De nouveau convoité par les bétonneurs, Le Carnet doit rester sauvage !

Le Carnet sauvé il y a 23 ans, de nouveau convoité par les bétonneurs

Pour les plus ancien-nes d’entre nous, Le Carnet situé sur la rive sud de l’estuaire de la Loire entre Paimboeuf et Frossay, c’est le souvenir d’une grande mobilisation victorieuse contre un second projet de centrale nucléaire en Loire Atlantique abandonné en 1997.

Destiné à la bétonisation, le site avait subi des remblaiements illégaux comblant le bras de la Loire qui en faisait auparavant une île. Le Carnet avait également subi le stockage des résidus mazoutés de la marée noire de l’Erika.

Depuis, la nature a repris ses droits et ce territoire redevenu remarquable, malgré ses mauvais traitements passés, est aujourd’hui occupé par 116 espèces animales et végétales protégées.

Le rêve d’aménagement industriel de l’estuaire de la Loire du Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire n’a pas cessé depuis des années. Pour s’inscrire dans l’air du temps, le futur parc industriel installé dans « un milieu estuarien fragile et d’importance écologique majeure » ainsi défini dans les conclusions de l’enquête publique qui n’en a pas été à une contradiction près, serait « un pôle de recherche et d’expérimentation sur les énergies renouvelables ».

Tombé à pic, le projet du Port s’inscrit maintenant dans un plus vaste programme gouvernemental. Le site du Carnet figurait en début d’année parmi une liste de 12 sites « clés en main » (complétée en juillet par 66 autres), le programme consistant « à attirer les entreprises au sein de territoires labellisés « Territoire d’industrie » en raison de leur écosystème particulièrement adapté pour les activités industrielles » dixit le communiqué de presse du ministère de l’économie et des finances du 18 janvier 2020.

Au Carnet, si le projet aboutissait, transformer cette précieuse zone humide en territoire adapté aux activités industrielles exigerait de commencer par reprendre le remblaiement de la zone concernée qui n’avait plus cours depuis plusieurs dizaines d’années. Et puis on verrait bien quelles entreprises viendraient s’installer…

Alors que le département de Loire Atlantique prétend avoir pour objectif un bilan d’artificialisation des sols nul, ce type de projet est scandaleux. Certes, on entend déjà les sarcasmes macroniens du style « ils veulent revenir à la lampe à huile » mais quelle que soit l’activité industrielle prévue, même si elle était nécessaire, elle ne devrait pas s’installer n’importe où ! Non seulement des friches industrielles existent, mais compte-tenu des urgences climatiques et sociales, les nécessaires reconversions d’activités industrielles devraient permettre des productions vraiment utiles sans avoir à détruire et artificialiser. D’un côté, les capitalistes licencient et abandonnent usines et salari-és, de l’autre, on continuerait à leur donner les clés pour installer de nouveaux sites au prix de destruction supplémentaire de biodiversité ?

La résistance a déjà commencé, plusieurs manifestations et rassemblements ont déjà eu lieu, une Zad s’organise. L’estuaire de la Loire a de nouveau besoin de la mobilisation la plus large possible contre ce projet, population mobilisée non seulement pour la sauvegarde du site mais également pour elle-même, en faveur d’emplois socialement utiles et contre le chantage qui nous est toujours fait pour justifier des projets mortifères.

Le Carnet doit rester sauvage !

Ensemble!44, le 16 septembre 2020

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