Déclaration Ensemble et Insoumis

Après le CN d'Ensemble des 4 et 5 février, déclaration des camarades Ensemble et Insoumis-e-s.

A l'élection présidentielle comme aux législatives, avec Jean-Luc Mélenchon, en défense d'une orientation de rupture et d'alternative au néolibéralisme.

Les décisions arrêtées lors du dernier CN, ainsi que la déclaration publique et le tract qui en découlent, font hélas plus que confirmer un cours politique confus et opportuniste. Elles marquent, sous couvert de préoccupations unitaires, un tournant et un rapprochement en direction des courants de gauche les plus réservés voire hostiles à une rupture franche avec le social libéralisme. Une grande partie de l'argumentaire de la déclaration est fondée sur la prise en compte de l'aspiration diffuse à unir deux orientations possibles à gauche : en gros celle d'un retour au « discours du Bourget » pour infléchir une ligne trop libérale et celle de rupture et d'alternative au néolibéralisme. Mais une chose est de tenir compte de cette aspiration, autre chose est de fonder une orientation sur la possibilité de réaliser aujourd'hui une synthèse qui se traduirait par un accord électoral et politique : en clair, un seul candidat aux élections présidentielles et des candidatures communes aux législatives pour constituer une majorité à l'Assemblée. A en croire certaines formules de la déclaration politique, cela deviendrait possible dès lors que Benoit Hamon – le candidat du PS – clarifierait ses positions. Comme si Hamon ne l'avait fait, non seulement en s'empressant de se faire adouber par Hollande et Cazeneuve, mais en déclarant publiquement « qu'il n’a jamais considéré que le bilan du quinquennat était indéfendable ». Faire l'impasse là-dessus, c'est se tromper ou tromper notre camp social. Pour le dire autrement, la perspective d'agir ensemble pour faire aboutir un certain nombre de mesures communes aux différents programmes est juste et relève de l'unité d'action. La perspective de gouverner ensemble (c'est à dire avec un PS rénové !) pour appliquer ce programme est par contre une duperie. Les formules à double ou triple sens qui caractérisent la déclaration politique confirment la décision prise de ne pas choisir et de laisser ainsi le champ libre pour la reconstitution d'une nouvelle union de la gauche, incluant entre autres socialistes « hamonisés », écologistes d'EELV et PCF, avec pour conséquence d'être dépendant de leurs manœuvres.

Sans doute cette ligne politique existait-elle déjà au sein d'Ensemble et s'exprimait-elle publiquement au travers de l'Appel des 100 et des cadres politiques et syndicaux qui soutenaient cette démarche. Lors de nos débats antérieurs, en alliance avec les camarades souhaitant s'abstraire du cadre des échéances électorales et unis par un même rejet de la candidature de JLM, cette orientation avait recueilli environ 25 % des suffrages des militants d'Ensemble. La nouveauté est que cette ligne minoritaire est en train de devenir celle de notre mouvement, ce qui pose un double problème politique et démocratique.

Un problème démocratique

Commençons par ce qui est tout de même singulier pour un mouvement qui dit vouloir pratiquer l'art du consensus et de la synthèse : l'ignorance délibérée des positions qui ont recueilli 30 % des suffrages. Cette ignorance a d'abord pris la forme du refus de se regrouper sur la base de l'orientation votée à plus de 70 %, au prétexte fallacieux de la participation de certain-e-s d'entre nous aux structures locales et nationales de FI, alors même que nous proposions d'agir dans et hors FI.

L'ostracisme à notre égard s'est prolongé ensuite avec le refus de tout rééquilibrage politique de l'EAN, où les camarades largement minoritaires occupent sans problème largement plus de la majorité des places, au prétexte de ne pas prendre le risque de compromettre les fragiles équilibres qui fondent Ensemble. Ainsi, la démocratie peut attendre.

Avec les derniers développements enfin, aux yeux de cette singulière EAN, nous n'existons plus. La déclaration politique rend un hommage appuyé à « notre investissement dans l'Appel des 100 » et à la poursuite de « notre engagement dans Front commun » (décidés de façon consensuelle ?). On cherche en vain quelque mention que ce soit à l'action menée par de nombreux camarades au sein des collectifs militants liés à FI. Il est vrai que cette action est entachée d'un défaut majeur : elle permet d'appliquer... ce que nous avions décidé ensemble: chercher à nous impliquer, non dans une pseudo-campagne autonome (au demeurant inexistante) comme le PCF, mais dans une campagne commune.

D’aucuns nous répondront sans doute que nous n’étions guère représenté-e-s lors de ce CN pour défendre notre point de vue. C’est exact et ceci est à mettre sur le compte de nos agendas militants surchargés, car nous sommes impliqué-e-s à la fois dans les mouvements sociaux et dans la campagne électorale et, sur le terrain, nous constatons déjà les effets délétères du positionnement ambigu d’Ensemble.

Par ailleurs, chacun-e aura bien compris que ce projet de déclaration politique s’est décidé bien en amont du CN, au sein d'une l’EAN qui, parce qu'elle dénie notre représentativité, ne permet guère d'influer sur les débats. Dès lors, il était illusoire de penser que ce CN puisse inverser la tendance, car cette instance, à bien des égards, peine à être une émanation des collectifs locaux. De toute manière, la majorité de ceux-ci était dans l’incapacité de rendre un avis sur cette déclaration politique, soumise à discussion seulement trois jours avant la tenue du CN.

Ces pratiques irrespectueuses des engagements pris entraînent des effets négatifs, certain-e-s membres de E ! ont démissionné, d’autres désertent nos réunions, tant ils/elles se considèrent relégué-e-s. Par ce texte, notre démarche vise au contraire à appeler tout-e-s les militant-e-s d’Ensemble! à réagir contre un détournement d’orientation, et donc de démocratie interne.

Un problème  politique.

Mais l'essentiel est politique. L'essentiel est que l'EAN d'Ensemble tourne le dos à la possibilité même de regrouper, sur une base politiquement cohérente et au travers d'une stratégie qui prépare aux affrontements inéluctables, les forces sociales et politiques susceptibles de se mobiliser, hier au travers du mouvement social de rejet de la Loi El Khomri, aujourd'hui au travers du potentiel citoyen qui s'empare des échéances politiques et électorales. 

Contrairement à ce qui est dit parfois, la question majeure n'est pas celle du caractère évidemment positif du rejet de Valls et du vote en faveur d'Hamon aux primaires du PS. La question est de savoir si cette victoire ouvre des perspectives nouvelles et lesquelles. Aucun doute qu’une perspective nouvelle s'ouvre pour Hamon : celle de mettre la main sur le PS, en alliance avec des gens aussi « de gauche » qu'Aubry ou Cambadélis, et de proposer une orientation moins droitière, plus classiquement social-démocrate et mise au goût du jour sur des questions sociétales en particulier. Cette perspective peut séduire une partie des électeurs de gauche critiques par rapport au bilan, mais hésitants à s'engager en faveur de mesures plus radicales. Rien à vrai dire de très nouveau. Cette perspective peut évidement intéresser des forces comme EELV, pour sortir de son coma dépassé et gagner peut être quelques sièges de député-e-s. Idem dans une certaine mesure pour le PCF (encore que la lutte pour les places risque d'être dure !). Chassaigne l'exprime sans ambages : oui à une nouvelle majorité PS, PCF, EELV. Cette majorité irait de Valls et El Khomri à Chassaigne lui-même, en passant par Jadot et Placé. Et Hamon l'entend bien ainsi qui ne veut « couper aucune tête » !

Autant que l'incongruité de l'attelage politique, la façon de le constituer et de le conduire interroge.

Les citoyen-ne-s qui seraient partie prenante de cette belle alliance augmentée auront-ils/elles leur mot à dire sur le programme et sur le choix des candidatures aux législatives ? Pourraient-ils par exemple arbitrer entre El Khomri et un-e syndicaliste CGT ? Et à supposer l'improbable attelage installé, imagine-t-on qu'un programme même modérément de gauche puisse être appliqué, sans bouleversement institutionnel profond et dans le respect des traités européens ?

Si la question est bien de refonder une gauche de gauche, on voit bien que les fondations n'y sont pas et que tout cela ne peut tenir la route. Mais alors, pourquoi faut-il qu'Ensemble s'aventure sur ce terrain douteux ? Quel sens cela a-t-il de demander à Hamon de clarifier son rapport au PS, lui qui est... le candidat du PS ! En quoi le  « Pacte pour une alternative à gauche » posant l'objectif d'une nouvelle majorité à l'Assemblée », mesure phare de la déclaration d'Ensemble, se distingue-t-il de la majorité rose, rouge, vert, bien sûr opposée à l'austérité (cela ne mange pas de pain) et chère à André Chassaigne ? Et là encore, comment y parvenir ? Par l'intervention citoyenne, ou par des tractations d'état major et des marchandages de circonscriptions où Ensemble jouerait sa modeste partition ? Tout cela est au mieux incompréhensible.

Une autre voie est possible.

C'est une toute autre voie que nous devons suivre.

C'est tout d'abord celle de la cohérence politique. Ce que nous devons assumer est une politique de rupture sociale, écologique et démocratique qui est au cœur du programme l'Avenir en commun et de la stratégie de la révolution citoyenne. C'est cela qui est, pour l'essentiel, mis en œuvre par FI et son candidat. C'est en tout cas ce que celles et ceux qui sont véritablement engagé-e-s dans une campagne commune font vivre au sein des collectifs. Là est la véritable richesse, le véritable potentiel, la véritable nouveauté de FI. Ne pas le comprendre et ne pas en tirer les conséquences en termes d'activité militante, ne pas être là où les gens s'organisent, agissent et font avancer ces idées, c'est se condamner à une posture stérile d'interpellation et de donneur de conseil.

C'est ensuite d'assurer la continuité entre présidentielle et législatives. Il s'agit de la même séquence politique, ordonnée en fonction des mêmes logiques politiques et institutionnelles. Il est totalement incompréhensible et illisible d'avoir deux attitudes et deux positions différentes.

Il s'agit enfin de répondre au besoin de renouvellement des pratiques politiques dans un contexte de rejet des appareils et de leur prétention au monopole de la représentation. Cette aspiration est profonde et disqualifie les accords de cartels et la cuisine attenante. C'est de cette façon que l'on doit prendre, en dépit de ses limites, la démarche de France Insoumise qui accueille, dans des groupes de base et de façon indépendante des partis, toutes celles et tous ceux qui veulent échanger, débattre et agir dans le sens rappelé plus haut. Cela ouvre la porte à des formes de représentation différentes, ainsi qu'à un important brassage social, générationnel et de genre.

Nous continuerons notre chemin.

Nous avons jusqu'à présent toujours défendu avec loyauté les fondamentaux d'Ensemble. Nous avons toujours essayé de les faire prendre en compte au maximum par FI. Mais il n'est plus possible aujourd'hui de défendre une ligne qui nous ramène en arrière et en pire, à la période où l'EAN, avant le désaveu massif des militants, préconisait d'assister en tant qu'observateur aux péripéties et aux variations sur les scénarios associés aux primaires des gauches et des écologistes. C'est dans ce contexte, et entre autres pour ces raisons, que nous avions alors décidé de rendre public notre engagement en faveur d'une campagne commune avec JLM. La suite devait montrer, à notre AG de juin en particulier, et malgré les condamnations et les avis contraires quasi unanimes de l'EAN, que notre orientation était loin d'être rejetée.

Nous nous trouvons confronté-e-s aujourd'hui à une situation et à un choix du même ordre. Accepter ou non que par glissements successifs Ensemble soit associé et perçu comme inféodé peu ou prou aux projets de recomposition d'une gauche social-démocrate (horizon indépassable de notre temps ?), en opposition avec une gauche de rupture et le degré de radicalité nécessaire pour s'affronter au néolibéralisme. L'ultime argument culpabilisant pour refuser toute ligne de construction d'une politique radicale est l'alliance pour être présent au second tour et, admirons l'audace, garder « la possibilité de rompre avec le social-libéralisme et de battre la droite et le Front national ». Sauf qu'engager le peuple dans l'impasse qui consiste à faire croire que le PS pourrait mener une politique de gauche au gouvernement est la meilleure façon de faire élire Marine Le Pen ou sa nièce en 2022. Avec un certain sens de l'à-propos, c'est bien la question que soulève Jean Luc Mélenchon dans un récent billet  http://melenchon.fr/2017/02/09/le-telephone-rose-na-pas-sonne/. Mais l'attrait pour la cuisine des cartels a décidément la vie dure et fait des émules. Les petits arrangements locaux pour envisager de présenter aux élections législatives - au nom de la contribution à la recherche de l'unité  sans doute ! - des candidatures communes entre Ensemble et le PCF contre les candidats de FI, y compris contre d'autres candidats membres d'Ensemble, constituent en ce sens des indices concordants et supplémentaires de dérives.

Nous ne l'acceptons pas et nous appelons toutes celles et tous ceux qui refusent ce cours politique à nous rejoindre et à agir ensemble.    

Le 11 Février 2017

Premiers signataires : Jean-Claude Aizac (07 Nord), Louis Aloisio (92 Nord), Robert Armata (2A), Christine Avenel (22), Michel Bages (63), Jackie Basset (14), Nanie Bellan (13), Roland Bellan (13), Georges Bollon (63), Patrice Bonazzi (69), Jean Brafman (93), Pascal Bricard (93), Agnès Busson (14), Thierry Canals (34), Claire Caron (07 Nord), Jacques Casamarta (2A), Christian Causse (48), Soraya Dal Magro (07 Nord), Daniel Dalbéra (06), Claude Daumas Dalbéra (06), Hendrik Davi (13), Jacques Deplace (07 Nord), Pierre Droin (92 Nord), Ignacio Eyraud (75), Clémentine Fardoux (13), Florence Fatoux (64), Jean-Claude Faure (81), David Frantz (14), Christian Garnier (13), Gérard Géron (13), Elisabeth Grand (13), Yann Guérin (22), Bernard Guibert (14), Isabelle Guyton (22), Rémi Hamon (22), Jean Philippe Izquierdo (13), Nathalie Jabli (16), Alain Laffont (63), Nathalie Lana (93), Pascale Larenaudie (2A), François Laville (07 Nord), René Le Bris (14), Jean Le Flohic (22), Yvon Thomas Le Guillerm (26),Jean-Pierre Letessier (14), Guillaume Liégard (93), Bernard Lombardo (30), Thierry Louchon (13), Christine Malfroy (2A), Charles Maurice (35), Christian Mazet (63), Jean-Pascal Médurio (07 Nord), Pierre Méla (2A), Yann Merlevede (59), Patrice Milliet (93), Patrice Moingeon (07 Nord), Martine Monteggia (61), Cédric Morand (83), John Mullen (93), Florent Naranjo (63), Jean-Pierre Orsi (2A), Jean-René Pendaries (13), Francis Peretti (2A), Vincent Porelli (13), Rafik Qnouch (75), Luc Quinton (38), Georges Rey (13), Daniel Rome (93),Yves Sabourdy (22), Georges Samson (22), Jean-Marc Segay (13), Philippe Sénégas (13), Franc Servajean (63), Jacques Simon (91), Jacques Stambouli (13), Marcel Tassy (13), Bernard Vallet (07 Nord), Francis Vergne (63), François Vérité (14), Gérard Vidal (92 Nord), Pierre Vila (93), Stellia Yadel (93), Thierry Zunino (75).

Auvergne-Rhône Alpes : Jean-Claude Aizac (07 Nord), Michel Bages (63), Georges Bollon (63), Patrice Bonazzi (69), Claire Caron (07 Nord), Soraya Dal Magro (07 Nord), Jacques Deplace (07 Nord), Alain Laffont (63), Yvon Thomas Le Guillerm (26), François Laville (07 Nord), Christian Mazet (63), Jean-Pascal Médurio (07 Nord), Patrice Moingeon (07 Nord), Florent Naranjo (63), Luc Quinton (38), Franc Servajean (63), Bernard Vallet (07 Nord), Francis Vergne (63)

Bretagne : Christine Avenel (22), Yann Guérin (22), Isabelle Guyton (22), Rémi Hamon (22), Jean Le Flohic (22), Charles Maurice (35), Yves Sabourdy (22), Georges Samson (22)

Corse : Robert Armata (2A), Jacques Casamarta (2A), Pascale Larenaudie (2A), Christine Malfroy (2A), Pierre Méla (2A), Jean-Pierre Orsi (2A), Francis Peretti (2A)

Hauts de France : Yann Merlevede (59)

Ile-de-France : Louis Aloisio (92 Nord), Jean Brafman (93), Pascal Bricard (93), Pierre Droin (92 Nord), Ignacio Eyraud (75), Nathalie Lana (93), Guillaume Liégard (93), Patrice Milliet (93), John Mullen (93), Rafik Qnouch (75), Daniel Rome (93), Jacques Simon (91), Gérard Vidal (92 Nord), Pierre Vila (93), Stellia Yadel (93), Thierry Zunino (75) 

Normandie : Jackie Basset (14), Agnès Busson (14), David Frantz (14), Bernard Guibert (14), René Le Bris (14), Jean-Pierre Letessier (14), Martine Monteggia (61), François Vérité (14)

Nouvelle Aquitaine : Florence Fatoux (64), Nathalie Jabli (16)

Occitanie : Thierry Canals (34), Christian Causse (48), Jean-Claude Faure (81), Bernard Lombardo (30)

PACA : Nanie Bellan (13), Roland Bellan (13), Daniel Dalbéra (06), Claude Daumas Dalbéra (06), Hendrik Davi (13), Clémentine Fardoux (13), Christian Garnier (13), Gérard Géron (13), Elisabeth Grand (13), Jean Philippe Izquierdo (13), Thierry Louchon (13), Cédric Morand (83), Jean-René Pendaries (13), Vincent Porelli (13), Georges Rey (13), Jean-Marc Segay (13), Philippe Sénégas (13), Jacques Stambouli (13), Marcel Tassy (13).

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rafikqnouch