Défendre le PIR, et contester leurs positions

Pourquoi il faut défendre les Indigènes de La République, et contester leurs positions

A gauche la mode est à s’attaquer aux gens du PIR. Dans les pages de Marianne, on les accuse d’antisémitisme, d’homophobie, de fascisme etc, se basant sur quelques mots glanés d’ici et là. On les présente comme les inspirateurs de la Marche pour la Dignité et du meeting contre l’islamophobie et contre l’Etat d’urgence de décembre dernier.

La réalité est que le PIR est bien trop petit pour avoir inspiré tout cela. Par ailleurs, il n’est pas antisémite (ses multiples apparitions sur la même tribune que l’Union Juive Française pour la Paix en témoignent). S’il défend certaines positions fausses sur l’homophobie (l’idée que les homos non-blancs n’ont pas besoin de l’identité homosexuelle revendiquée, par exemple), ce n’est pas une organisation qui prône l’oppression des homos. Les critiques du meeting du 11 décembre dernier ont « oublié » d’entendre l’appel de la tribune à la solidarité avec tous les homosexuels opprimés (appel lancé par Salma Yaqoob).

Le PIR se fait attaquer parce que, avec d’autres, ils soulignent la faiblesse extrême de l’antiracisme de la gauche et de l’extrême gauche aujourd’hui en France. En particulier, il participe à une mobilisation contre l’islamophobie, mobilisation qui commence à grandir après des décennies de campagnes ultra-minoritaires dans l’indifférence généralisée de la gauche (au mieux : cela n’a pas été rare de voir des militants d’extrême gauche organiser des actions islamophobes).

Le PIR a le mérite de proposer une explication générale de cette situation scandaleuse à gauche, tout en sachant se mobiliser avec des alliés au sein de campagnes unies. C’est une explication générale qui ne me satisfait pas, mais on ne critique pas les gens du PIR à cause de leurs faiblesses, mais à cause de leurs mérites. L’attaque contre le PIR va de pair avec celle contre Tariq Ramadan, accusé dans l’edito de Charlie Hebdo d’aimer les kalachnikovs. Le non-blanc, le musulman qui élève sa voix fait peur à une société raciste.

Les analyses du PIR trouvent un certain echo parmi les gens qui subissent le racisme. S’il faut contester ses positions, ce n’est pas pour nier le racisme profondément enraciné dans notre société et dans la culture politique de la gauche. C’est parce que le PIR a très peu à dire sur des combats qui permettent de faire avancer les conditions de vie de l’ensemble des travailleurs. Prenons la loi travail. Qui peut douter que cette loi, si elle réussit à s’imposer, sera subie de façon encore plus violente par les travailleurs non-blancs que par les travailleurs  blancs. La précarité affecte les travailleurs subalternes davantage que les autres, et femmes, noirs arabes trinqueraient doublement. Que dit le PIR sur la mobilisation contre la loi travail ? Aller voir sur leur site. Rien.

Sur l’écrasement du peuple grec ? Rien. Sur la campagne pour défendre les migrants de la Syrie et d’ailleurs ? Peu de choses. Mais ces questions concernent encore davantage des travailleurs subalternes que les autres!

John Mullen

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John Mullen