De la goutte d'eau à la force politique

Je crois que le FDG est en train de s'accorder au moins sur un constat à l'issue de cette séquence électorale : il n'a pas réussi à représenter une alternative crédible au yeux d'un grand nombre de citoyens et doit en tirer les conséquences. Son discours procède le plus souvent à une critique de la situation et il n'est pas suffisamment identifié à un projet en « positif ». Les débats sont ouverts sur ce qui reste à faire.

L'idée de travailler, d'élaborer un imaginaire collectif fait son chemin.

Emmanuelle Cosse dans son courrier adressé à l'ensemble des partis de gauche, au Modem à Cap 21...que voilà un large rassemblement !..le dit aussi à sa manière en parlant d'incapacité collective à donner confiance dans l'avenir. Je crains que la relance de l'emploi, la transition énergétique, et la grande réforme institutionnelle qu'elle propose ne suffisent pas à ré-enchanter le débat politique. Mais cela ne doit pas nous empêcher de participer aux débats publics qu'EELV propose d’organiser. Quant à formuler des propositions au président de la république et au gouvernement ...je crains la aussi qu'il s'agisse d'une impasse. 60% des électeurs viennent de s'abstenir considérant que la délégation de pouvoir ne changeait pas leur vie, il ne sert à rien de leur proposer à nouveau de s'adresser aux élus !

Pour l'instant la crise du système représentatif ne se traduit pas par un mouvement de réappropriation citoyenne de la politique. Le FDG est resté l'arme aux pieds de ce point de vue, les assemblées citoyennes reléguées au rôle d’organisateurs de débats ou initiatives publiques sans prises de décision sur les orientations, ont vu leur dynamique s'amoindrir.

Se considérer soi même comme détenteur d'un pouvoir sur son propre sort procède d'un cheminement complexe. N'est ce pas le rôle du FDG de favoriser ce cheminement ? Après 1 136 jours de lutte les Fralib ont fait céder Unilever. La multinationale a fini par lâcher 19,2 millions d’euros, les Fralib deviennent propriétaires avec leur Scop de leur outil de travail et vont pouvoir redémarrer une activité. Ils peuvent fêter leur victoire avec les ex- salariés de Pilpa qui viennent de redémarrer l'activité de fabrication de crème glacée avec la Scop La Fabrique du Sud.

S'agit-il d'une goutte d'eau dans un océan de production sous le mode de l'accumulation capitalistique, qui risque fort d'échouer dans quelques temps puisque le contexte est à la concurrence exacerbée ? Ou est-ce bien l'amorce, ou la poursuite, d'un mouvement de plus en plus exigent de travailleurs qui font de l'appropriation sociale le mot d'ordre de leurs actions  et un moyen de regagner du pouvoir sur leur vie? La question est de savoir qui va s'emparer de ces avancées et aider à ce qu'elles ne restent pas isolées, et deviennent « force politique ». Cela ne procède-t-il pas de la construction de cet imaginaire collectif dont nous avons besoin pour nous mettre en mouvement et qui corresponde à une autre organisation de la société ?

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Auteur: 
Sylvie Larue