De Marion Maréchal-Le Pen à Louis Aliot : cachez ces gens que je ne saurais voir !

Dans une de ses prestations pendant un meeting de La Manif Pour Tous (LMPT), Marion Maréchal-Le Pen, candidate donnée gagnante aux élections régionales en PACA, présente sa vision de la famille et annonce la suppression des subventions pour le Planning Familial et les associations qui défendent les droits des LGBTI. Une semaine plus tard, c'est au tour de Louis Aliot, tête de liste FN dans le Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées (LRMP), de proférer ses idées nauséabondes et réactionnaires sur la famille et les droits des femmes.

Le 13 novembre dernier, lors d’un meeting organisé par LMPT, Marion Maréchal-Le Pen, candidate donnée gagnante de la région PACA aux prochaines élections, a précisé une partie de son programme si elle est élue à la Région : suppression des subventions pour les associations qui défendent les droits des femmes et des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI) parce que ne correspondant pas à sa vision de la famille.

Marion Maréchal Le Pen étaye son argumentation par le fait que ce sont des associations politisées et qu’elles banalisent l’avortement. Elle en appelle à la responsabilisation des femmes et s’interroge sur l’augmentation des avortements qui atteignent, selon elle, un taux préoccupant en PACA. 

Dans le même esprit, le 20 novembre, également à un meeting de LMPT, Louis Aliot, tête de liste FN en LRMP, tient les mêmes propos que sa nièce par alliance : il s'engage, s'il est élu Président de la Région, à empêcher les dérives de la "théorie du genre", qui, rappellons-le, n'existe pas (contrairement aux études de genre qui permettent de mettre en évidence les stéréotypes sexués et les inégalités entre les femmes et les hommes). Il prône comme modèle familial la "famille traditionnelle", partagé selon lui par "l'ensemble des Français". Ainsi, les 9% de familles recomposées, les 15% de familles monoparentales, les couples de même sexe (environ 100 000 dont 10% avec enfants) et les couples sans enfant ne comptent pas...

Suivant son idéologie nataliste, il s'en prend aussi au Planning Familial, disant que ce genre d'associations "ne méritent pas selon [lui] d'être financées par l'argent du contribuable, le principe d'égalité doit aussi avoir le principe de responsabilité comme pendant, dans certains domaines on est allés beaucoup trop loin". Nous vous rappelons que c'est la même personne qui, en 2012, parlait "d'IVG de confort".

Soyons magnanimes et aidons le FN à mettre ses fiches à jour sur ces points.

Le taux d’IVG est stable depuis 30 ans.

Toutes les études, le montrent. Le taux d’interruption volontaire de grossesse (IVG) est stable depuis 30 ans sur le plan national. Ce taux fluctue uniquement selon les différentes tranches d’âge. 

70 % des IVG sous contraception

Ce qui est préoccupant, ce n’est pas la déresponsabilisation supposée des femmes mais le niveau d’échec des contraceptifs. Trois IVG sur quatre sont réalisées sur des femmes qui sont sous contraception. 
Le schéma « tout pilule » est dénoncé par un nombre de plus en plus important de professionnels comme n’étant pas la solution miracle pour toutes les femmes. La doctoresse Elisabeth Aubeny, présidente de l’Agence pour la contraception souligne « le manque d’informations sur les différentes méthodes contraceptives possible. (…) Le choix doit être fait en fonction du mode de vie, de la sexualité ou encore de la réaction aux hormones. Sinon le taux d’échec augmente ». 

Inégalité devant l’accès à la santé

Il existe, en effet, une disparité du taux des IVG en fonction des territoires. Selon Magali Mazuy, chercheuse à l’institut national d’études démographiques (Ined), « il faut souligner la persistance d’inégalités sociales et régionales d’accès aux soins et donc à la contraception ».
Le manque de lieux en particulier en milieu rural pour un accès gratuit et anonyme à la contraception et à l’IVG tel que prévu par la loi est patent, pour les mineur-e-s notamment.
Les taux les plus élevés d’IVG sont notés dans les départements d’outre-mer, en Ile de France et dans le sud de la France. Pourquoi ? 

Les contraceptifs sont chers 

Pour les plus précaires, le coût freine l’accès à la contraception. Tous les moyens contraceptifs disponibles ne sont pas remboursés (anneau, patch, certaines pilules, préservatifs...) et certaines personnes n’ont pas de couverture sociale.

Autant de faits avérés que le FN et ses candidat-e-s, Marion Maréchal-Le Pen comme Louis Aliot, ignorent ostensiblement pour pouvoir distiller leur idéologie haineuse que nous ne pouvons que dénoncer.

Alors, affirmons-le une fois de plus : oui, madame Le Pen, le corps des femmes et la sexualité sont politiques !

Parce que le droit des femmes à vivre leur sexualité sans procréer, à être enceinte ou pas, à poursuivre ou non une grossesse, à avoir ou non un enfant est la condition première de leur égalité avec les hommes.

Parce que l’avortement est un droit fondamental des femmes à disposer de leur corps et à décider de leur vie,

Parce que le FN fait de la discrimination et de la stigmatisation  le fonds de commerce de sa politique,

Parce que tirer la société vers le haut en misant sur l’autonomie des personnes est le dernier de ses soucis,

Parce qu’en divisant les populations pour mieux régner, il fait appel aux sentiments les plus bas de chacun,

Parce qu’il n’hésite pas à affirmer que l’accès à l’information sur la vie affective et sexuelle est un problème et non une solution au nom d’un retour nécessaire à l’ordre moral et de la bien-pensance hétéro-normée,

Le Front National se rend coupable d’une tentative grave de déstabilisation de la société française en opposant les populations entre elles, ce qui, de toute évidence, inquiète beaucoup moins les pouvoirs publics que les manifestations à l’occasion de la COP 21 interdites de défiler sur tout le territoire. 

Qu’il s’agisse de déclarations infondées et stigmatisantes ne nous étonne pas de la part du FN, certes. 

Mais au-delà, nous vivons une période troublée où l’on demande aux seuls musulmans de s’expliquer sur leur religion sous-entendant - au mieux - qu’elle pourrait être incompatible avec la République. Ne devrait-on pas s’interroger sur le fait que ce type de propos qui brosse dans le sens du poil les catholiques traditionnalistes puisse passer relativement inaperçu et sur ce que ça met en évidence dans notre société ?

La Commission féminisme d'Ensemble ! 34

Sources :

Rapport IGAS 2015 :  http://www.igas.gouv.fr/spip.php?article95

Etude INED  Population et société, N° 518, Janvier 2015 :

http://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/22860/population.societes.2015.518.ivg.fr.pdf

Etudes INSEE :

2005 : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1195

2011 : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1470

2011 : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1435

Libération :http://www.liberation.fr/france/2015/11/27/marion-marechal-le-pen-part-en-croisade-contre-le-planning-familial_1416521

 

 

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