Départ des Verts du gouvernement, une demi-surprise

Avec Cécile Duflot et Pascal Canfin, les écologistes quittent le gouvernement. C'est une nouvelle décisive. Elle n'allait pas de soit. EE-LV avait tiré avantage électoral de la période de participation gouvernementale. Cette formation est apparue comme la seule gagnante à gauche des élections municipales. Dimanche soir, rien ne laissait entendre que la direction d'EE-LV se préparait à cette éventualité.

Et pourtant, le choix du départ n'est qu'une demi-surprise. Voilà quelques mois que se creuse l'écart entre les valeurs qui sont celles de l'écologie politique et la logique gouvernementale. Les votes de défiance à l'égard de la politique gouvernementale de leur récent Conseil national témoignaient du malaise. De même, lors des municipales, des listes écologistes se sont significativement détournées de l'alliance avec les socialistes. Grenoble en a été un exemple éclatant.

Le choix écologiste rouvre la donne à gauche. Les écologistes posent de nouvelles questions qui bousculent la logique productiviste, l'exercice démocratique et la conception du vivre-ensemble. Le mariage du libéralisme économique, de la méthode technocratique et de l'ordre sécuritaire, même « juste », n'est pas compatible avec les valeurs fondamentales de l'écologie.

La question ouverte aujourd'hui est aussi celle de la réaction du Front de gauche et surtout des liens qu'il pourra nourrir avec EE-LV dans cette nouvelle configuration. De nouvelles dynamiques politiques à vocation majoritaire doivent être recherchées mais elles ne sont pas gagnées. Emmanuelle Cosse a ainsi déclaré qu'elle se situait toujours dans la majorité présidentielle et qu'elle n'appelait pas à manifester la 12 avril prochain contre le Pacte de responsabilité initiée par le Front de Gauche, renvoyant Jean-Luc Mélenchon à « l'opposition stérile ».

L'enjeu n'est pas seulement de constituer un front de contestation mais bel et bien de penser et d'agir pour l'alternative, de réenchanter à gauche. Un rapprochement entre EE-LV et le Front de gauche serait de nature à favoriser un large rassemblement, avec des socialistes critiques, des citoyens désorientés par le jeu politique institutionnel, des individus et des collectifs militants qui recherchent d'autres voies que celles du consumérisme et de l'austérité.

Clémentine Autain. Publié sur le site de Regards.

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