De quoi Macron est il le nom ?

Contribution du collectif 14

Les mouvements se succèdent et nous n’avons rien à dire sur Macron, sa stratégie et bien évidemment comment le combattre : toutes questions posées implicitement ou explicitement par différents acteurs des mouvements.

Le macronsime cet inconnu

C’est un problème récurent de ne pas savoir définir le macronisme. Il y a eu des tentatives, des éléments d’analyses en termes d’analyse de classe du macronisme, liée à l’évolution de la société et en particulier du travail. Quelles qu’en soient les limites, le débat a existé dans Ensemble ! comme dans peu d’organisations de gauche.

Certains ont utilisé le concept de bonapartisme « assez classique »  pour le qualifier. Lla conclusion tirée fut largement partagée «  l’effort ultime de l’oligarchie dominante pour s’unifier ». qui ouvre de fait un large champ à « un pôle contestataire antilibéral et écolo/social » (essentiellement FI) ". Ce dernier menace par son existence même  l’« union forcée des libéraux des deux bords » réalisée par le « Bonaparte Macron ».

L’accent sur la faiblesse du macronisme dispensait d’une analyse en termes de recomposition d’un bloc bourgeois avec de nouvelles dimensions , une nouvelle hégémonie au sein des classes dirigeantes. Ceci dispense d’analyser quelles sont les classes et les fractions de classe derrière Macron au lieu d’avoir recours à des concepts vides comme « l’oligarchie contre le peuple ». Et empêche aussi de comprendre comment l’émergence de Macron est à la fois l’effet d’une modification sensible du système politique (ce que recouvre son modernisme et son caractère charismatique) et celui des profondes transformations de l’appareil productif et des rapports de classes dans la production. La gauche est restée sur un schéma classique avec des difficultés à assumer des aspects « nouveaux » de la lutte des dominé-e-s.

Le texte « UN DÉBAT STRATÉGIQUE pour et par les combats quotidiens ! » parle par euphémisme de panne stratégique , ce manque d’analyse du macronisme a pesé lourd sur l’impuissance de la gauche (fut elle autoproclamée radicale) contre Macron.

Un macron faible qui résiste
La « faiblesse du macronisme » a conditionné les stratégies mises en œuvre comme le 3 ème tour social ou le suivisme vis à vis des gilets jaunes ou aujourd’hui celui vis à vis de syndicats.Dans la période quand les forces politiques restent muettes sur la répression et les atteintes aux libertés ou sur la réforme de l’assurance chômage étape décisive de la marche forcenée libérale …. elles ne sont pas d’une grande utilité. Elles fonctionnent encore sur la légitimation électorale comme centrale.sans mesurer la crise de la représentation qui frappe aussi la « vraie gauche », populiste ou pas.

Macron remet en cause aussi la représentativité des « corps intermédiaires syndicaux » dans la gestion du chômage puis sur les retraites  et veut s’en passer dans sa marche pour un un « Etat social néolibéral » ;

Pour ce faire, Macron construit sa légitimité non sur sa popularité (le système électoral peut fonctionner avec une faible représentativité) mais sur sa cohérence, sa modernité et son efficacité gestionnaire que nous sommes incapables de démonter.

Macron s’inscrit dans une dimension mondiale qui depuis les années 70 visent à une limitation de la démocratie, à des formes de gouvernance à base de « compétences » et que Junker avait bien résumé en disant que les élections ne pouvaient pas modifier les politiques européennes. Même s’il emprunte aujourd’hui la rigueur à la droite, sa stratégie est issue du courant social libéral (strauss-kahnien) avec la dimension centrale de désorganiser, diviser les classes dominées par l’affirmation d’un réformisme néolibéral.

Bien sur l’offensive idéologique néolibérale se poursuit et se vulgarise dans les médias pour détruire l’espace du la délibération politique : nous assistons aujourd’hui à la reconstruction du TINA dont Thatcher avait usé pour faire passer ses décisions politiques.

Président des riches ...et encore ?

L’incorporation du management dans les fonctions étatiques - qui joue en même temps de la subordination absolue et de l’adhésion par l’illusion de la participation - a conduit à une modification du caractère déjà autoritaire de la 5 ème : l’étatisation des relations sociales créé des modifications sensibles dans les mécanismes de régulation antérieurs .Ainsi s’expliquent des méthodes de gestion et de management privées dans l’Etat, ou la place de la société civile -celles et ceux qui ont le pouvoir, mais sans avoir eu accès aux fonctions politiques- dans le système macronien.

Bien sûr Macron est le président des super riches mais derrière l’opposition au 1 % il faut chercher à comprendre la logique du bloc bourgeois ses classes ou fractions de classes et leurs contradictions.

Un seul exemple : nous ironisons facilement sur l’utilisation de « l’universel » par Macron sans voir que ce terme recouvre une réponse en termes de désalariarisation (salariés remplacés par des indépendants, uber ou micro entrepreneurs) avec des (faibles) garanties sociales. Ceci répond au besoin d’indépendance de certaines catégories du salariat quand nous en restons à vanter les mérites de la subordination et de la sécurité qu’elle procure.

Le projet macronien vis à vis des chômeur-euse-s est tout à fait significatif : il va se traduire par une aggravation brutale de la situation des DE les plus en difficulté ; il créé ainsi un enfer social destiné à faire peur et à garantir l’ordre capitaliste chez les salariés employés. Mais en même temps il facilite l’usage des contrats précaires que le capital juge nécessaire à son fonctionnement. Dans tous les cas il s’appuie sur une société de « justice compétitive » où chacun-e a entre ses mains son propre avenir.

Libérer le travail

La carence la plus grave de notre camp est de n’avoir pas suffisamment pris en compte cette segmentation organisée des classes populaires et les moyens d’y répondre. Cette faiblesse - qui fait la force de Macron – se « condense » dans notre incapacité à relayer les aspirations à la libération du travail ( à la dignité), à les penser comme objectif stratégique : les rejets de la subordination du salarié s’expriment pourtant depuis longtemps dans la société. La souffrance et les suicides au travail en sont une expression auto destructrice, le travail indépendant une fausse réponse qui maintient la dépendance économique, et les expériences coopératives sont trop souvent négligées dans une stratégie de changement de société. Pourtant se sont construites des réponses à l’insécurité sociale qui fait aujourd’hui le ciment du système : le droit au travail et au salaire décents mais aussi à la formation libérée du patronat. Voilà ce qui pourrait contribuer aux luttes dans leur recherche d’alternative.

Reconstruire la démocratie

Il est une dernière dimension qui construit l’autoritarisme macronien : la néolibéralisme n’est pas compatible avec la démocratie, il ne faut donc pas s’étonner de la répression. Par contre nous nous sommes trop peu intéressés à la construction du consentement à cette répression : il est devenu normal de se faire estropier quand on manifeste comme il est devenu normal d’abandonner des libertés fondamentales pour être en sécurité face au terrorisme. Le « on ne peut pas faire autrement », le réalisme économique bourgeois permet de justifier les atteintes aux libertés. La défense des libertés n’est pas un domaine spécialisé (à laisser à la LDH ou Amnesty ) mais doit être au cœur d’une reconstruction de la démocratie (devenue une exigence populaire forte) où chacun-e est citoyen-ne actif-ve et non sujet obéissant à l’autorité de l’Etat.

Peut on différer encore longtemps d’approfondir ces questions stratégiques rapidement esquissées ici, en se dotant des moyens de le faire avancer dans la lutte idéologique et dans les luttes ?

Collectif 14-61 le 6 décembre 2020

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Auteur: 
Adanet