Débattre pendant le confinement

Pour  discuter pendant le confinement

Nous pouvons sans aucun doute trouver un rythme de discussion qui permette des échanges…, pas seulement la poursuite des oppositions bien connues. Il n’y a sans doute pas grand sens à faire comme si nous pouvions être en train d’attendre le « top départ » de « l’après» !

  Nous-mêmes avons été aveugles, tellement désireux de croire que les moyens techniques et scientifiques existaient pour résoudre vite fait une petite épidémie… Nous devons nous le dire car c’est sans doute nécessaire pour que nous nous exprimions lucidement.

Quand neuf personnages, (entourés de leur bloc de classe dominante, évidemment !),  ont mondialement autant de richesses et de pouvoir, comment cela ne se transformait pas en barbarie ? Nous le savions. Certains d’entre nous le répétaient à la suite de Marx : « Le capital détruit l’être humain et la nature ».
Nous appelions à dépasser ce système en mobilisant pour une révolution démocratique, même quand certains se contenteraient bien d’une victoire dans des élections pour « gouverner » avec quelques centaines de hauts fonctionnaires et des opérations de démagogie populiste… Mais, avouons-le, nous avions sous-estimé les ravages  du bloc au pouvoir et de cette classe dirigeante irresponsable, même incompétente, avec beaucoup trop d’aventuriers vivants de leurs privilèges. Nous disions « il faut construire une hégémonie » contre les racistes de la Restauration souverainiste et contre les néolibéraux du chacun contre tous, les prophètes du moins de règles pour que les individus d’élite s’épanouissent… Mais nous avons laissé en friche les questions cruciales : dépasser le capitalisme, comment, avec quels buts discutés pour rassembler un bloc social et politique refusant la catastrophe écologique et sociale, proposant aux gens de la moyenne quelle démocratie à construire ?
Même pour les questions aujourd’hui sous notre nez : l’état de notre système sanitaire… Il y a eu si peu de soutien actif aux actions des hôpitaux… qui alertaient, manifestaient, prenaient des coups, depuis combien de temps ? Et, rappelons, une quasi-indifférence aux questions que posaient les scientifiques. Qu’on lise le très bon texte de Gérard Chaouat  dans le livre « Un virus très politique » : depuis au moins 2002, des recherches (jugées non rentables par le big pharma et trois Présidents…) auraient pu préparer la prochaine pandémie, et donc en diminuer les effets, en rendre même inimaginables les souffrances aujourd’hui subies.
Bref, abordons ces débats avec la conscience forte que nos projets, nos propositions, conservent toute leur force, et qu’il faut accepter de les revisiter, les travailler entre nous, afin de leur donner la plus grande pertinence dans l’actualité.
Pour amorcer entre nous des discussions plus précises, un texte « Propositions » qui est centré sur les minimas sociaux, les salaires et la socialisation ; il en faudrait quelques autres…

Ce texte de réflexions, nécessairement insuffisant, vise à avoir une ou des discussions, sur la liste comme par courriers plus individualisés…

La Tribune Plus jamais ça.
Que faisons-nous ?
Plus largement, des questions stratégiques très présentes.

La Tribune Plus jamais ça.

La tribune signée par dix-huit responsables a deux mérites :
• elle confirme ce qui était bien connu, le mouvement syndical et les associations ont un socle commun de prises de positions ;
• dans le même temps, elle indique ce qui devrait pouvoir servir de base à des initiatives unitaires lors de la levée du confinement, préparées auparavant, dès maintenant.

Elle a de vraies limites, sur laquelle nous devons aussi discuter.
Ce texte fait, sans véritable raison, - après quelles discussions ?- comme si les atteintes aux libertés et les discriminations ne faisaient pas partie du « plus jamais ça ». Il ne dit rien des mesures politiques pour lutter contre les discriminations racistes, pour reconnaître tous les droits politiques pour les résidents, et les mesures pour corriger les injustices qu’elles/ils ont subies.

Mais, évidemment, cette Tribune a toutefois le grand mérite d’exister.

Que faisons-nous ?

Nous devrions proposer ce que peuvent faire TOUS les collectifs localement.  Eux seuls le peuvent. Une fois ce texte publié, ces directions d’organisations peuvent peu nationalement. Alors que des contacts locaux peuvent s’appuyer sur les signatures de ce texte pour prendre contact, esquisser des actions produire des communiqués et des initiatives locales.

Malgré la situation sanitaire, pensons à des rassemblements et manifestations du Premier Mai. Il faudrait supposer (ce qui n’est pas du tout certain !) que le confinement cesse fin avril. Il y aurait place, partout, pour une expression commune. Cette discussion en vue de le préparer, avec des liens locaux, peut avoir lieu tout en étant « confiné.e.s ».

De même, il peut être discuté, localement, les premières initiatives à réaliser.

Il faudra traiter les deuils, faire collectivement une célébration en hommage aux victimes : pour leurs familles, leurs proches ; et aussi parce que ce sont des victimes de la gabegie des chefs néolibéraux depuis au moins trente ans, car l’essentiel de ces drames auraient pu être évités. Victimes non pas de la fragilité de notre civilisation ; mais victimes des politiques de la classe dirigeante. Et cela vaut partout, en Europe, et internationalement. Il faut y réfléchir !

Il faudra traiter les questions d’emplois, de misères, d’exigences immédiates.
La rage contre la façon dont tout cela a été « gouverné » devra être traduite par des « mises au pied du mur », des Préfets, des députés de la majorité, etc. 
La réouverture des entreprises utiles fermées par souci des dividendes et au détriment des salariés devra être imposée, sans doute par de manifestations de solidarité. Y compris sous forme de scoop, dès que les travailleurs et  travailleuses le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide !  Des embauches dans la santé, la réouverture de lieux de soin, de même… De même dans tous les services publics. A partir de la méfiance à l’égard des pouvoirs publics, en agissant autour des exigences fermement exprimées. Devant toute promesse d’une « commission d’étude », même locale, ayons le réflexe « démocratie directe » : « venez ici et expliquez publiquement de quoi vous discutez ! » Tout cela pourra être filmé, discuté dans des réunions locales et, à l’égard du pouvoir une idée nette : vous devrez écouter les réactions de la population…
Pour que demain ne soit pas la reprise d’hier et d’avant-hier, une question nous sera posée : serons-nous des agents pour l’action ou resterons-nous tétanisés ?  
    Tant mieux si ces exigences, comme cette Tribune des 18 l’exprime en partie, provoquent l’existence d’un « large accord » ; mais nous devrons éviter que de larges « consensus verbaux »  fassent taire les débats nécessaires. L’heure sera à transformer le panorama de prochaines élections, et pas du tout de les « attendre ». Pour changer, après des dizaines d’années de reculs, il faut faire des pas en avant et discuter des buts pour que la société se transforme, par une socialisation des richesses et des droits démocratiques. Le pire serait de laisser se faire cette soumission attentiste sur les questions « locales » alors que les questions politiques, lourdes, appelleront aussi à des exigences et des expressions : « plus jamais ça » doit se traduire par des options claires.

Ici, comme disait Ariane Ascaride à la télé dimanche 29 au soir : il faudrait bien des manifestations pour affirmer les revendications, puisqu’on nous dit maintenant que celles et ceux d’en bas ont de grands mérites pas assez reconnus. 
Nous pouvons préparer cela, si nous avons le souci de populariser des objectifs suffisamment nets et créateurs de rapports de force. 

Oui il faut prendre l’argent là où il est. Et ce n’est pas uniquement l’ISF, (3 à 4 milliards…) ; mais nous devons reprendre une bataille sur la richesse et ses usages… Une part de la plus-value ne doit plus rester à la disposition de la classe dirigeante mais servir à une socialisation accrue et consolidée…..

Le débat sur les nationalisations doit donc être pris de façon offensive.  On sait bien que cela n’est pas « étatisation ». Ce débat est ré-ouvert à partir des questions soulevées par Piketty et d’autres livres (voir en attaché des textes de discussion…).

Nous devons aussi nous emparer de la question de la « dette ». Et de l’évasion fiscale : exigeons la publication de la liste des évadés, ou des « optimisés » fiscaux. Ne nous laissons pas arrêter par l’argument de bon sens « comment les faire revenir ? », la réponse est tout de même trop simple pour être oubliée : si des très riches ne veulent pas payer leurs impôts, faire revenir leur fortune, spéculative à l’étranger, leurs bien restés en France seront confisqués… Renouons donc avec une insolence réellement « anticapitaliste » !

Plus largement, des questions stratégiques très présentes

Dans ce seul texte il ne s’agit pas de poursuivre la série des « exemples »…

Il va y avoir une grande actualité à défendre une Sécurité sociale consolidée et généralisée pour que les cotisations prises sur la plus-value réellement réalisée dans les entreprises financent le droit au travail, au salaire, à l’égalité femmes-hommes, à la formation toute la vie … 
Peut-être faudrait-il réaliser une petite plaquette qui mette cela en évidence.

La majorité macronienne et les opposants (modérés ou même une partie du Bing Bang !) vont promotionner le « revenu social de base », comme mesure payée par les impôts (des personnes à la charge des salarié.e.s),  et pour Macron, le MEDEF et leur monde la possibilité de leur chantage à l’obligation de faire n’importe quel travail puisque tout le monde paye… et sans doute toutes les conséquences de pauvreté maintenue.
Nous devrions discuter de cela, et prendre les moyens pour qu’E !, dans diverses formes d’expression, en anime les débats.

Nous devrions traiter, avec tous nos acquis de réflexion sur le sujet, les réponses sur les questions de la santé et des médicaments : la faillite des politiques gouvernementales ont créé une sensibilité mondiale. Le capital détruit l’être humain et la nature (Marx)  est visible partout et tous les débats, toutes les initiatives pratiques sur les plans de la santé et de l’écologie seront audibles partout (la moitié des habitants du globe sont branchés sur internet !)  Cela lie étroitement la mise en accusation (procès, responsabilités individuelles et/ou politiques collectives) des causes du sous équipements, des besoins non remplis ; en même temps, les corrections imposées pratiquement (service public démocratique de contrôle des médicaments, lits, embauches du personnel avec moyens de formation, d’équipements en matériels d’intervention et d’imagerie, créations des cadres pour une médecine à la fonction et non plus « à l’acte »…), les changements dans les formes de décision et de fonctionnement dans les hôpitaux et  les services de soin…). Nous disposons au moins de plusieurs documents, dont le dossier sur les médicaments dans Contre temps.

Au fond, dans le même temps, cette crise sanitaire révèle que notre courant, généralement, reste pour l’heure très en retard sur trois grandes questions politiques :
• Les dirigeants des grandes puissances se verront obligés de faire une grande Conférence de remise en ordre du monde, leur air de « plus jamais ça »… Nous devrions pour peser un peu, avoir une initiative au moins européenne, avec aussi tous les contacts du mouvement altermondialiste. Pour les exigences du travail et de l’écologie. Pour une limitation des « guerres commerciales » et des souverainismes avec d’hypocrites chantages « protectionnistes » il faudra bien que nous sachions comment réagir à la question d’une monnaie commune (commune, et pas « unique » !) et quelques autres…
• Tous les débats de droits sociaux vont tourner autour de deux dimensions non séparables mais trop souvent traitées à part l’une de l’autre :
o les droits sociaux pour imposer cette réalité simple « le travail n’est pas une marchandise » (des courants comme celui de Supiot, en France et aussi mondialement, s’en saisissent)
o dans le même temps la propriété capitaliste peut être mise en cause : qui doit contrôler son usage, alors que les gouvernements vont chercher des potions magiques de leur façon pour remettre sur pieds des « fonds de pension » ruinés par la nouvelle crise financière sous le coup de la crise sanitaire ?
Cette hypothèse, vraisemblable, ne peut exclure des politiques plus répressives, racistes, etc. Et il n’y a aucune raison que le monde-global, - fait d’Etats différenciés, inégaux et combinés, ce qui permet de jouer des mises en concurrence entre salari.é.e.s -,  ne comporte pas, dans le même temps, et des réformateurs modernistes sans scrupules et aussi des brutes de répression…
Raison de plus pour être capables de défendre réellement, pour l’ensemble de ce monde globalisé, le principe « le travail n’est pas une marchandise ». Ce qui peut nous paraître « déjà dit » risque fort, à condition de l’exprimer, de rencontrer bien des gens de la moyenne qui se posent réellement la question « plus jamais ça », mais comment ?
• Il nous faut aussi défendre une réforme des institutions et initier dès maintenant d’autres pratiques démocratiques. Pour ne pas remettre en selle des habitudes de soumission/grogne par rapport aux élu.e.s, il faut avancer : les réflexions commencées collectivement devraient, de façon très urgente, faire l’objet d’une rédaction et d’une adoption dans E !
Au-delà, il faut souhaiter que nous puissions discuter d’un fait : des personnes qui ne militent plus ou qui n’ont jamais milité semblent dire que, devant le gâchis que représentent les politiciens actuels (de droite mais aussi de « gauche »), elles/ils se sentent très désireux de participer à une activité politique pour changer cela. Pour ma part, je pense que nous devons viser et développer une force pour Un Autre Avenir …

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Proposition pour concrétiser des « exigences  élémentaires »

N’oublions pas que le chômage, la précarisation et l’entretien de la pauvreté sont des outils stratégiques pour le Capital et les politiques de division qui lui sont vitales.
Il s’exprime, dans le contexte, une forte remise en cause des inégalités et des vies sans presque rien des salarié.e.s de base et des précaires (qui voient le salaire minium divisé par 2 ou 3, ou plus).
NE LAISSONS PAS PASSER CETTE OCCASION DE MARQUER UNE UNITE DE CLASSE POSSIBLE
Comment faire un bloc social de classe, sans lequel les « laissés pour compte » de cette société  resteront dans la même situation, ou presque, après quelques « coups de chapeau » !
Proposons donc de discuter de ce qui paraît supportable pour fixer le minimum vieillesse, qui est aujourd’hui autour de 903€/mois, ainsi que le plancher de toutes les allocations et minima sociaux.

1- Un minimum garanti
Le revenu moyen est de 2500€ Nous devrions dire et faire s’imposer que le plancher des revenus, garanti à toutes et tous, ne peut pas être moins que 50% de ce revenu moyen, soit 1250€  ce n’est vraiment pas beaucoup mais double quasiment  les « revenus » les plus bas (allocations diverses  dont chômage pour les précaires et les temps partiels, RSA, et autres minimas sociaux). Soyons nets : 60% du SMIC, pas moins.
*  Nous pourrions prendre la référence du salaire moyen (donc 2250€, et donc les 50% se traduiraient par 1125€) ; mais notre exigence doit être de réduire l’écart entre la moyenne de la société et les plus pauvres. Pour corriger une injustice si grande, 50% du revenu moyen montre bien ce qui ne doit plus durer
 
2- Un SMIC augmenté à 1800€

Comme le SMIC doit augmenter de 300€ et se trouver à 1800€. Et les autres salaires doivent être revus à la hausse. C’est simple (enfin assez simple !) pour 95% des salariés, qui dans ce cas seraient dans un éventail de 1 à 4 : 1250 x 4 = 5000/mois ; 60.000 dans l’année ! Mais cela suppose des discussions entre salarié.e.s et organisations syndicales …
* Il faut aussi ouvrir un débat public sur l’utilité sociale des diverses professions pour établir un rapport de forces dans les secteurs à bas salaires et aux emplois dévalorisés. Il faudra donc imposer que le mouvement syndical puisse organiser ces larges discussions, en faisant reconnaître aux patronats la légitimité de la présence syndicale,  dans toutes les entreprises, toutes les branches. Souvenons-nous que près de 50% des branches, spécialement celles où travaillent beaucoup de femmes ont des minimas de branche au-dessous du SMIC. Souvenons-nous de l’utilisation de sous-traitances de sous-traitants, y compris par l’Etat. Y compris dans les maquis de l’aide à domicile… Beaucoup de choses sont et seront à corriger.

3- Et les salaires au-dessus de ce « plafond » de 4 fois le SMIC ?

Il s’agit, la plupart du temps de fonctions spéciales, responsabilités, technicité… Il s’agit donc de situations qui doivent être connues et justifiées, publiquement, sous le contrôle des travailleurs/euses et des organisations syndicales. Les cas discutés publiquement limiteront les arbitraires et les fonds de placement où une partie des salaires est versé en « actions » pour éviter de payer des cotisations.
*  A- delà des augmentations de salaires il faut des exigences sur le blocage des loyers et lutter contre les logements vides et la spéculation ; mais de plus sur l’augmentation du champ de la gratuité (eau, transports …)
Il faut donc un lien entre un « bloc social » et un contrôle démocratique sur l’épargne des diverses couches riches de la population.

4- Pour les patrimoines, débattre et agir

75% du patrimoine est possédé par 30% de la population et 70% de la population possèdent 25% du patrimoine ;  notons que, parmi cet ensemble 20 % de la population possèdent 16,17% du patrimoine.
En moyenne, -en sachant qu’on devient rarement propriétaire avant 30 ans-, les 10 % les plus fortunés possèdent 700 fois ce que possèdent les 10% les moins fortunés et 46% de l’ensemble ; entre le 1% le plus haut et la moyenne des 10%, l’écart est de 600.000 à 1900€.

Evidemment, c’est dans cette partie des richesses qu’il faut  trouver une part à redistribuer.
Une fois après impôts, réorganisés, il restera des formes diverses d’épargne ; et là se pose la question de démocratiser la façon de traiter cette épargne : elle peut parfaitement avoir un statut voisin du livret A, (avec ou pas un « plafond de défiscalisation, et de quel niveau ?) avec des sommes d’un niveau très différent : placée sous garantie publique, avec un taux de rapport qui au moins met à l’abri de la crise financière, des sommes peuvent rester de la possession des épargnants. Mais l’usage de ces fonds doit être sous le contrôle réellement démocratique : les usagers, les salariés,  les syndicats, les collectivités locales   discutent  et font des choix, Se créé ainsi une sorte de lien concret entre les initiatives qui changent les rapports à la nature et les formes de productions, avec des instances et des espaces de discussion pour que se fasse la confrontation  démocratique.

Pierre Cours Salies

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