De retour de Grenoble

Les militants de Ensemble!38 étaient présents à l'Université d'été organisée par ATTAC et le CRID

Nous avons participé à des ateliers concernant l'immigration, la métropolisation et le droit au logement.
Durant l'atelier "métropolisation, au service de qui ?", il ne s'agissait pas d'analyser l'aspect institutionnel (loi Notre), mais ce qui est à l'oeuvre depuis plus de 30 ans (pôles de compétitivité, réforme des universités, carte santé, regroupement des administrations, ...). Il a été mis en évidence que les métropoles sont une organisation du territoire qui permet de rassembler à moindre coût main d'oeuvre qualifiée, laboratoires de recherche, infrastructures, sous-traitants et services, .... Cette concentration à des conséquences s'accompagne d'une flambée du prix du foncier, et un accroissement des inégalités sociales au sein de la métropole, en plus d'une inégalité entre territoires voisins qui deviennent des déserts. La recherche et la formation, qui sont poussées à se spécialiser dans les domaines d'excellence » et de « compétitivité ». En plus, le territoire se spécialise (Toulouse avec l'aéronautique ou Grenoble avec la microelectronique) et se fragilise, à la merci d'un changement économique ou industriel comme ce fut le cas avec la sidérurgie ou les mines il y a 30 ans.
Les conséquences de la concentration et des politiques d'austérité se font sentir dans la vie quotidienne : fermeture de bureaux de poste, de centres d'accueil CPAM, problèmes de transports, menaces sur les « petites » lignes (TER, ligne Grenoble-Veyne-Gap,...).

Il faut interroger le contenu de la croissance, en prenant comme point de départ non les demandes des grands groupes mais la réponse aux besoins sociaux et environnementaux. Il y a besoin de nouvelles avancées démocratiques, à la fois dans le monde du travail et dans la société. Luttes pour le climat et l'environnement, luttes sociales et luttes pour la justice/l'égalité/la démocratie vont ensemble.

La CGT, Solidaires, le collectif pour la gratuité des transports publics de l'agglomération grenobloise, le collectif pour la défense des bureaux de la poste et celui pour le maintien de la ligne Grenoble-Gap.
Durant l'atelier "droit au logement", il y a eu des témoignages très intéressants sur les pratiques d'autres villes en France (Melun, Nîmes, Montpellier, Angers). Il y a eu des résultats, parfois modestes, parfois importants, comme la remise en cause d'un plan de démolition et de rénovation urbaine, pour obtenir un plan qui corresponde aux besoins des habitants. Ces actions, ces résultats sont le résultat de l’investissement des habitants dans les associations de lutte pour le logement, et pas du tout le fruit de politiques locales  où le résultat de concertations que tout le monde décrit comme bidons. Il y avait une grande diversité d'intervenants (pas sans nous, DAL, ...). Il y eut aussi les témoignages d'élus de La Corogne, Barcelone et Valencia, qui ont parlé de leurs expériences municipales, et des luttes menées avec la population (exemple : l'aménagement de la zone portuaire de la Corogne, pour un usage public au service des habitants, et non une zone livrée aux intérêts privés et à la spéculation).

Au final, ce que nous retenons de ces échanges d'expérience, c'est la nécessité d’entendre l’immense difficulté des habitants des quartiers populaires à faire respecter leurs droits, la nécessité de s'organiser, de faire appel aux capacités d'intelligence collective et de mobilisation des habitants. Il est aussi question du rôle des élus, qui essaient de s'appuyer sur les militants et la mobilisation des habitants pour aller de l'avant, mais qui la plupart du temps essaient de passer en force, en expliquant qu'ils ont pris les meilleures décisions possibles.
Un atelier « Migrations » s’est tenu à l’initiative de la CISEM (Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants), de la CIMADE, de RESF et d’un militant sénégalais. Ce qui s’est dégagé :

1°- Tous les participants ont souligné le fait que les politiques migratoires européennes sont criminelles : fermeture des frontières, érection de barbelés dans certains pays, refoulement des migrants souvent mortel comme à Ceuta et Melilla- en Turquie, en Libye où ils sont surexploités, maltraités, dans des camps où leur demande d’asile n’est le plus souvent pas examinée. Nous assistons- a-t-il été souligné- à un naufrage moral de l’Europe. Autre point essentiel : les migrants sont tous les réfugiés d’une guerre économique, dont les caractéristiques sont la destruction des écosystèmes, la surexploitation par multinationales interposées des ressources forestières, minières, halieutiques, les obstacles ou tout développement autonome. Tant qu’on ne s’attaquera pas en amont à ces causes structurelles on sera confronté à un processus migratoire incontrôlable. En conséquence il n’y a pas de véritable solidarité sans analyse économique et géopolitique…

2°- On est souvent condamné au « cas par cas », à la solidarité individuelle : accompagner tel migrant dans ses démarches, à la préfecture, chez un avocat, pour arracher un hébergement… Mais essayer à tout prix de ne pas s’enfermer dans le « cas par cas », inventer des formes collectives de solidarité comme à La Roya, à Briançon, à Calais, lors de la Marche La Roya à Calais, organisation de rassemblements, manifestations…..pour interpeller fortement l’Ėtat français, les préfets, les collectivités locales… et l’Union européenne. Exemple : que des citoyens hébergent des migrants chez eux relève de la solidarité élémentaire, de la fraternité, mais il faut éviter de se substituer aux institutions, notamment à l’Etat qui ont l’obligation d’assurer un toit. Créer par ailleurs des convergences d’une part entre les associations solidaire et d’autre part avec les associations de solidarité internationales, les syndicats, les organisations politiques. Enfin, c’est impératif, avancer et mettre en avant des objectifs essentiels : liberté de circulation, une carte de 10 ans pour tous, fermeture des centres de rétention, droit de vote et d’éligibilité pour tous les résidents étrangers….

3°- Saisir les prochaines élections européennes pour développer toute une campagne d’information et d’interpellation : quelle autre politique migratoire européenne ? Un vaste défi…

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