais ajouter 95) ont été marquées par le fait que le mouvement était un mouvement d’ensemble et non des mouvements parcellaires et par une irruption populaire qui bouscule singulièrement la normalité institutionnelle. Irruption rendue possible par l’éventail des portes d’accès. Et ce sont elles qui nous laissent des acquis durables. J’ajoute que ce ne sont pas 5 ou 10% de voix en plus qui permettraient de faire pression sur le PS. La France et l’Italie donnent l’exemple de deux PC initialement plus influents que la social-démocratie, avec des stratégies et comportements différents et on voit le résultat. La question est bien d’impulser un mouvement citoyen qui vise à entraîner la majorité de la population.

2.      Certes, on ne peut pas régler cela le temps d’une campagne électorale (encore que le Front de Gauche ne soit pas né la veille et qu’il a fallu que la Fase patiente un certain temps sur le pas de la porte). Mais une campagne électorale laisse largement le temps de poser publiquement un problème ou un objectif. Le FdG a pu se faire entendre de 4 millions d’électeurs. Si nous considérons qu’un problème ne peut être comblé que de manière largement participative, la question pour un regroupement tel que le Front de Gauche est donc davantage d’offrir des pistes que d’affirmer des réponses déjà closes. L’objet d’une force politique ne me semble pas de devoir prendre la tête d’un mouvement mais de multiplier les sources qui élargissent les horizons du pensable, les intéressés se chargeant si je puis dire, de l’évènement.

3.      Les syndicats ont tout à fait raison (pour autant que mon avis les intéresse) de veiller à leur indépendance à l’égard des partis. Le problème n’est pas là mais visiblement dans notre définition du Front de Gauche. Pour moi le FdG n’est ni un Parti ni un cartel de forces politiques mais un assemblage composite quant à la nature des forces qui le constituent. Par exemple, à mes yeux il est anormal que les Fra Lib ne puissent pas se considérer et être considérés comme constitutifs du Front de Gauche. Le caractère citoyen et donc majoritaire d’un mouvement subversif est à ce prix.

4.      J’ajoute que si on se place du point de vue du citoyen et non des organisations, la répétition de la dissociation que je mets en cause rend les gens chèvres : ceux qui sont syndicalistes sont aussi électeurs, mais jamais les deux en même temps. Comme syndicalistes actifs ils ne seraient pas concernés par l’élaboration d’une politique alternative ? Comme syndicalistes, ils passent le relais aux politiques qui ont alors le pouvoir de traduire? Il ne peut pas y avoir comme c’est le cas aujourd’hui, des luttes qui mettent en cause les actionnaires et d’autres espaces qui réfléchissent à ce qu’il faut faire de ces actionnaires, des luttes qui mettent en cause l’austérité et d’autres espaces qui pensent une autre politique. Je pense qu’il manqué au mouvement sur les retraites que les intéressés qu’ils soient mobilisés par les syndicats, des organisations politiques, des associations ou le Théâtre du Soleil (il était de toutes les manifs), il a manqué de se mettre ensemble pour repenser non seulement le financement des retraites mais aussi ce qu’est le travail. Je vois dans ce cloisonnement le poids de l’Histoire : la bourgeoisie triomphante au XIX ème siècle a dû concéder le droit d’association aux ouvriers et a pu éviter pendant longtemps le droit de vote. Avec cette dissociation à quel moment est-on, à la fois travailleur et citoyen et pas alternativement l’un ou l’autre ? De ce fait depuis 1968, les résultats électoraux ne sont pas en prise avec le niveau des mouvements qui les précèdent. C’était net en 1995 : en deux ans nous sommes passés de « nous sommes la gauche » à la victoire du PS.

Si la définition que l’on se fait de la politique est la maitrise collective du devenir commun, favoriser une démarche citoyenne me semble passer par la reconnaissance qu’il n’y a pas que le chemin des partis pour prétendre faire de la politique. Toute pratique peut être productrice de politique. Cela ne veut pas dire que partis, associations et syndicats se confondent. D’ailleurs cela ouvre un autre débat : le dépassement de cette dissociation implique de déplacer le centre de gravité du pouvoir de décision de l’Etat vers les mouvements et leur mise en cohérence.

Pierre Zarka

 

Une réponse de Pierre Khalfa

A la lecture du texte de Pierre Zarka, je voudrais donc préciser ma pensée et partir des points d'accord que j'ai avec lui pour arriver aux points de désaccords.

Je suis totalement d'accord avec Pierre Zarka quand il affirme "qu’il n’y a pas que le chemin des partis pour prétendre faire de la politique. Toute pratique peut être productrice de politique. Cela ne veut pas dire que partis, associations et syndicats se confondent". Un syndicat, quoi qu'il dise par ailleurs, fait de la politique tout simplement parce qu'il se situe au minimum dans la "résistance aux empiétements du capital". Par ailleurs, un syndicats comme Solidaires (mais c'est aussi le cas je pense de la FSU ou de la CGT au moins en théorie) se bat explicitement pour la transformation sociale. Nous avons retenu de la Charte d'Amiens l'indépendance par rapport aux partis et la double besogne (défenses des revendications immédiates et lutte pour la transformation sociale). Un syndicat fait de la politique de façon non partidaire.

Mais affirmer cela ne règle pas tous les problèmes. (je me contenterai de parler de la France laissant donc volontairement de côté le cas du travaillisme ou de la social-démocratie nordique). Dans les rapports entre partis politiques et syndicats, et plus largement les mouvements sociaux, deux écueils me semblent à éviter. Le premier est la soumission des mouvements sociaux à la stratégie définie par un (ou des) parti politique. Exemple classique, l'Union de la gauche. Personne aujourd'hui, au moins dans nos rangs, ne défend cette orientation. Il y en a cependant une autre qui est très proche de celle-ci, c'est celle qui considère que l'échec des luttes s'explique essentiellement par l'absence de débouché politique. Il faut donc, dans cette logique, construire un débouché politique aux luttes. C'est une nouvelle version de la division des taches entre partis et mouvements sociaux qui me semble mortifère pour deux raisons : d'une part, elle soumet la réussite des mouvements sociaux à l'existence d'un ou de partis politiques assez forts pour prétendre au pouvoir, d'autre part elle renvoie les mouvements sociaux à ce qui serait leur fonction première, le social, les empêchant ainsi de poser des questions politiques.

Pierre Zarka a raison de dire que le rôle d'une force politique n'est pas de prendre la tête d'un mouvement, mais il me semble qu'il retombe dans la vieille ornière de la division des taches quand il affirme que son rôle est "de multiplier les sources qui élargissent les horizons du pensable". On ne voit pas pourquoi ce rôle serait réservé aux partis. Ainsi le mouvement altermondialiste a exactement fait cela quand il affirmé "un autre monde est possible". 

Un second écueil consiste, de fait, à dissoudre la spécificité du social dans le politique conçu comme politique partidaire. Il me semble que Pierre Zarka n'échappe pas à ce reproche quand il préconise que les Fralibs puissent être considérés comme constitutifs du FdG. Au-delà même du fait que les concernés le veuillent ou pas, il y a là, me semble-t-il, une confusion entre une lutte sociale dont un des ressorts est d'essayer de construire l'unité la plus large sur une question considérée et l'engagement dans une force politique qui, par nature, divise.

Le rapport entre mouvements sociaux et partis politiques n'est donc pas simple, ce d'autant plus qu'il reste marquée par une histoire qui est celle de l'assujettissement. On ne pourra pas dépasser fondamentalement un rapport marqué par une tension que lors de circonstances exceptionnelles, qui comme le dit Pierre, bousculent la normalité institutionnelle, ce qui n'est pas le cas d'une campagne électorale. Cet aspect est renforcé par le fait que nous ne sommes plus portés par la "force propulsive" d'un projet de transformation sociale tel que le communisme a pu l'être à un moment donné dans l'imaginaire social. D'où, par ailleurs, l'importance prise par le fait d'avoir des propositions alternatives qui soit crédibles techniquement, c'est-à-dire concrètement réalisables. Cette crise du projet de transformation sociale pèse évidemment sur les rapports entre mouvements sociaux et partis politiques et est un obstacle à ce que "spontanément" les luttes sociales convergent vers un projet de transformation sociale.

Pour terminer, je ne suis absolument pas d'accord avec ce que dit Pierre Zarka sur le mouvement des retraites. Ce qui a manqué lors de ce mouvement, ce n'est pas de ne pas avoir été capable de penser ce qu'est le travail, mais des organisations syndicales qui aient été à la hauteur de leurs responsabilités et capables d'élaborer une stratégie d'action qui soit au niveau de l'affrontement avec le pouvoir.

Pierre Khalfa

 

Seconde contribution de Pierre Zarka

Ce Débat est important et opportun. Je voudrais apporter trois petites précisions pour écarter les malentendus.

1.       Dans mon esprit, il s’agit d’une construction qui, si elle ne supprime pas les partis, - la dépassement de leur forme actuelle est leur affaire- leur retire toute priorité, toute suprématie hiérarchique sur les autres formes d’interventions sur le devenir de la société. Dès lors cela annihile la référence à la Gauche Plurielle, qui limitait cette appellation aux seuls partis institués. Mais cela contredit toute notion de « débouché politique » si l’on entend par cette expression une issue conçue extérieurement aux mouvements sociaux et culturels. Il ne s’agit pas davantage de dissoudre le social dans le politique mais de considérer que le politique est l’intervention multiforme des citoyens dans les affaires publiques; il ne s’agit donc de ne rien dissoudre dans quoique ce soit, pas même la création artistique mais  d’agréger les différentes formes de refus du capitalisme, tout en respectant les spécificités de chacune d’entre elles, pour autant que leurs acteurs le veuille, bien évidemment. Et je ne vois pas de fatalité à ce que le politique ainsi conçu divise. Ce que nous sommes en train de chercher les uns et les autres comme construction est de retrouver la polyphonie de 2005 de manière durable.

2.Je ne sais pas s’ils le posent ainsi, mais les Fra Lib font davantage que du social. De fait, ils posent non, seulement la question de l’utilisation de l’argent mais celle de la propriété des moyens de production et des rapports sociaux. Autant qu’ils en aient conscience sans avoir à s’en remettre à des interprètes. C’était la même chose en 2010, lorsque par exemple des jeunes scandaient : « cette société-là on n’en veut pas ». En même temps nous n’aurons jamais- c’est à espérer- l’illusion de l’unanimité. Donc lorsque je parle de « force politique », j’ai soigneusement évité le mot « parti » pour ne pas retomber dans la vieille division des tâches que me reproche paradoxalement Pierre Khalfa. C’est d’ailleurs la volonté de dépassement  d’une telle « répartition des rôles » qui m’a conduit avec d’autres camarades, à quitter le PC après l’épisode de la Présidentielle de 2007. J’ajoute une question : comment avec une telle dissociation, des salariés et des usagers pourraient-ils accéder à la gestion de grands services publics comme l’EDF par exemple ?  Peut-il y avoir un accès au pouvoir de décision d’un tel service public sans investir la politique énergétique dans sa globalité ? ou serait alors la part respective des syndicats et celles des partis ?

Je ne dis pas que c’est simple, j’ai conscience que c’est une mise en cause de deux siècles de culture politique. Mais compte tenu que depuis la Révolution de 1789, aucune n’ait tenu durablement ses promesses, les acquis de cette culture sont certainement à revoir. Je n’ai certainement LA solution mais je plaide pour ne pas écarter d’une revers de main la nécessité d’y travailler.

3. Je partage complètement ce que dit Pierre Khalfa quant au déficit de projet. Mais justement de quelle nature peut-il être et quel peut en être l’auteur ? La faillite du communisme tel que nous l’avons connu- je ne pense pas seulement aux crimes du stalinisme- tient aussi à l’émergence d’un projet conçu en dehors du mouvement des intéressés auquel il ne leur restait plus qu’à « adhérer ». Cette extériorité conduit à une posture de consommateur de la transformation des structures de la société. C’ est à mon avis là, la source de toute sorte de déboires : la version soviétique comme le glissement chinois vers le capitalisme ou encore la vulnérabilité aux privatisations. Personnellement je retiens de l’étymologie du mot communisme, ce qu’en a fait un mouvement des tisserands anglais au début du XIVème siècle «  nous sommes les gens du commun ». Chez Marx ( on ne se refait pas tout à fait), il s’agit d’un mouvement propres aux intéressés et la Première Internationale mêlait étroitement politiques, syndicalistes et ce que l’on appellera plus tard « associatifs ». On y trouve même une fanfare. C’est la seconde internationale sous l’impulsion de la social-démocratie allemande qu’on a commencé à avoir un wagon de première classe de la luttes des classes et une classe préparatoire. Il ne s’agit de demander à personne qui ne le souhaiterait pas de faire du communisme le cap d’un projet collectif, je dis cela pour souligner qu’il ne peut y avoir de projet commun sans rendez-vous où toutes les formes peuvent prendre leur place, non pas comme « compagnon de route » pour reprendre une vieille expression du PC mais comme partageant à égalité la responsabilité que cela implique.

Pierre Zarka

 

Une contribution de Jean-Claude Mamet

Sans développer une argumentation sur le fond, je voudrais prendre comme exemple deux situations très différentes, dans la façon dont peuvent se positionner au départ forces politiques et forces "sociales" au sens large. Ces deux situations sont les élections et le mouvement social des retraites.

1- Une campagne électorale  est en général l'apanage des partis politique  : c'est leur fond de commerce si on peut dire, et c'est normal. Mais le syndicalisme s'est plus impliqué que d'habitude en 2012. La CGT notamment avait pris l'habitude d'une distanciation mortifère avec le champ politique stricto sensu, au point d'accompagner un temps l'élection de Sarkozy ("légitime") et de voir "en fonction des dossiers" (octobre 2007). Cette fois, elle a fait campagne, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Elle a même entretenu une ambiguïté sur une préférence confédérale pour JLMélenchon. En tout cas en interne, cela a libéré pas mal de choses pour que des syndicalistes s'impliquent dans la campagne du FDG. Les aspects positifs sont indéniables, mais les limites aussi. Première limite : tout cela s'est fait sans aucune débat réel. Deuxième limite : la direction donnait le ton et le corps militant suivait ou faisait comme bon lui semble, mais de manière individuelle. Or, il y avait nécessité que le syndicalisme s'empare comme collectif militant des enjeux de la présidentielle, comme chaque syndicat l'a fait classiquement mais séparément. Il y avait un enjeu à se confronter collectivement aux thématiques de la campagne et donner un point de vue syndical. Point de vue syndical ne consistant absolument pas à dégager des préférences partisanes précises et encore moins des appels à voter au premier tour, mais à instruire des dossiers à partir des acquis politiques collectifs du syndicalisme. Certes, cet objectif n'était pas possible à l'échelon des directions. Mais il était sans doute possible à des échelons plus intermédiaires, et avec un collectif plus ou moins intersyndical de réflexion aboutissant à un texte de référence et si possible à des débats publics avec des représentants des diverses options à gauche. Des tentatives pour aboutir à cela ont échoué pour diverses raisons que je ne vais pas détailler ici, mais c'est très regrettable. D'autant plus regrettable que ce travail va être encore plus nécessaire maintenant : comment se disposer face aux propositions  et aux mesures du gouvernement? Ce débat doit avoir lieu, et si possible, pas syndicat par syndicat, mais de manière un peu transversale. Voilà à mon avis le type de défi à relever pour faire "reculer les frontières du possible" dans l'articulation du social et du politique. 

2- Prenons maintenant le cas "inverse" si on peut dire : le mouvement de octobre novembre 2010. Dans un tel mouvement, ce sont les syndicats qui ont la main au départ, c'est leur fonction. Et il est certain que la stratégie qu'ils développent est absolument décisive. Mais pour autant, les partis politiques, dont le FDG, ont une responsabilité propre qui ne saurait être esquivée, et qui l'a été en l'occurence. Le mouvement des retraites démarre avec un Sarkozy dont le leadership politique fait eau de toute part : défaite des régionales, crise Bettencourt, crise morale, etc. Le rôle des partis dans cette situation aurait dû être d'explorer la possibilité d'accentuer la crise politique. Un simple front unitaire politique (y compris avec le PS, qui bien entendu l'aurait refusé ) pour dire de manière unie et commune : le peuple et le syndicalisme refusent cette réforme, ensemble nous la refusons aussi et ce gouvernement n'est pas légitime pour la mener jusqu'au bout. Personne n'a tenté cela, ce qui était le minimum à attendre. Il était également tout à fait pertinent d'aller plus loin et de poser le problème de la légitimité du parlement à légiférer. Et à partir de là, de poser aussi la question d'une consultation populaire ou semi-référendaire de type Poste, mais avec la possibilité de millions de signatures, si les élus de gauche s'y mettent tous. Attention : je ne suis pas en train de dire qu'il allaient s'y mettre facilement ! Je constate seulement que les partis se rangent plus ou moins derrière les syndicats (ou au bord des manifs) mais que peu d'entre eux cherchent à changer le climat politique pour amplifier la crise initiée par le mouvement social. Le FDG ne l'a pas fait en tout cas, la seule initiative positive, mais trop tardive, était l'appel à collectes de masse. Et pour partie l'appel à dissoudre l'assemblée (GU et CA) ou à un référendum (ACU, FASE, ainsi que JLM, mais aussi CA), certes mal perçu par une partie du syndicalisme, mais qui aurait pu être discuté différemment.

Si en cas de crise sociale, les partis ne font que rester sur le côté de la rue, alors à quoi servent-ils? Préparer la prochaine élection? La question n'est pas qu'ils "trouvent le débouché" politique, auquel il faudra se soumettre, mais qu'ils aident le mouvement en prenant des initiatives politiques appropriées (je reconnais la difficulté, mais elle ne peut être éludée), qui modifient le climat de la lutte. Car si la stratégie des syndicats est décisive, le climat politique dans lequel les syndicats prennent leur décision, est aussi un élément-clef. Or, c'est le rôle des partis d'agir sur le climat idéologique et politique (les syndicats aussi peuvent y contribuer bien sûr, mais en période de luttes intenses ou de lutte tout court, ils sont pris dans l'urgence du quotidien et du concret immédiat), de poser le problème du pouvoir, et pas seulement en période électorale.
Voilà donc des éléments supplémentaires à mettre en débat.

Jean-Claude Mamet

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