Dans les EHPAD, la coupe est pleine !

Les EHPAD, établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, accueillent en France un peu plus de 600 000 personnes dans environ 7400 établissements. Il faut y rajouter les maisons de retraite ‘’simple’’ (sans dépendance) les foyers logements les unités de soins longue durée hospitalière. Au total 750 000 places dans 10 600 établissements. Les EHPAD représentent. Donc  environ 80% des places.

Ce secteur emploie environ 500 000 professionnel(le)s mais avec le temps partiel on a une estimation de 430 000 équivalents temps pleins. Les  coûts sont variables selon les régions et les villes mais aussi selon les prestataires. (Public Privé non lucratif ou privé lucratif).

Le  financement du fonctionnement s’appuie sur les pensions de retraite des usagers et la contribution des familles au titre de l’hébergement représentant une grosse partie du cout, sur l’allocation personnalisée d’autonomie versée par les départements selon certains critères et le soin pris en charge par l’assurance maladie.

Ce sont des conditions de financement qui mettent sous tension la gestion des établissements : elles  ne permettent pas de prendre en charge de manière digne les anciens et surtout les anciennes car les femmes  représentent les ¾ des pensionnaires.

Elles mettent aussi sous tension les résidents et leur familles avec des tarifs qui y compris en secteur  public peuvent atteindre  2500 euros et parfois plus. Depuis plusieurs années, cette  mise sous tension  de la gestion des établissements entraîne  une dégradation de la qualité de l’accueil  et de vie des pensionnaires (soins quotidiens toilettes douches, alimentation), un fonctionnement permanent en mode dégradé, du soin à la chaîne, déshumanisé et une souffrance professionnelle intense, de l’usure de l’épuisement et du burn-out.

Tout cela constitue le contexte de la montée des mobilisations dans le secteur depuis quelques mois avec une centaine de grèves recensées en 2017.

Symbole de ce climat, la grève de l’EHPAD les opalines dans le Jura entre avril et juillet 2017. Et le 30 janvier 2018 s’est déroulée une journée nationale à l’appel d’une intersyndicale, d’une association de directeurs et de familles qui a été un gros succès.  32 % de grévistes dans les EHPAD  et  dans les services de soutien à la personne entrainant beaucoup de réquisitions. Du jamais vu dans ce secteur qui regroupe des milliers de salariés dispersés dans des établissements publics associatifs ou privés.

Des rassemblements massifs dans toutes les régions devant les ARS les préfectures les conseils départementaux ou les établissements, associant personnel et familles.

Augmenter les moyens financiers et humains pour pouvoir prendre en charge dignement les anciens et les anciennes et respecter le travail des professionnelles toute catégories, voilà les objectifs de la mobilisation.
Comme l’a déclaré le député Insoumis François Ruffin interpellant la ministre au parlement ‘’ sortez le carnet de chèque madame la ministre’’. Logiquement la principale revendication concerne le taux d’encadrement : un ratio d’un agent par résident ce qui impliquerait créations de postes, embauches et le retrait de la réforme du financement envisagée visant à faire converger les dotations d’investissement aux établissements public et  privé.

En effet à coté d’un secteur public et privé non lucratif s’est développé un secteur privé qui représente 20% du secteur et qui  développe un  business lucratif avec des tarifs élevés sur l’hôtellerie et  une clientèle  sélectionnée. Dans ce secteur privé les profits et les dividendes des actionnaires se portent bien avec une rentabilité en hausse en 2017 de 7 à 10% pour des acteurs comme les groupes Orpéa  Korian et Domusvi et des investissements par rachat jusqu’en Chine.

La ministre de la santé Mme Buzyn a annoncé en catastrophe 50 millions de rallonge. C’est une misère quand on sait qu’elle a repris il y a quelques mois 100 millions dans les caisses de la CNSA consacrée à la solidarité et à l’autonomie! La mobilisation va continuer et s’amplifier.

L’intersyndicale qui s’est réuni exige l’ouverture générale de négociations et un premier rendez-vous. Dans sa déclaration elle a posé un ultimatum au 15 février 2017 pour avoir une réponse. Faute de quoi  la mobilisation  gréviste reprendrait.

Le gouvernement Macron pourrait être en difficulté  sur un sujet sensible dans l’opinion avec des sondages qui indiquent un soutien massif à la lutte des personnels au moment ou il annonce l’objectif de baisser encore plus la dépense publique et de supprimer des dizaines de milliers de fonctionnaires.

Parce que l’accueil des personnes âgées ne doit pas être un commerce  enrichissant des actionnaires.
Nous voulons un véritable  service public de qualité, avec des embauches et des financements à la hauteur des besoins.

Pour la création d’une branche de la sécurité sociale dédiée à la dépendance
Pour un accueil respectueux de la dignité des personnes âgées
Pour une société ou le bien commun et la solidarité sont une priorité face aux appétits de la finance

Bruno Percebois

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